La galerie

En partant du présent, dans la galerie du Pôle des langues et des civilisations, l’exposition propose au visiteur de découvrir les travaux d’artistes, de graphistes et de typographes contemporains.

Cette sélection d’artistes contemporains représentative d’une vaste zone géographique allant de l’Algérie à l’Iran en passant par l’Europe propose un aperçu du dynamisme qui anime la création graphique et typographique en matière d’écriture arabe et arabo-persane. Les travaux de Reza Abedini (Beyrouth), Nadine Chahine (Francfort), Mourad Krinah (Alger), Marco Maione (Paris), Naji El Mir (Paris), Iman Raad (New York), Bahia Shehab (Le Caire), Fenna Zamouri (Bruxelles) et de l’agence c-album pour l’Institut du monde arabe à Paris témoignent de stratégies qui concourent, grâce à l’utilisation des nouvelles technologies, à un profond renouvellement : exploration des cultures anciennes et des formes traditionnelles pour forger des esthétiques contemporaines, adaptation de typographies latines à l’écriture arabe, modernisation par la simplification des caractères. Ces œuvres, en ouvrant des frontières temporelles et géographiques, apportent un souffle nouveau à la création graphique et typographique internationale.

 

Reza Abedini            

Vit et travaille à Beyrouth (Liban).

Né en 1967, Reza Abedini a étudié le graphisme à l’Institut des beaux-arts de Téhéran (Iran), sa ville natale, puis la peinture à l’Université d’art (1992). En 1993, il fonde à Téhéran son agence, le Reza Abedini Studio. Le collectif d’artistes et éditeur Dabireh, qu’il a constitué en 2005, développe des recherches sur la typographie et ses liens avec la culture iranienne traditionnelle. Tout en s’inscrivant dans une perspective de dialogue interculturel, Reza Abedini travaille à dépasser un modèle de typographie latine inadapté à l’écriture arabo-persane dont le principe de liaison entre les lettres est à ses yeux constitutif. Membre de l’Alliance graphique internationale depuis 2001, Reza Abedini a reçu en 2006 le premier prix de la fondation Prince Claus. Cofondateur en 2008 de l’agence orien+atiolab à Amsterdam (Pays-Bas), il enseigne actuellement le graphisme à l’Université américaine de Beyrouth (Liban).  

Image n° 1. Dans les nombreuses affiches qu’il a réalisées, Reza Abedini rappelle le geste du calligraphe et joue sur la qualité d’image des textes en travaillant sur leur superposition, leur accumulation, leur répétition.

 

Nadine Chahine

Vit et travaille à Francfort-sur-le-Main (Allemagne).

Libanaise, Nadine Chahine a étudié le design graphique à l’Université américaine de Beyrouth, puis s’est spécialisée en typographie à l’Université de Reading (Grande-Bretagne) où elle a réalisé un travail précurseur sur une police adaptée à la fois aux écritures arabe et latine, la Koufiya. Elle est entrée en 2005 chez Linotype, aujourd’hui Monotype, comme spécialiste de l'arabe. Créatrice de plusieurs autres polices, elle travaille sur la lisibilité des caractères dans différentes écritures (arabes, latines et chinoises) en fonction du mouvement des yeux. Docteur de l'Université de Leyde (Pays-Bas), elle a enseigné à l’Université américaine de Dubaï et à l’Université américaine de Beyrouth et a reçu de nombreux prix. Son travail figure parmi ceux qu’a retenu la 5e édition de la Megg's History of Graphic Design (New York, Wiley, 2011).

Image n° 2. Nadine Chahine manifeste ici l’exigence d’une qualité qui place la typographie arabe au même plan que la typographie latine. À droite de l’image, on peut lire, dans différentes polices qu’elle a créées, le célèbre poème d’Abû l-Qâsim ach-Chabbî, composé en 1933, et dont les premiers vers, intégrés à l’hymne national tunisien, ont été repris en 2011 par les manifestants réclamant droits et libertés dans le monde arabe : Si un jour le peuple veut vivre / Il faudra que le destin lui réponde / Il faudra que la nuit se dissipe / Et que les chaînes se rompent...

 

 

Naji El Mir

Vit et travaille à Paris (France).

Né à Tripoli (Liban) en 1980, Naji El Mir a obtenu en 2003 son Bachelor of Arts en design graphique à l’Université libano-américaine (LAU) de Beyrouth, avant de poursuivre ses études à l’université de Toulouse Le Mirail (arts appliqués spécialisés dans l’animation), et à la Sorbonne (master en design multimédia interactif, 2006). En 2009, il participe au projet Typographic Matchmaking in the City de la Khatt Foundation à Amsterdam, en créant avec le designer graphique néerlandais Max Kisman une typographie arabe et latine. Depuis sa création en 2013, son studio de design graphique a reçu différentes commandes de la part d’institutions culturelles et audiovisuelles (Arte France, France Télévisions, Les Télécréateurs, Publicis France, Brandimage Paris, Visualising Palestine, etc.). En 2014, il a collaboré avec l’Atelier Philippe Apeloig au projet du Louvre Abu Dhabi en tant que spécialiste de la typographie arabe et aide à la création des supports numériques. Les créations typographiques en langue arabe de Naji El Mir sont le fruit d’une approche moderne et expérimentale et font l’objet de publications dans plusieurs ouvrages. Il a exposé son travail plusieurs fois à l’étranger (Amsterdam, Beyrouth, Doha, Dubaï, New York et Téhéran).

Image n° 3. Cette création numérique utilise le caractère typographique Storyline Arabic pour illustrer les réflexions de l’imâm réformateur Rifâ‘a al-Tahtâwî.

 

 

Mourad Krinah        

Vit et travaille à Alger (Algérie).

Né en 1976 et diplômé de l’École supérieure des Beaux-arts d’Alger en design graphique en 2006, Mourad Krinah s’intéresse à l’introduction des médias numériques dans l’art contemporain en Algérie ainsi qu’à l’image médiatique et à son impact sur le grand public. En détournant ce flux ininterrompu de messages visuels, l’artiste interroge leur impact sur la société. À partir de 2012, il commence à travailler sur le concept de papier peint réalisé en sérigraphie ou en impression numérique. La répétition du motif sur des surfaces planes permet de multiplier une image à l’infini et d’entrer en interaction avec l’espace qu’il occupe. Mourad Krinah s’intéresse aussi aux formes de l’écriture vernaculaire. Pour cette exposition, il propose une sélection de typographies accompagnée de créations inspirées par l’environnement visuel urbain d’Alger : graffitis ou ktibet el‑hiout (écritures sur les murs), enseignes, affiches... Membre fondateur du collectif Box 24 (2008), Mourad Krihah a contribué à la structuration du monde des arts visuels en Algérie et à mieux faire connaître les œuvres des artistes qui y travaillent. Il a ainsi assuré le commissariat des expositions Picturie Générale I et II (Alger, espace Artissimo, 2013 et La Baignoire, 2014) puis de La Nouvelle scène artistique algérienne pour la Biennale de Dakar 2014 (Sénégal). Dernièrement accueilli à la résidence Trankart de Tétouan (Maroc), il a participé à des expositions en Algérie et à l’étranger. 

Image n° 4. Minimalistes, les caractères Mosammim créés pour l'exposition Designers algériens au Bastion 23 (Alger) évoluent dans une composition élégante et architecturée.

 

 

Iman Raad            

Vit et travaille à Téhéran (Iran) et à New York (États-Unis).

Les compositions d’Iman Raad, né à Mashhad (Iran) en 1979, sont marquées par la richesse visuelle de la culture populaire iranienne, avec des références pouvant puiser dans un répertoire plus large, allant de l’Asie centrale au Nord de l’Afrique. Il croise les images de contes, de talismans, de bannières religieuses, d’écritures quotidiennes et calligraphiques avec celles de la culture pop contemporaine internationale. Ses œuvres ont été présentées à Dubaï (What Lies Beneath, Galerie IVDE, 2011 et 2012), à Berlin (RighttoLeft, Kunstquartier Bethanien, 2012) et à Bruxelles (galerie Isabelle van den Eynde, 2014). Des ouvrages de référence comme The Phaidon Archive of Graphic Design (Londres, Phaidon, 2012) et One by One (Berlin, Hesign Publishing & Design, 2012) lui font une place.  

Image n° 5. Iman Raad inscrit ce vers du Shâh Nâmeh (Livre des Rois), poème persan écrit par Ferdowsi vers l’an 1000, dans la forme du fameux logo pop des Rolling Stones, conçu en 1970 par John Pasche. En confrontant deux références culturelles aussi éloignées dans le temps et le genre, l’artiste questionne de manière ironique les effets du marché de l’art contemporain sur la production artistique locale et régionale.

 

 

Bahia Shehab

Vit et travaille au Caire (Égypte).          

Née au Caire en 1977, Bahia Shehab est une artiste, graphiste et historienne de l’art libano-égyptienne. Associate Professor à l’Université américaine du Caire, elle dirige les programmes de cultures visuelles et de graphisme. Elle a récemment créé un nouveau cursus de design graphique qui réserve une place importante à la culture visuelle du monde arabe. Directrice artistique de l’agence graphique Mi7, elle travaille aussi sur des projets de mise en valeur du patrimoine culturel égyptien. Ses recherches sur l’histoire de l’écriture arabe, notamment kûfi, ont nourri son livre A Thousand Times No : the Visual History of LamAlif (Khatt Foundation, 2010). La répression du mouvement révolutionnaire quelques mois plus tard l’a amenée à peindre sur les murs du Caire ses « NON », ce dont témoigne le documentaire Nefertiti's Daughters (2015). Reconnue pour sa créativité et son engagement, elle a été nommée TED (Technology, Entertainment and Design) Global Fellow par la Sapling Foundation en 2012. Elle a fait partie des cent femmes de l’année remarquées par la BBC en 2013 et 2014. En 2015, l’Université américaine de Beyrouth (Liban) lui a décerné un diplôme d’honneur.

Image n° 6. Réalisées par Bahia Shehab, ces photographies de monuments et d’objets proviennent de différentes parties du monde. Chacune d’elle met en valeur une des vingt-huit lettres de l'alphabet arabe, autorisant ainsi le spectateur à apprécier la diversité des supports et des écritures réalisées par des calligraphes au cours des siècles de dynasties arabes. Sous chaque image sont déclinées les différentes formes informatisées de la lettre équivalant au tracé en surbrillance. Prolongeant son travail de thésaurisation de la lettre lam-alif débuté en 2010 avec le projet A Thousand Time No : The Visual History of Lam Alif (2011), qui sera exposé sur le mur-rideau de la BULAC, l’artiste propose ici de retracer une histoire visuelle de l’alphabet arabe à travers le temps et l’espace.

 

Fenna Zamouri            

Vit et travaille à Bruxelles (Belgique).

Née en 1979, Fenna Zamouri est diplômée de la Saint-Lukas School of Arts de Bruxelles et de l’Institut Plantin de typographie d’Anvers. Elle dirige l’agence Fenna qu’elle a créée en 2010. Son travail typographique allie une recherche historique (prenant pour références des manuscrits de Kairouan de la fin du Xe siècle et des écritures andalouses des XIIe et XIIIe siècles) à des interprétations contemporaines plus ludiques. Elle est attentive aux rythmes de ces écritures, à leurs proportions, à leurs mouvements.  

Image n° 7. Verwood est une recherche typographique qui explore la relation entre le monde visuel et la lettre telle qu’elle est définie dans les trois religions monothéistes dont les textes sacrés condamnent l’utilisation des images vues comme des idoles (Ancien Testament, Exode 20 : 4). Dans ce travail, chaque lettre des trois alphabets (hébreu, latin et arabe) est stylisée pour représenter une personne en prière.

 

 

Marco Maione            

Vit et travaille à Paris (France).

Marco Maione a étudié à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris (ENSAD) en design graphique et multimédia. Parallèlement à son travail de recherche sur le système d’écriture arabe, son histoire, ses propriétés et son état actuel, il développe avec Tristan Maillet son projet Bienvenue! de la diversité linguistique au trialogue typographique. Ce dernier repose sur une méthodologie typographique multilingue fondée sur les interrelations entre trois systèmes d'écriture : le latin, l’arabe et le mandarin. Avec l’agence c-album, Marco Maione a travaillé sur l’identité visuelle de l’Institut du monde arabe à Paris et pour les expositions Lieux saints partagés (musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, Marseille) et Magie : anges et démons dans la tradition juive (musée d'art et d'histoire du judaïsme, Paris). Il enseigne le design graphique à Paris et collabore à un programme de recherche de la Haute école d’art et de design (HEAD) à Genève (Suisse) sur la typographie multilingue dans l’espace public.  

Image n° 8. Ce projet développe une réflexion sur la visualisation du multilinguisme, la cohabitation typographique entre différents alphabets (latin, arabe, mandarin) et leur capacité d’insertion au sein de l’espace public.

 

 

c-album

 Paris (France)

Créée en juin 1996 à Paris, l’agence c-album a pour objet la création, la réalisation et l’édition d’œuvres de graphisme sur tout support, et travaille plus généralement sur la communication dans le domaine culturel. Outre de nombreux projets en lien avec le monde arabe (Pharaon descend à Pyramides, 2004 ; Oum Kalsoum, 2008 ; Arts de l’Islam, 2009 ; Orient-Hermès, 2010 à l’Institut du monde arabe), l’agence c-album a conçu le nouvel environnement visuel de l’Institut du Monde Arabe pour son 25e anniversaire (2011).

Image n° 9. Dessiné avec la contribution d'une équipe de typographes et de graphistes coordonnée par Laurent Ungerer, le caractère bilingue Mondara a été élaboré à partir de l’association du kûfî et du naskh avec des fontes latines, tout en respectant l’esprit du travail graphique originel de l’équipe de Jean Widmer. Complétés par un jeu de pictogrammes et de motifs ornementaux, le logo et la typographie Mondara ont été utilisés pour composer un répertoire de 200 mots choisis avec l'équipe du musée.  

Allons-y !

BULAC et galerie du Pôle des langues et civilisations
65 rue des Grands Moulins
75013 PARIS

Bus : 62, 64, 89, 132, 325
Tram : T3a - Avenue de France
Métro : Bibliothèque François Mitterrand

 

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PARCOURS DE L'EXPOSITION

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