Domaine coréen

La BULAC détient un fonds coréen inestimable, celui-ci étant l’un des plus anciens et des plus importants de France. Ce domaine est constitué par la culture de la Corée péninsulaire (Corée du Nord et Corée du Sud), ainsi que par la diaspora. Le coréen est parlé par 70 millions de locuteurs principalement en Corée du Sud et en Corée du Nord, mais aussi en Chine, au Japon et aux États-Unis.

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Le domaine coréen de la BULAC

Ce domaine est composé de 15 000 ouvrages, d'une douzaine de revues et de 600 ouvrages anciens (parmi lesquels des xylographies) reçus par legs ou par dons. Il est constitué de la réunion de trois fonds issus de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales (BIULO), de la collection coréenne de l'UFR des Langues et Civilisations de l'Asie orientale (LCAO) de l'université Paris Diderot et du Centre de recherches sur la Corée (CRC) et de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

La collection de l'UFR LCAO, constituée essentiellement par Li Ogg (1928-2001), comporte 7 000 ouvrages d'histoire de la Corée jusqu'au XIXe siècle et de littérature classique. Le CRC (EHESS) vient compléter ce fonds de 2 revues et de plusieurs centaines d'ouvrages sur la civilisation coréenne moderne et contemporaine.

Le domaine coréen de la BULAC représente aujourd’hui environ 20 000 ouvrages en langues diverses, couvrant l’essentiel des aspects de la culture coréenne. C’est l’un des fonds documentaires sur la Corée les plus importants de France et d’Europe.

Historiquement, les premiers ouvrages acquis par la bibliothèque de l’École des langues orientales sont surtout liés à la curiosité universelle des pionniers de la sinologie et des études japonaises qui ont conçu au XIXe et au début du XXe siècles, un constant intérêt pour les pays avoisinants. La constitution des fonds coréens de la BULAC est étroitement corrélée à la connaissance de la Corée et au développement des études de coréen en France.

La Corée, cette belle inconnue

La Corée fut d’abord connue, ou plutôt aperçue, à travers des connaissances transmises via la Chine ou le Japon, dont elle apparaissait comme la périphérie, à défaut de l’être pour elle-même. Interdite aux étrangers dès le début du XVIIe siècle, la Corée n’était guère accueillante et les naufragés étaient souvent retenus dans le pays contre leur gré. C’est justement par un étrange hasard climatique que le navire de la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales l’Épervier fit naufrage, l’an 1653, sur la côte de l’île de Quelpaert (Chejudo), en Corée. Au terme d’une longue captivité, une poignée de rescapés parvint à s’enfuir vers le Japon, puis à être rapatriée vers les Pays-Bas. Cette captivité sera décrite par le commissaire de bord, Hendrik Hamel, en un récit publié en 1668, après son retour en Hollande et bientôt traduit en français.

La BULAC conserve un tirage de l’édition originale de La Relation du naufrage d'un vaisseau holandois, sur la coste de l'isle de Quelpaert : avec la description du royaume de Corée, traduite du flamand, par Monsieur Minutoli, publiée chez le libraire Thomas Jolly, à Paris (1670). On apprend dans ce texte que les « Corésiens » sont des gens farouches et que la Corée, pour laquelle différents noms sont donnés, est dangereuse pour les étrangers. Ce récit aura une grande diffusion, à travers diverses éditions flamandes, anglaises, germaniques et françaises. Il sera intégré à bien des recueils et constituera longtemps l’une des meilleures sources sur la Corée, quand bien même le sentiment de Hamel restait hostile à cette terre réputée peu accueillante. Le texte de Hamel sera réutilisé à plusieurs reprises, encore à la fin du XIXe siècle, par exemple par William Elliot Griffis (Corea, the Hermit Nation, London, W. H. Allen, 1882), tout en véhiculant aussi quelques erreurs significatives sur le pays [cf. L. Quisefit, « Les Voyageurs français en Corée au XIXe siècle », dans Roman d’un Voyageur : Victor Collin de Plancy, l’histoire des collections coréennes en France, Sèvres, Cité de la Céramique – Loubatières, Carbonne, 2015, p. 30-33].

La fermeture de la Corée aux étrangers, la réputation farouche de ses habitants, les difficultés du voyage sont autant d’obstacles à la connaissance du pays, qui reste connu seulement par ouï-dire ou par l’intermédiaire des Chinois. Il n’en faut pas plus pour exciter l’imagination de certains et piquer la curiosité des orientalistes. Jean-François de Lapérouse (1741-1788) reconnaît les côtes coréennes lors de son fameux voyage et baptise le détroit de Corée, mais il ne s’attarde pas, sa mission d’exploration est ailleurs. Il faut attendre 1849 pour qu’un navire français reconnaisse les rochers Liancourt (Tokdo), ainsi baptisés du nom d’un navire.

La Corée, malgré les progrès de la géographie, demeure une terre escarpée, un monde fermé, inaccessible et mystérieux. Seuls quelques religieux français, bravant l’interdit qui leur est fait, s’aventurent dans l’intérieur du pays. La conversion à Pékin en 1784 de Yi Sŭnghun (1756-1801) est le point de départ d’une diffusion remarquable de la doctrine catholique, professée par des convertis et par des missionnaires aventureux, appartenant à la société des Missions étrangères de Paris.

C’est l’expansion extraordinaire du christianisme en Corée qui va provoquer en 1866 (d’autres persécutions avaient eu lieu précédemment) une grave persécution antichrétienne. D’abord favorable au christianisme, sans toutefois en partager les valeurs, le Régent ou Taewǒn-gun, père du roi régnant Li Si [plus connu sous le nom posthume de Kojong (règne 1864-1907)] lance une action radicale contre les chrétiens. Les massacres occasionnent la mort d’au moins huit cents fidèles et de neuf missionnaires. C’est en réponse à ces massacres que le chargé d’affaires à Pékin, Henri de Bellonet (1831-1881), entend, de sa propre autorité et sans en référer à Paris, destituer le souverain coréen et châtier les coupables. Cette volonté se traduit par la piteuse expédition de l’amiral Roze (1812-1883). Celle-ci, mal préparée et menée avec maladresse, semble néanmoins mettre un frein aux persécutions. Elle permet surtout une observation directe du pays par les Français — un débarquement est effectué sur l’île de Kanghwa-do, qui gouverne le débouché du fleuve Han ou « Rivière de Séoul ». Des relevés géographiques ou des comptes rendus de voyages menés par les officiers français seront peu à peu publiés dans des revues savantes.

Pourtant, la Corée demeure une « belle inconnue » de l’Extrême-Orient. L’expédition de 1866 n’a guère permis d’en savoir plus. Le pays reste inaccessible, sauf aux missionnaires qui restent dans l’illégalité en  pénétrant dans la péninsule. Léon de Rosny, sinologue de formation, voyageur immobile qui enseigne le japonais à Paris, regrette le mystère dans lequel la Corée demeure.

Léon de Rosny qui est le premier professeur de japonais de l’École des langues orientales fut également l’un des premiers défricheurs des études coréennes en France. On lui doit, dès 1864, un Aperçu de la langue coréenne, un opuscule de 70 pages.

Léon de Rosny écrivait en 1868 à propos de la Corée :

« Les Sciences ont pris successivement possession de toutes les contrées de l’Orient, à la seule exception de la Corée. Cette péninsule, dont l’Histoire remonte aux temps les plus reculés des Annales asiatiques, et qui, de nos jours, compte grâce à sa position stratégique de premier ordre au nombre des contrées les plus importantes de l’Extrême-Orient, cette péninsule, dis-je, rigoureusement fermée à toutes les puissances maritimes de l’Occident, demeure à l’état d’énigme, dans une obscurité d’autant plus regrettable que de sa connaissance dépend sans doute la solution de plusieurs des grands problèmes ethnographiques de l’ancien monde » [Sur la Géographie et l’Histoire de la Corée, Paris, 1868, BIULO MEL.8.223(3)].

Dans un ouvrage de la même année, il se fait le transmetteur très partiel du récit de Hamel, deux cents ans après le retour du naufragé néerlandais, dans l'ouvrage Variétés orientales historiques, géographiques, scientifiques, biographiques et littéraires, Paris, Maisonneuve et Cie, 1868, symptôme de la difficulté à se procurer des documents sur le pays. L’Aperçu de la langue coréenne [BIULO MEL.8.22(14)], parue en 1864, est l’une des premières études françaises sur cette langue. Léon de Rosny sera ensuite l'auteur de quelques études plus récentes sur la Corée comme Les Coréens : aperçu ethnographique et historique, Paris, 1886 [BIULO X.IX.51].

Naissance des études sur la Corée

Les missionnaires français des Missions étrangères de Paris, forts de leur expérience clandestine du terrain, commencent à publier des ouvrages linguistiques qui sont les fruits d’une observation directe et d’une pratique active de la langue coréenne. Ainsi naît, en 1880, à Yokohama, le premier Dictionnaire coréen-français [BIULO RES-4-809]. À ce premier travail succède l’année suivante une Grammaire coréenne, publiée dans la même ville.

Entre-temps, la situation a considérablement changé en Extrême-Orient. En 1876, le Japon, prenant prétexte d’un incident de frontière — un vaisseau japonais a été pris à partie par les batteries côtières coréennes — exige réparation et contraint la Corée à ouvrir certains ports à son commerce. Dans la brèche s’engouffrent peu à peu les puissances occidentales : États-Unis (1882), Allemagne, Royaume-Uni, Italie. La France normalise ses relations avec le royaume en 1886. L’année suivante, Victor Collin de Plancy (1853-1922) est nommé consul et ministre plénipotentiaire à Séoul. Il se prend bientôt d’un vif intérêt pour les livres coréens, qu’il commence à acheter dans les boutiques de Séoul, constituant ainsi une collection d’une richesse intellectuelle et ethnographique inégalée [cette collection a été dispersée entre la Bibliothèque nationale de France, la Médiathèque du Grand Troyes et la BULAC]. En 1887, Collin de Plancy accueille un jeune élève-interprète, Maurice Courant, fraîchement arrivé de Chine. Son collaborateur s’ennuyant à Séoul, le consul lui conseille de s’intéresser à la littérature coréenne, encore si peu connue. 

Au terme d’efforts soutenus, et malgré le départ de Maurice Courant de Corée, le premier volume de la Bibliographie coréenne, tableau littéraire de la Corée, paraît à Paris en 1894. La copieuse introduction (189 p.) de ce volume scientifique contient des renseignements précieux et un témoignage incomparable sur le livre coréen à la fin du royaume de Corée. L’introduction est suivie d’une justification des normes de transcription employées, ainsi que de la liste des principales références. Trois volumes et un supplément paraîtront jusqu’en 1901, constituant, par la pertinence des observations, la variété des thèmes et le nombre des ouvrages traités, une œuvre qui demeure, aujourd’hui encore, une référence pour les spécialistes des livres anciens coréens.

L’ouverture de la Corée offre l’occasion à divers voyageurs ou ethnologues de visiter le pays. Charles Varat, missionné par le gouvernement français, va rejoindre Collin de Plancy à Séoul et, grâce au consul de France, obtenir le passeport spécial qui lui permettra de voyager dans l’intérieur du royaume. Mort prématurément, il ne laissera qu’un long article au lieu de la monographie initialement envisagée [cf. Deux Voyages en Corée, Kailash Édition, Paris & Pondicherry, 1994]. À sa suite, plusieurs voyageurs visiteront la Corée. Articles et récits de voyage se succéderont dans divers journaux et revues ou chez les éditeurs, au fil des crises émaillant l’Extrême-Orient : guerre sino-japonaise (1894-1895), révolte des Boxers (1900-1901), guerre russo-japonaise (1904-1905). Frédéric Boulesteix a laissé des analyses passionnantes sur ces regards français sur la Corée [cf. Frédéric Boulesteix, La Corée, un Orient autrement extrême : essai de géopoétique, Atelier des Cahiers, Paris 2015].

Avec l’annexion et la colonisation japonaises, de 1910 à 1945, la Corée connaît une longue éclipse. Elle n'est évoquée le plus souvent que sous la forme de chapitre dans des ouvrages sur le Japon et parfois mentionnée au détour de périples autour du monde. Des voyageurs écrivains, comme Pierre Loti, Jack London ou Alexandra David-Neel passent pour une raison ou une autre en Corée, expérience retracée avec plus ou moins de détails dans leurs récits. Plusieurs auteurs japonais ont aussi écrit sur la Corée, non seulement à l’occasion de l’annexion au Japon, mais encore dès les années 1900 : tel que Natsume Sôseki avec les Haltes en Mandchourie et en Corée. Diverses études japonaises sont aussi menées sur la Corée à la même époque.

En 1919, avec la conférence de Paix de Paris, qui se tient au lendemain de la Grande Guerre, les patriotes coréens, soutenus par la fondation d’un gouvernement provisoire de la République de Corée à Shanghai, tentent d’influencer la conférence pour faire triompher ou à défaut, reconnaître, la cause de l’indépendance de la Corée. Cette délégation coréenne, menée par Kim Kyu-sik (1881-1950), produit divers documents et installe un bureau d’information coréen (BIC) à Paris. La délégation diffusera divers documents rédigés en accord avec un comité de soutien à la Corée soutenu par d’éminentes personnalités françaises. Félicien Challaye (1875-1967), anticolonialiste aux vastes curiosités et à la personnalité complexe, publie dans son monumental Le Japon illustré, Larousse, [1925 ?], un remarquable chapitre sur la Corée, au titre des colonies japonaises. Son admiration pour le Japon ne l’empêche nullement de militer pour la cause de la Corée indépendante. On lui doit notamment La paix menacée en Extrême-Orient (Chantoung-Corée), Ligue des Droits de l’Homme, Paris, 1920 [BIULO MEL.8.706 (11)]. 

Soutenue par le Président de la Ligue des Droits de l’Homme, Ferdinand Buisson, et par des gens de lettres, des artistes et des politiques, une Association des amis de la Corée naît en 1920 à Paris. Les articles de l’éphémère bulletin de l’association La Corée Libre se veulent informatifs, mais dénoncent surtout l’impérialisme japonais en Asie et les menaces latentes contre l’empire colonial français. 

La fin de la guerre du Pacifique redonne à la Corée son indépendance, malgré les souffrances de la division en zones d’occupation américaine et soviétique, la fondation de régimes séparés et la guerre de Corée (1950-1953). Cette dernière, ainsi que les difficultés liées à la guerre d’Indochine et à la reconstruction de la France, freinent quelque peu le rétablissement de la coopération entre la France et la Corée, en dépit des avancées diplomatiques des années 1949-1950. Les études coréennes en France renaissent à l’ombre de la japonologie. Charles Haguenauer (1896-1976), séjournant au Japon au milieu des années 1920, s’intéresse déjà à la Corée. Il prend contact avec des Coréens dès son arrivée à Tokyo en 1924 et étudie la langue coréenne avec assiduité.

Si les Occidentaux se rendent avec difficultés en Corée à cette époque, Haguenauer, lui, possède assez d’entregent pour effectuer en 1927 un voyage quelque peu surprenant en Corée. Il est en effet autorisé à se joindre à un détachement de gendarmes japonais qui va en tournée d’inspection jusqu’aux frontières de la Mandchourie. De cette expérience enrichissante surgissent quelques récits et études sur l’histoire et les mœurs de la Corée, par exemple Sorciers et sorcières de Corée (Tokyo, 1929), un petit texte racontant l’expérience d’une cérémonie chamanique. De retour à Paris, Haguenauer assura l’enseignement du japonais jusqu’à sa nomination à la chaire de langues et civilisation japonaises ouverte à la Sorbonne. Bien qu’enseignant le japonais, il conserve un intérêt profond pour la Corée, dont témoignent des publications telles que Encore la question des Gores (Paris, 1935), ou encore À propos de nouvelles recherches concernant le Leao-Tong, la Corée et le Japon (Shikoku) antiques (Paris, 1936).

L’essentiel des travaux de Charles Haguenauer sur la Corée a été rassemblé en un volume sous le titre Études coréennes de Charles Haguenauer, publié par le Centre d’études coréennes du Collège de France (Paris, 1980). La BULAC a hérité de divers documents, notamment des cartes et des dépliants touristiques, collectés en Corée et parfois annotés de sa main (cf. don Charles Haguenauer : cartes et guides touristiques).

 

 

 

Livre Paris 2016 : pays à l'honneur

Domaine coréen (suite)

Sélection bibliographique auteurs coréens invités à Livre Paris

Victor Collin de Plancy (1853-1922) premier diplomate français en Corée, a amplement contribué à l'enrichissement des collections coréennes de la BULAC en faisant don de sa bibliothèque personnelle d'ouvrages en coréen achetés lors de ses  séjours à Séoul. Son adjoint, l'interprète Maurice Courant (1919-1935), a écrit, sur la suggestion de Victor Collin, l'extraordinaire Bibliographie coréenne, ouvrage incontournable pour la connaissance de l'art du livre et de la littérature classique coréenne.

À partir de la fin des années 1990, mais surtout entre les années 2000 et 2010, les études coréennes en France connaissent un grand essor, caractérisé par une augmentation significative des effectifs étudiants et la floraison, en région parisienne, mais aussi en province, de sections d’études coréennes. 

Ce spectaculaire développement des études coréennes s’est accompagné d’un enrichissement continu du fonds coréen de la BULAC. Bénéficiant, à partir des années 2000, de dons de différents organismes institutionnels coréens, comme la Korea Foundation ou l’Academy of Korean Studies, l’Institut national d’histoire de Corée, la Bibliothèque de l’Assemblée nationale de Corée, ou le Musée national de Corée, Kuksap'yǒnchan wiwǒnhoe. En parallèle, la BULAC a mené une politique active d’acquisitions ciblées sur des thèmes liés aux grands domaines de recherche sur la péninsule et à l’enseignement de la langue. Sont également conservés en dépôt des collections des établissements fondateurs du GIP BULAC tels que l’EFEO, l’EHESS ou l’université Paris Diderot.

 

Les collections en magasins : 13 000 volumes communicables, dont les revues de plus de 10 ans. Les ouvrages rangés sous les cotes [COR.I.1 à 622] et conservés à la Réserve sont consultables sur microfilms.

Dans les collections de la Réserve sont réunis les ouvrages rares et précieux, consultables sous certaines conditions. Par exemple : des romans populaires anciens et des impressions antérieures à 1914.

Des revues en ligne et des bases de données. Par exemple : Journal of Korean Religions ; Azalea : Journal of Korean Literature & Culture ; Korean Studies.

Chargé de collections pour le domaine coréen : laurent.quisefit [à] bulac.fr

Établissements fondateurs de la BULAC ayant contribué à la constitution du domaine coréen Sorbonne Nouvelle, INALCO, EHESSParis Diderot.

L'édition en Corée aujourd'hui

Actuellement, 71 % des Coréens de plus de 18 ans lisent au moins un livre par an et 20 grandes villes on été désignées comme Reading City, du fait du militantisme des petites bibliothèques. Il existe environ 42 000 maisons d’édition enregistrées, dont 10 % sont actives. La ville de P’aju accueille aujourd’hui une large part des compagnies du secteur, qui emploie plus de 10 000 salariés. En 2013, les éditeurs coréens ont publié 43 146 titres (au total 86 513 472 exemplaires), soit 8,5% de plus qu’en 2012. Les traductions occupent encore 21,55 % du domaine, malgré un recul de 9 % par rapport à 2012. 66 % des titres traduits proviennent du Japon et des États-Unis, le reste comprenant notamment les meilleurs ouvrages français, allemands*.

Les éditeurs préfèrent généralement publier les best sellers étrangers, garants de bonnes ventes ; cela vaut aussi pour les grandes références de la littérature ou de la philosophie française (Henri Lefebvre, Paul Ricoeur, Gilles Deleuze, ou plus récemment Michel Onfray, ont ainsi été traduits en coréen). La littérature est la seconde part de marché, suivie par les livres pour la jeunesse. Les récents romans de Shin Kyoung-sook ou Kim Young-ha ont été de grands succès de librairie ces dernières années et ont fait l’objet de traductions à l’étranger.

L’Association des Éditeurs coréens (KPA), fondée en 1947, est la principale association professionnelle de l’édition nationale. Elle regroupe plus de 600 éditeurs, protège leurs droits et se charge de les faire connaître à l’étranger.

Source : Facts and Numbers on the Korean Book Market : Digital Publishing in Korea 2014

Désormais de nombreux éditeurs français, tels que Philippe Picquier, Actes Sud, Autres Temps, Imago, Zulma, Gallimard, l’Atelier des cahiers, DeCrescenzo, traduisent régulièrement de la littérature coréenne. D’autres maisons d’édition publient des textes sur la langue ou la civilisation coréenne, comme L’Harmattan, Fayard, Snoeck, L’Asiathèque, etc.

 

 

Naissance des études sur la Corée (suite)

Dès son retour en France, Haguenauer a tenté de fonder un enseignement de coréen ; mais le gouvernement français cède alors aux objections de l’ambassade du Japon, qui voit d’un mauvais œil naître un intérêt français pour cette langue, c’est-à-dire pour une province coloniale particulièrement stratégique pour le Japon. Il faut alors attendre la fin de la domination japonaise (1945) et l’armistice de 1953 mettant fin à la guerre de Corée pour que les échanges culturels entre la France et la Corée, à peine ébauchés en 1949-1950, puissent reprendre. Haguenauer n’a jamais renoncé à son projet. C’est grâce à son obstination qu’en 1960, un certain Li Ogg inaugure finalement l’enseignement de coréen à l’École des langues orientales. Spécialiste d’histoire, Li Ogg (1928-2001) est chargé de conférences à l’ENLOV [ancien nom de l’Inalco] en 1960 et est nommé répétiteur le 1er octobre 1965.

En 1970, il donne sa démission pour devenir maître-assistant à la Sorbonne. Il sera par la suite professeur de plein droit à l’université Paris Diderot, où il fondera la section coréenne, jusqu’à son départ en retraite en 1994. Li Ogg a beaucoup fait pour la connaissance de la Corée en France, en un temps où tout était à faire. On lui doit notamment des études sur l’antiquité coréenne ainsi qu'une Histoire de la Corée, collection Que-sais-je ?, en 1968. Son ouvrage, La Corée : des origines à nos jours (Paris, 1988) est l’une des premières monographies historiques importante offrant un panorama général de l’histoire coréenne. Une chaire de coréen est finalement créée à l’Institut national des langues orientales en 1969. C’est le linguiste André Fabre (1932-2009) qui est élu à ce poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 1998.

André Fabre, diplômé de chinois, de japonais et de russe, qui a passé le certificat d’études coréennes en 1960, a été l’un des premiers élèves de Li Ogg. En 1963, il part pour Séoul où il passera cinq années, durant lesquelles il rédigera un mémoire de Masters of Arts en linguistique, en coréen, sur les onomatopées expressives de la langue coréenne, sujet auquel il consacrera ensuite sa thèse. André Fabre a aussi rédigé une histoire de la Corée et donné une traduction du roman La Terre, de Pak Kyŏng-ni [cette traduction, partielle, ne concerne qu’une partie de l’oeuvre originale coréenne qui compte 21 volumes [BIULO COR.IV.428(1) à BIULO COR.IV.428(21)]. On lui doit aussi plusieurs méthodes de coréen. Nourrissant une grande dilection pour l’histoire et la littérature, particulièrement la poésie, André Fabre s’est aussi intéressé aux religions comme le bouddhisme. Il a accumulé une collections et même certaines zones d’Europe. Il a rapporté de Corée de nombreux ouvrages aujourd’hui rares, particulièrement une série de manuels scolaires d’école primaire. Le fonds André Fabre, d’une très grande richesse et touchant à de nombreux domaines linguistiques, est actuellement en cours de catalogage à la BULAC. 

 


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Pour citer cette page : 🔗 www.bulac.fr/?id=942