2008, le choix du SIGB Koha

Note présentée au conseil d'administration du GIP BULAC le 17 avril 2008

Migration du SIGB de la BULAC vers une solution logicielle libre

Éléments de réflexion proposés aux membres du conseil d’administration

Le SIGB actuel de la BULAC (Millennium, de la société californienne Innovative Interfaces Inc.), a été mis en place à l’issue d’une consultation menée en 2003. Alors qualifié de système trajectoire, il a permis de consolider les données des différents catalogues informatisés qui lui préexistaient et de lancer le chantier de conversion rétrospective des fichiers manuels. Son adoption par l’ensemble des bibliothèques partenaires a rendu plus concrète l’idée même de la BULAC ; dès juin 2005, il a été possible de consulter en ligne le catalogue, multilingue et multi-écritures, de la BULAC.

Cinq ans plus tard, et alors que se précise la définition des besoins à satisfaire à l’ouverture de la future bibliothèque début 2011, l’équipe de projet du GIP BULAC étudie les capacités de son système actuel à perdurer au-delà de la phase « trajectoire ».

L’état actuel du marché des logiciels spécialisés, tant sur le plan technique que sur le plan économique, présente quelques particularités qu’il convient de rappeler.

Limites de la situation actuelle

Les logiciels proposés par les éditeurs traditionnels sont souvent des logiciels anciens. S'ils remplissent avec une efficacité éprouvée les besoins traditionnels de gestion des bibliothèques, depuis l’acquisition jusqu’au prêt des ouvrages, ils reposent parfois sur des architectures et des noyaux obsolètes, ce qui alourdit leur maintenance et hypothèque leurs capacités d’évolution.

L’usage généralisé du Web, dans le contexte d’une interconnexion croissante des systèmes et des ressources (échanges avec les lecteurs, avec les fournisseurs de contenus ou les institutions partenaires), rend plus aiguë que jamais la nécessité d’employer des formats de données ouverts, indépendants des applications qui les utilisent (« interopérables »).

D’une manière plus fondamentale, le modèle du logiciel propriétaire atteint aujourd’hui ses limites. S’il a pu longtemps représenter une solution satisfaisante aux besoins des organisations, il impose aujourd’hui, dans le contexte d’une informatisation toujours plus poussée et plus évolutive, un enfermement à la fois contre-productif et coûteux en solutions de contournement.

Maturité des solutions basées sur le logiciel libre

Le logiciel libre est pour ainsi dire aussi ancien que l’informatique elle-même. Si les concepts qui le sous-tendent n’ont été formulés qu’au milieu des années 1980, il est intimement lié aux balbutiements de l’informatique dans les années 1960. Au contraire de la logique « propriétaire », les tenants du logiciel libre considèrent que les lignes de code constituent un patrimoine commun à tous, sans valeur marchande spécifique. Cette approche permet de capitaliser à l’échelle planétaire les « progrès » de l’informatique, la valeur marchande se trouvant dans les connaissances et l’expertise nécessaires à la mise en œuvre, à la maintenance et à l’évolution des logiciels (i).

Maturité des offres et du marché

Depuis quelques années, entreprises et institutions n’ont plus peur de se tourner vers les solutions logicielles libres ; la Commission européenne, l’administration française elle-même, en sont de grands promoteurs (ii). Parallèlement, l’offre en produits et en services ne cesse de croître : tous les domaines d’activité sont désormais concernés par le logiciel libre. Depuis la petite SSLL (société de services en logiciel libre) jusqu’aux mastodontes du secteur (IBM, Sun, Compaq-HP), les parts de marché du logiciel libre sont en très forte croissance (iii).

Le monde des bibliothèques n’est pas épargné. Les offres logicielles sont désormais matures, et la promotion du libre est aujourd’hui affaire de bibliothécaire autant que d’informaticien (iv).

Maturité de la communauté

Les logiciels destinés aux bibliothèques sont de plus en plus nombreux (PMB, Koha, Evergreen, etc.). Une étude préliminaire a permis de retenir le logiciel libre Koha, qui présente des caractéristiques particulièrement adaptées aux bibliothèques universitaires. Elles s’y intéressent de plus en plus nombreuses et certaines d’entre elles s’apprêtent à rejoindre la bibliothèque de l’École des Mines de Paris, le SAN Ouest Provence, le réseau Frantiq... : ce sont les SCD de Lyon 2 et Lyon 3, de l’université de Strasbourg, de celle de Savoie, l’ENSSIB... La convergence des besoins de ces établissements s’exprime notamment par leur appartenance commune au réseau du SUDOC. C’est pour la BULAC l’assurance de trouver une communauté d’utilisateurs et de développeurs pour prendre en main et faire évoluer Koha (v).

Enjeux pour la communauté des bibliothèques universitaires françaises

Les bénéfices à attendre de l’adoption du logiciel libre sont nombreux, tant pour la BULAC que pour l’ensemble des bibliothèques universitaires, et au-delà la communauté scientifique tout entière.

Le logiciel « libre » est souvent présenté comme « gratuit ». Ce n’est pas le cas. Même si l’acquisition du logiciel et son utilisation ne coûtent rien à personne, son installation, son paramétrage, sa mise en œuvre, les diverses prestations de formation et de maintenance, le cas échéant ses adaptations et extensions, nécessitent naturellement l’affectation de ressources budgétaires et/ou humaines, comme dans le cas d’un logiciel propriétaire.

En revanche, l’usage de formats de données ouverts et de standards tels que ceux du W3C est une garantie optimale de pérennité des données, d’indépendance dans le choix futur des solutions et des prestataires, et de liberté dans l’évolution du système d’information.

Enfin, le droit de redistribuer le produit éventuellement modifié permet la capitalisation de la dépense publique, afin que l’argent public ne paie qu’une fois.

Faisabilité de la migration

Le GIP BULAC a fait réaliser par la société BibLibre une étude de faisabilité de la migration de son SIGB actuel vers Koha, y compris le développement des modules nouveaux dont la bibliothèque aura besoin pour son fonctionnement régulier.

La dépense globale pour la migration vers le logiciel Koha est estimée à 400 000 € HT répartis sur une durée de trois ans, en incluant l’ensemble des développements nécessaires pour assurer les fonctionnalités attendues à l’ouverture du futur établissement début 2011. Cette dépense est comparable, sinon inférieure, à ce que pourrait coûter une réinformatisation réalisée auprès d’un éditeur de solution propriétaire, pour un niveau et une qualité de service supérieurs.

L’investissement humain à réaliser pour assurer à l’échelle nationale la constitution et l’animation d’une communauté de développeurs compétents ne doit pas être négligé. Il ne peut être conçu qu’en articulation étroite entre ressources internes et sous-traitance, tant pour des prestations de développement que de support et de maintenance. La mise en œuvre des marchés ad hoc se fera en s’appuyant sur l’expertise et les recommandations formulées par le ministère des Finances.

L’orientation prise par la BULAC ne manquera pas d’encourager d’autres établissements à suivre la même voie, dégageant ainsi de nouveaux moyens, et rendant plus pertinente encore la démarche entreprise.

 

A titre d’illustration, on peut rappeler que le logiciel JEFYCO (gestion financière et comptable des universités), adopté par la BULAC depuis 2004 pour l’ensemble de ses applications comptables et la gestion de ses ressources humaines, est un bel exemple, discret mais convaincant, de ce que peut réaliser grâce au logiciel libre une communauté universitaire partageant des intérêts communs : la mutualisation de moyens fournis par 4 ou 5 établissements a permis de mettre à la disposition de tous un ensemble applicatif performant et parfaitement adapté aux attentes de ses usagers.

 

 

(i) Voir http://www.smile.fr/publications/livres-blancs/open-source-et-logiciel-libre (introduction à l’open source), et http://www.volle.com/ouvrages/informatique/plan.htm (traité général sur l’informatique, faisant une large part à son histoire, ses aspects techniques et ses implications philosophiques).

(ii) Voir par exemple le Guide pratique d’usage des logiciels libres dans les administrationshttp://www.osor.eu/communities/eupl/FAQ-LL-V131-FR.pdf/view, publié par la DGME, ou le rapport de la Commission européenne sur l’impact du logiciel libre sur l’innovation et la compétitivité dans l’Union européenne, http://ec.europa.eu/enterprise/sectors/ict/files/2006-11-20-flossimpact_en.pdf.

(iii) L’April a publié en décembre 2007 un document très complet sur les Les modèles économiques du Logiciel Libre, qui fait également le point sur la question de ses enjeux techniques et stratégiques, http://www.april.org/articles/livres-blancs/modeles-economiques-logiciel-libre/.

(iv) En témoigne l’existence du « groupe de réflexion sur les SIGB libres », http://www.sigb-libres.info/.

(v) L’association KohaLA, qui regroupe les établissements utilisant Koha ou susceptibles de l’adopter, a été créée à la rentrée 2007.

 
 


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Le carreau de la BULAC, carnet de recherches sur hypotheses.org