Domaine japonais

La BULAC détient le fonds japonais (Asie) le plus ancien et le plus important de France. Le japonais est parlé par 130 millions de locuteurs.

 

Ce domaine est composé de 62 000 ouvrages (40 000 ouvrages en japonais) et de 147 revues. Il est constitué de la réunion de quatre fonds issus de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales (BIULO), de l’École française d’Extrême-Orient (EFEO),  et du Centre de recherches sur le Japon (CRJ) de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et de l'UFR des Langues et Civilisations de l'Asie orientale (LCAO) de l'université Paris Diderot. 

Les premiers ouvrages acquis par la bibliothèque de l’École des langues orientales sont rédigés par des Jésuites, tel le Lettere Dell'India Orientale de 1580. La création véritable du fonds est consécutive de l’ouverture du Japon en 1853 et des débuts de l’enseignement du japonais en 1863 à l’École des langues orientales.

Le roman moderne débute au Japon au milieu des années 1880, vingt ans après la Restauration Meiji (1868). De jeunes écrivains publient des essais sur leurs conceptions de la littérature. Le texte le plus élaboré est celui de Tsubouchi Shôyô (1859-1935) dans La quintessence du roman (1885-1886). Futabatei Shimei (1864-1909) est le premier à unifier la langue écrite et la langue parlée dans Nuages à la dérive (1887-1889). Des cénacles se créent et les courants littéraires, dont le naturalisme, se développent dans les années 1890, mais leurs dénominations ne correspondent pas toujours aux courants européens. La poésie et le théâtre suivent la même voie de l’adaptation au monde moderne. La publication de romans en feuilleton dans la presse est une des spécificités de la littérature japonaise moderne.  Par exemples : Natsume Sôseki avec Wagahai wa neko de aru, écrit en 1905-1906 et publié en feuilleton dans la revue Hototogisu « Le coucou », puis publié en trois phases par la maison d'édition Ôkura Shoten de 1905 à 1907 [Je suis un chat, traduction française de Jean Cholley, Gallimard 1978], Kawabata Yasunari avec Yukiguni, Sôgensha qui est publié en feuilleton entre 1935 et 1937, l'édition définitive est publiée en 1948 [ Pays de neige, traduction française de Fujimori Bunkichi et Guerne Armel, Albin Michel 1960]. L’ère Meiji s’achève avec le décès de l’Empereur en 1912.

La nouvelle ère, l’ère Taishô (1912-1926), est marquée par un retour à l’esthétisme en réaction au naturalisme. Par leur finesse d’analyse de leur époque, Natsume Sôseki (1867-1916), auteur de Je suis un chat,  (1905-1906) et Mori Ôgai (1862-1922), auteur de L’oie sauvage (1911-1913), sont les deux écrivains majeurs de cette période, auxquels il faut ajouter Akutagawa Ryûnosuke (1892-1927), auteur de Rashômon (1915) qui se distingue par son style et par ses récits aux personnages détraqués. Les bouleversements politiques et sociaux du XXsiècle amènent l’éclosion d’une littérature féministe ou communiste – la littérature prolétarienne – dont Kobayashi Takiji (1903-1933), auteur du Bateau-usine (1929), est la figure emblématique. Par ailleurs, des collections bon marché au format de poche sont lancées en 1926 pour un très large public, telle que « Iwanami shinsho », une collection créée en 1937 par les éditions Iwanami Shoten (l’équivalent des éditions Gallimard  en France).

La période de l’entre-deux-guerres voit la publication de chefs-d’œuvre. C'est le cas de Errances dans la nuit (1937) de Shiga Naoya (1883-1971), du Goût des orties (1929) ou de Éloge de l’ombre (1933) de Tanizaki Jun’ichirô (1885-1965) et de Une histoire singulière à l’est du fleuve (1937) de Nagai Kafû (1879-1959). La littérature populaire de l’époque est marquée par des romans historiques monumentaux, dont La pierre et le sabre (1935-1937) de Yoshikawa Eiji (1892-1962). De jeunes écrivains comme Dazai Osamu (1909-1948) commencent à publier (Mes dernières années, 1936) pendant  la période militaire (1937-1945). Le pouvoir sollicite alors des écrivains pour couvrir les opérations militaires. Certains parmi eux, comme  Nagai Kafû, refusent catégoriquement toute compromission, cessant de publier. Après la capitulation (15 août 1945), dans un pays dévasté, les activités littéraires reprennent dès l’hiver 1945-1946. Nagai Kafû se remet à l’écriture, Tanizaki peut enfin publier son œuvre-phare Bruine de neige et Kawabata Yasunari publie trois de ses grands romans, dont Pays de neige (1948). Dazai Osamu se donne la mort en 1948 après avoir publié ses deux chefs-d’œuvre Soleil couchant (1947) et La déchéance d’un homme (1948). Les expériences de la guerre et des deux bombes atomiques furent l’objet de récits autobiographiques ou romancés comme Les feux (1951) de Ôoka Shôhei (1909-1988).

Au début des années 1950, le retour de la prospérité voit apparaître de nouveaux noms comme Mishima Yukio (1925-1970) avec notamment Le pavillon d’or (1956), le catholique Endô Shûsaku (1923-1996) avec Silence (1966), Abe Kôbô (1924-1993) avec La femme des sables (1962). Ôe Kenzaburô (1935-) développe son œuvre à partir du début des années 1960 avec notamment Une affaire personnelle (1964). C’est précisément à cette époque que le fonds japonais de la bibliothèque prend son essor alors que le Japon connaît la montée en puissance de son économie. 

Les années 1980 voient les débuts de Nakagami Kenji (1946-1992) avec Le cap (1975), Murakami Ryû (1952-) avec Un bleu presque transparent (1976) et Murakami Haruki (1949-) avec Écoute la voix du vent (1976).  Les femmes écrivains, de Higuchi Ichiyô (1872-1896) à Wataya Risa (1984-) occupent une place non négligeable dans la littérature contemporaine, reprenant la tradition lointaine de l’époque de Heian (794-1185), où des dames de la Cour impériale s’illustrèrent dans la poésie et le roman, en particulier avec Murasaki Shikibu (ca 973-10 ??) qui écrivit le Roman du Genji, l’œuvre emblématique de la culture classique.

Plus récemment, des écrivains d’origine coréenne comme Yû Miri (1968-) avec Cinéma familial (1997) s’installent dans le champ de l’édition japonaise.   Aujourd’hui, la littérature japonaise, s’appuyant sur des centaines de revues et de puissants relais médiatiques, est prospère. Plus de 120 prix littéraires révèlent de jeunes auteurs, le plus célèbre, le prix Akutagawa, avait été fondé en 1935 en hommage à cet écrivain. Ce prix a notamment été décerné à Endo Shusaku  (1923-1996) pour Shiroi hito (L’Homme blanc) en 1955, à Yoko Ogawa (1962-) pour Ninshin karendaa (La Grossesse) en 1990, à Miri Yu pour Kazoku shinema (Cinéma familial) en 1996 ainsi qu'à Keiichiro Hirano (1975-) pour Nisshoku (L’Éclipse) en 1998.  La littérature japonaise actuelle a su tirer profit de la mondialisation, d’Internet et des téléphones portables. Elle n’a actuellement plus de courant nettement défini et cherche de nouvelles voies.

L’édition japonaise compte plus de 4 000 éditeurs, dont 500 représentent près de 90% du chiffre d’affaires global du secteur – plus de 6,5 milliards d’euros en 2009. La plupart sont également éditeurs de presse magazine (Aera par exemple est un magazine japonais qui sert de support de cours à certains enseignants (mezzanine de la BULAC). Environ 70% des publications sont distribués par des grossistes qui couvrent l’ensemble du pays. L’édition japonaise a produit 78 555 nouveautés en 2009, soit une augmentation de 2,9 % par rapport à 2008. Ces nouveautés représentent un total de 386 millions d’exemplaires. Le tirage moyen des nouveautés est relativement stable : 5 268 en 2007, mais hors mangas. La marge bénéficiaire des éditeurs sur les éditions courantes est de l’ordre de 3 à 7%. Étant donné cette marge relativement faible, les éditeurs aspirent à transformer le plus rapidement possible leurs titres en version de poche, qui permet, lui, des marges de 12 à 20% environ. Leur part dans la production éditoriale japonaise est en augmentation constante depuis plusieurs années. Enfin, les orientations d’études des étudiants, des chercheurs et des enseignants portent principalement sur les problèmes socio-économiques et la vie artistique du Japon contemporain. De leur côté, les enseignants et chercheurs travaillent aussi sur ces thèmes avec une accentuation sur les marges sociales (chômeurs, immigrés, etc.). Le Japon classique n’est pas pour autant ignoré comme l’atteste le groupe d’études sur le Roman du Genji

Sources : Jean-Jacques Tschudin, Daniel Struve : La littérature japonaise, 2008 Mariko Ozaki : Écrire au Japon : le roman japonais depuis les années 1980, 2012 BIEF (Bulletin international de l’édition françaisewww.bief.org.

 

 

 

L’ainu, une langue isolat d’Asie orientale par Pascal Hurth

La langue ainu ainugo アイヌ語 (japonais), アイヌ イタク aynu itak (ainu) se rattache au groupe des langues paléo-asiatiques ou paléo-sibériennes. Parlées par des petites minorités ethniques de la Sibérie orientale et de l’île de Hokkaidô au Japon, certaines sont en voie d’extinction... Lire la suite de l'article

Voir le corpus sur la langue ainu : bibliographie illustrée

Domaine japonais (suite)

Plus de 1 000 ouvrages sur l’histoire, la littérature, l’art et la linguistique proviennent de l’École française d’Extrême-Orient (certains datent du XVIIIe siècle), complétés par 83 revues. Le Centre de recherches sur le Japon dépose notamment 34 revues japonaises ainsi que des ouvrages d’intérêt économique. L'UFR LCAO a déposé 187 ouvrages et 489 fascicules de revues. Les principales disciplines représentées sont la linguistique (langue ainu incluse), la littérature, l’histoire, puis la philosophie et les sciences sociales ainsi que les recueils de documents primaires (œuvres complètes, anthologies, recueils de documents d’histoire nationale et locale).

Les principales disciplines représentées sont la linguistique (langue ainu incluse), la littérature, l’histoire, puis la philosophie et les sciences sociales ainsi que les recueils de documents primaires (œuvres complètes, anthologies, recueils de documents d’histoire nationale et locale).

Les collections en magasins : 41 000 volumes communicables, dont les revues de plus de 10 ans.

Dans les collections de la Réserve sont réunis les ouvrages rares et précieux, consultables sous certaines conditions. Par exemple : Chichūfu  [S.l.]‎, [s.n.]‎, [1822].

Des revues en ligne et des bases de donnéesPar exemple : Japanese Studies ; Harvard Journal of Asiatic Studies ; Social Science Japan Journal ; Japan Knowledge (base de données comprenant des œuvres classiques, encyclopédiques, académiques, cartographiques).

Chargée de collections pour le domaine japonais : atsuko.venture [à] bulac.fr

Établissements fondateurs de la BULAC ayant contribué à la constitution du domaine japonais : Sorbonne NouvelleINALCOEHESSEFEOParis Diderot.

Ci-dessus :     

Le Kappa, animal fantastique des rivières du Japon 豸虫譜Chichūfu 栗本瑞見Kurimoto Zuiken (1756-1834), médecin au service des shôgun. Manuscrit non daté, collection de la BULAC. Petit monstre imaginaire, le Kappa en se cachant dans l'eau ferait des espiègleries aux hommes et aux animaux qui passeraient au bord de la rivière. Une fois capturé mais relâché ensuite, le Kappa ferait savoir à celui qui lui a sauvé la vie la recette de médicaments secrets ou lui ferait un cadeau de poissons [source : Dictionnaire historique du japon, Maison franco-japonaise, Tôkyô].

 

 

 

Photo page précédente, présentation domaine japonais  : légende explicative de la symbolique du Namazu (poisson-chat).

 

 

 

 


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Le Carreau de la BULAC, carnet de recherches sur hypotheses.org

La Croisée de la BULAC, carnet de veille sur hypotheses.org

Pour citer cette page : 🔗 www.bulac.fr/?id=957