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1917 : Émergence de l’Ukraine

Organisateur(s) :BULAC

L'exposition est organisée à l'occasion du centenaire de l'indépendance ukrainienne. Elle a été préparée avec Iryna Dmytrychyn (Centre de recherches Europes-Eurasie, Inalco).

Les documents présentés illustrent la construction nationale ukrainienne qui motive l'aspiration et l'autonomie puis à l'indépendance. Celle-ci se réalise à la faveur de la chute de l'Empire russe. L'exposition souligne également les oppositions à l'indépendance, les conflits, les efforts diplomatiques et les espoirs de paix qui sont déployés dans le contexte de la fin de la Première Guerre mondiale, de la guerre civile russe et du conflit polono-soviétique. Dans un dernier volet, elle met en lumière les œuvres d'une génération intellectuelle qui se révèle à l'occasion de ce période d'indépendance, avant d'être brisée par les purges staliniennes des années 1930.

1917 : Émergence de l’Ukraine

Михайло Грушевський. Ілюстрована історія України. Myhajlo Hruševsʹkij. Histoire illustrée de l'Ukraine, Kiev, [avril et décembre] 1918. Collections de l'Institut d'études slaves déposées à la BULAC

Quand : 8 décembre 2017 > 13 janvier 2018 Où : Rez-de-jardin

En écho au colloque « 1917 : Émergence de l'Ukraine », organisé par la section d'études ukrainiennes de l'Inalco le 11 décembre 2017

Myhajlo Hruševsʹkyj et l’invention d’une symbolique pour l’État ukrainien

Mihajlo Gruševsʹkij (1866-1934) est une figure majeure de la renaissance nationale ukrainienne. Universitaire et historien de l'Ukraine, il en affirme la continuité historique et l'identité culturelle. Il contribue activement à la Société scientifique Chevtchenko, du nom du poète Taras Chevtchenko (1813-1861) qui donne ses lettres de noblesse littéraire à la langue ukrainienne. En 1917, Mihajlo Gruševsʹkij devient président de la Rada centrale ukrainienne qui revendique l'autonomie puis proclame l'indépendance. Il joue un rôle de premier plan jusqu’au coup d’État de Skoropadsky en avril 1918.

Son ouvrage, Histoire illustrée de l'Ukraine, est une version vulgarisée de sa monumentale Histoire de l’Ukraine-Ruthénie entamée en 1898, qui revendique des héritages séculaires pour la jeune république ukrainienne. Le texte se clôt sur un exercice d’histoire immédiate des événements de 1917-1918.

M. Gruševsʹkij contribue activement à définir le trident (tryzub), emblème médiéval des grands princes de Kiev, comme symbole du nouvel État. On peut y lire les quatre lettres du mot воля (liberté).

Grandes armoiries de l'Ukraine : trident entouré d'une guirlande végétale stylisée

Grandes armoiries de l'Ukraine au trident (tryzub) adoptées en mars 1918. Illustration tirée de : Михайло Грушевський. Ілюстрована історія України. Myhajlo Hruševsʹkij. Histoire illustrée de l'Ukraine, Kiev, [avril et décembre] 1918. Collections de la BULAC.

Petites armoiries de l'Ukraine: Grandes armoiries de l'Ukraine : trident entouré d'une guirlande de feuilles stylisée

Petites armoiries de l'Ukraine au trident (tryzub) adoptées en mars 1918. Illustration tirée de : Михайло Грушевський. Ілюстрована історія України. Myhajlo Hruševsʹkij. Histoire illustrée de l'Ukraine, Kiev, [avril et décembre] 1918. Collections de la BULAC

Adopté officiellement en mars 1918, le trident est omniprésent sur les billets de banque ou les timbres postes et incarne la souveraineté ukrainienne. Après avril 1918, l’État ukrainien de P. Skoropadsky revendique parallèlement l’héritage des régimes cosaques des XVIIe et XVIIIe siècles dont on retrouve la symbolique sur ses billets.

À l’inverse, le poète Taras Chevtcheko (1814-1861), figure emblématique de la renaissance nationale ukrainienne en littérature, est revendiqué indifféremment par les partisans de l’indépendance et les autorités soviétiques en Ukraine.

Billet de 1000 karbovanets : deux figures allégorique de la justice et de la fortune, surmontées du trident

Avers d’un billet de 1 000 karbovanets de l'État ukrainien (Hetmanat), 1918. Collection particulière

Le chiffre 100, dans un typographie inspirée de la calligraphie slave médiévale, est figuré entre les branches d'un arbre.

Revers d’un billet de 100 karbovanets de la République Populaire d’Ukraine, 1917 . La dénomination figure en russe, en polonais et en yiddish. L’avers porte le texte ukrainien et le trident. Collection particulière

Planche de timbres ukrainiens
  • Timbre de la République Populaire d’Ukraine (1918) et envers d’un timbre identique portant la mention « a même cours que la monnaie sonnante et trébuchante ».
  • Timbres de l'Empire russe avec une surcharge au trident (État Ukrainien, 1918), et un timbre austro-hongrois surchargé de la mention abrégée « République Populaire d’Ukraine » (Ukraine occidentale, 1919).
  • Timbres à l’effigie de Taras Chevtchenko émis respectivement, à gauche, par la République Populaire d’Ukraine (imprimé à Vienne en 1920) et, à droite, par la République socialiste soviétique d’Ukraine. Ce dernier porte la mention « aide aux affamés » (1923).

Collection particulière.

Enseigner et diffuser la langue ukrainienne

Jusqu’en 1917, dans l’Empire russe, l’enseignement et l’édition en langue ukrainienne ont fait l’objet de plusieurs politiques répressives. L’éducation en langue ukrainienne est ainsi un marqueur identitaire. C’est également un enjeu de la construction étatique, la langue ukrainienne étant destinée à accompagner le nouvel État et toutes ses composantes ethniques. L’officialisation de la langue ukrainienne s’accompagne donc d'un travail de normalisation de la grammaire et de l’orthographe, de développement du système scolaire et de campagnes d’alphabétisation – près de 60 % de la population adulte reste illettrée en 1917.

Cette double politique d’alphabétisation et d’ukrainisation est poursuivie par le régime soviétique dans les années 1920, qui voit dans la promotion de la langue ukrainienne un outil pour affermir le nouveau régime et marquer le rejet du passé impérial.

Vignette figurant le recueillement d'une procession devant une croix de pierre.

Illustration intérieure tirée d'un manuel scolaire. Спиридон Черкасенко, Рідна школа, читанка перша | Spyrydon Čerkasenko, École élémentaire, premier livre de lecture, Kiev - Vienne, « L’École ukrainienne », 1919.
 Collections de la BULAC

Scène de chants de Noël par un groupe d'enfants dans la rue enneigée d'un village, une grande étoile à six branche et portée comme un étendard.

Illustration intérieure tirée d'un manuel scolaire. Спиридон Черкасенко, Рідна школа, читанка перша | Spyrydon Čerkasenko, École élémentaire, premier livre de lecture, Kiev - Vienne, « L’École ukrainienne », 1919.
 Collections de la BULAC

Couverture non figurative sur papier bleu.

Михайло Йогансен Украинский язык : пособие для курсов и самообразования, | Myhajlo Jogansen, La langue ukrainienne : manuel pour l’enseignement et l’auto-formation. Kiev, 1924. [en russe]. Collections de l'Institut d'études slaves, déposées à la BULAC.

Couverture sans illustration

Карманный украинско-русскій словарь затруднительныхъ для пониманія украинскихъ словъ | Dictionnaire de poche ukrainien-russe des termes ukrainiens les plus difficiles à comprendre, Kharkiv, Prosvita, 1918.

Couverture non illustrée, sur papier bleu.

Найголовніші правила україньского правопису : затверджені Українського акадєміею Наук та народнім Комісаром освіти тов. Гриньком | Les principales règles de l’orthographe ukrainienne, approuvées par l’Académie des Sciences d’Ukraine et le camarade Hryn’ko, Commissaire du peuple à l’Instruction publique. Kharkiv, Éditions d’État pan-ukrainiennes, 1921. Collections de l'Institut d'études slaves déposées à la BULAC.

Couverture illustrée : profil d'un soldat de l'Armée rouge en rouge sur fonds d'un médaillon portant le sous-titre et le profil de cheminées d'usines, inscrit dans une étoile rouge.

А. Воронець, Червона зброя : перша українська читанка для червоноармійців | A. Voronecʹ, L’Arme rouge : premier livre de lecture en ukrainien pour les soldats de l’Armée rouge, les réservistes et les appelés. Kharkhiv, La Voie rouge, 1924. Collections de la BULAC.

Chronologie simplifiée

* jusqu'au 31 janvier 1918, les dates sont suivies de leur correspondance avec le calendrier julien, en usage jusqu'à cette date dans l'ancien Empire russe.

 

1917

  • 15/2 mars : abdication du tsar Nicolas II.
  • 17/4 mars : formation de la Rada (conseil) centrale d'Ukraine à Kiev, présidée par l'historien Myhajlo Hruševskyj.
  • 16/3 juillet : reconnaissance limitée de l'autonomie ukrainienne par le Gouvernement provisoire russe
  • 7 novembre/25 octobre : renversement du Gouvernement provisoire par les bolcheviks à Petrograd et Moscou.
  • 20/7 novembre : proclamation de la République populaire d'Ukraine, se revendiquant d'une fédération des peuples de Russie.
  • 25/12 décembre : formation d'un contre-gouvernement bolchevique à Kharkiv.

1918

  • 22/9 janvier : proclamation de l'indépendance de la République populaire d'Ukraine
  • 9 février/27 janvier : prise de Kiev par les bolcheviks et repli du gouvernement ukrainien à Jytomyr ; signature d'une paix séparée à Brest-Litovsk entre la République populaire d'Ukraine et les Empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie).
  • 3 mars : signature d'une paix séparée avec les Empires centraux à Brest-Litovsk par la Russie soviétique.
  • 18 mars : reprise de Kiev à la suite d'une offensive conjointe allemande, austro-hongroise et ukrainienne.
  • 29 avril : le régime républicain est renversé par le général Pavlo Skoropadsky qui forme l'État ukrainien ou Hétmanat.
  • 12 juin : armistice entre l'État ukrainien et la Russie soviétique.
  • 3 et 11 novembre : l'Autriche-Hongrie puis l'Allemagne signent une armistice avec l'Entente.
  • 13 novembre : proclamation de la République d'Ukraine occidentale en Galicie orientale, sur le territoire de l'ancienne Autriche-Hongrie.
  • 21 novembre : occupation de Lviv (Galice orientale) par les troupes polonaises.
  • 14 décembre : Skoropatsky, contraint par l'Entente à une politique de conciliation avec la Russie, est renversé par l'opposition socialiste au profit d'un Directoire de la République populaire d'Ukraine, présidé par Volodymyr Vynnyčenko.

1919

  • 3 janvier : prise de Kharkiv par l'Armée rouge, proclamation d'une République soviétique socialiste d'Ukraine
  • 16 janvier : déclaration de guerre de la République populaire d'Ukraine à la Russie soviétique.
  • 18 janvier : ouverture de la Conférence de la Paix à Paris.
  • 22 janvier : union de la République populaire d'Ukraine et de la République d'Ukraine occidentale.
  • 5 février : prise de Kiev par l'Armé rouge.
  • 11 février : Symon Petlioura prend la tête du Directoire.
  • Été 1919 : l'armée blanche du général Denikine occupe l'Ukraine méridionale où elle affronte l'insurrection paysanne conduite par l'anarchiste Makhno ; Denikne s'empare de Kiev et fait une percée jusqu'à Toula au sud de Moscou ; intensification des pogroms.
  • 10 septembre : la Conférence de la Paix (traité de Saint-Germain) attribue la Bucovine à la Roumanie, l'Ukraine subcarpathique à la Tchécoslovaquie et confie l'administration de la Galicie à la Pologne.
  • Novembre : reconstitution en exil à Vienne d'un gouvernement d'Ukraine occidentale qui rompt avec le Directoire.

1920

  • Avril : retraite des armées blanches en Crimée face à la contre-offensive menée par l'Armée rouge et l'armée de Makhno.
  • 22 avril : traité de reconnaissance mutuelle et d'alliance militaire entre la République populaire d'Ukraine et la Pologne, entrée en guerre contre la Russie soviétique.
  • 7 mai : prise de Kiev par la République populaire d'Ukraine avec l'appui des troupes polonaises.
  • 10 juin : nouvelle prise de Kiev par l'Armée rouge, retraite militaire polonaise.
  • 12 octobre : armistice entre la Pologne et la Russie soviétique.
  • 22 novembre : repli en Galicie des troupes ukrainiennes du Directoire, défait militairement.

1921

  • 18 mars : traité de paix de Riga qui clôt la guerre polono-soviétique et établit les frontières entre la Pologne et les Républiques socialistes d'Ukraine et de Biélorussie
  • Novembre : ultime tentative d'action militaire du Directoire.

1922

  • 30 décembre : institution de l'Union des républiques socialistes soviétiques, incluant la R.S.S. d'Ukraine dont la capitale est fixée à Kharkiv (elle est transféré à Kiev en 1934).

Un territoire disputé

Carte des revendications territoriales ukrainiennes

« Le territoire de l'Ukraine », carte publiée dans la brochure du Bureau ukrainien en Suisse, Revendications ukrainiennes : memorandum présenté aux pays neutres et belligérants, Lausanne, 1917.

Couverture : titre avec une typographie d'inspiration art nouveau, encadré d'un décor présentant des fleurs printanières

Самостійна Україна : Р.У.П. | L’Ukraine indépendante : P.R.U. [Parti révolutionnaire d’Ukraine]. Wetzlar [camp allemand de prisonniers de guerre], imprimerie de l’Union de libération de l’Ukraine, 1917.

Les revendications de souveraineté ukrainienne empiètent sur le territoire de l’Empire russe, de l’Autriche-Hongrie et de ses États successeurs. L’Ukraine occidentale, ou Galicie, sous tutelle austro-hongroise, est depuis la fin du XIXe siècle, un foyer d’affirmation pour le nationalisme ukrainien combattu dans l’Empire russe. Avec le déclenchement de la guerre en 1914, la cause ukrainienne y est activement soutenue, dans la volonté d’affaiblir l’adversaire. L’Union de libération de l’Ukraine obtient ainsi le rassemblement des prisonniers de guerre ukrainiens dans des camps spéciaux, comme celui de Wetzlar, pour organiser une armée nationale.

Après l’effondrement de l’Empire austro-hongrois, les frontières ukrainiennes sont disputées par ses différents voisins. Le sort de la Galicie, territoire multiethnique et pluri-confessionnel, historiquement partagé entre les influences slaves occidentales et orientales, à forte population juive, est violemment disputé. Le sujet fait l’objet d’une intense propagande. Le slaviste Henri Grappin intervient sur la question comme expert auprès de la Conférence de Paix ; il inaugurera en 1921 la chaire de polonais à l’École des langues orientales.

Couverture illustré par un médaillon portant des profils de beffrois et clochers.

J. Panenko, La Galicie, pays polonais, Paris, Bureau polonais de publications politiques, 1919.

Couverture non illustrée sur papier gris-bleu.

Henri Grappin, Polonais et Ruthènes : la question de Galicie. Paris, 1919.

Après novembre 1917, la Russie soviétique soutient activement et à plusieurs reprises la constitution d’un État ukrainien allié, susceptible de faire barrage aux Armées blanches de la guerre civile et d’éviter la sécession ; Kharkiv, où le pouvoir soviétique prend pied de façon précoce, devient un centre de la propagande bolchevique en langue ukrainienne.

Tout au long de la période, mais de façon très intense à partir de 1919, la nombreuse population juive subit des massacres, parfois sous la forme de pogroms systématiques, qui accompagnent les affrontement des différentes forces en présence. Ces conflits nourrissent un refuge massif à l’étranger, y compris vers l’Orient – la ville chinoise de Harbin en Mandchourie étant alors un lieu important de l’émigration fuyant l’ancien Empire russe.

Couverture de la brochure ; petit élément décoratif non figuratif incluant une faucille et un marteau.

Н. Бухарин, Програм комуністів (більшовиків) | N. Boukharine, Programme des communistes (bolcheviques), Kharkiv, éditions pan-ukrainiennes, 1920. Traduction ukrainienne de l'original russe. Collections de l'Institut d'études slaves déposées à la BULAC.

Illustration de la couverture : scène stylisée de style art nouveau figurant une famille (un homme, un enfant, une femme portant un nourrisson) poursuivie par un cosaque à cheval et armé d'un fouet.

С. И. Гусев-Оренбургскій, « Багровая книга » : погромы 1919-20 гг. на Украинѣ | S.I. Gusev-Orenburgskij, Le « livre écarlate » : les pogroms de 1919-1920 en Ukraine. Harbin, 1922. Édition du Comité juif d’Extrême-orient d’aide aux orphelins victimes des pogroms. Collections de la BULAC.

La cause ukrainienne devant les conférences de Paix

La lutte pour la souveraineté ukrainienne s’insère à la fois dans les conflits internationaux qui traversent l’Europe, de la Première Guerre mondiale à la Guerre polono-soviétique de 1920, et dans la guerre civile russe. La cause ukrainienne est plaidée sur le plan diplomatique dès la première Rada centrale par Oleksander Šul’gyn. Il obtient la reconnaissance de jure par les Empire centraux et la participation de l’Ukraine aux négociations de Brest-Litovsk, qui imposent la reconnaissance de la République populaire à la Russie soviétique.

Couverture non figurative sur papier rouge.

Voldemar Temnytsky, Les Atrocités polonaises en Galicie ukrainienne, Paris, Bureau ukrainien, 1919.

Après novembre 1918, la cause ukrainienne est plus difficile à défendre devant l’Entente, attachée à défendre la souveraineté des nouveaux États issus de l’Autriche-Hongrie et à soutenir l’action militaire des forces russes antibolcheviques. Le traité de Saint-Germain, qui règle la question austro-hongroise, est un revers pour l’Ukraine. L’effondrement militaire polonais, dernier allié du régime, balaye le Directoire de la scène des négociations de paix à Riga en 1920 ; Lviv et la Galicie orientale y sont rattachées à la Pologne et redeviennent une terre d’exil pour les nationalistes ukrainiens et leurs publications, comme avant 1917.

Deux brochures, couverture non illustrée

Grigorìj Mikitovič Sidorenko, Notes présentées par la Délégation de la République ukrainienne à la Conférence de la paix à Paris, Paris, 1919.

Facsimilé du cachet et de la signature du du secrétaire de la Délégatio de l'Ukraine occidentale adressée à l'auteur, cachet de la délégation.

Facsimilé du cachet et de la signature du secrétaire de la délégation de l'Ukraine occidentale. Осип Назарук, Галицька делеґація в Ризі 1920 Р. : спомини учасника | Osyp Nazaruk, Souvenirs d’un membre de la délégation de Galicie à Riga en 1920. Lviv, Dilo, 1930. Collections de la BULAC.

Vue des ouvrages présentés dans une vitrine
Vue des ouvrages présentés dans une vitrine
Vue de groupe de la visite avec l'affiche de l'exposition au premier plan

Une génération intellectuelle brisée

L’effervescence de la culture ukrainienne, favorisée par la politique d’ukrainisation lancée dans les années 1920, s’accompagne d’une intense production littéraire. Cependant, cet essor est brisé dès le début des années 1930 par plusieurs vagues de répressions, qui s’abattent sur l’intelligentsia et la paysannerie ukrainiennes. La plupart de ses figures ont été anéanties physiquement, arrêtées ou réprimées.

Couverture de l'almanach Vaplyte [Académie libre de littérature prolétarienne]. Typographie travaillée, en blanc sur fond d'un bandeau noir.

Вапліте [Вільна Академія Пролетарської ЛIТЕратури] | Vaplyte [Académie libre de littérature prolétarienne] : almanach premier. Kharkiv, Éditions d’État d’Ukraine, 1926.

L’Académie libre de littérature prolétarienne (VAPLITE, 1926-1928) fondée à Kharkiv, capitale de l’Ukraine jusqu’en 1934, prône la création de la nouvelle littérature en intégrant le meilleur de la littérature universelle. Son almanach, ainsi que celui de la Foire littéraire (1928-1930), témoignent de la richesse et de l’âpreté des débats qui agitent alors la scène culturelle ukrainienne.

Détail de la jacquette de l'almanach « La foire littéraire »

La jaquette est composée par Anatolij Petrytsky (Анатолій Петрицький), un des fondateurs du groupement futuriste artistique et littéraire Nova generatsia (Nouvelle génération) en 1927. « Літературний ярмарок » : альманах місячник« La foire littéraire » : almanach mensuel. Premier livre, décembre 1928. Kharkiv. Collections de la BULAC

Montage de signatures d'écrivains, plat de couverture de l'almanach « La foire littéraire »

Plat de couverture. « Літературний ярмарок » : альманах місячник« La foire littéraire » : almanach mensuel. Premier livre, décembre 1928. Kharkiv. Collections de la BULAC

Figure emblématique de VAPLITE et polémiste de premier plan, Mykola Khvlyliovy se suicide en mai 1933.

Couverture de l'ouvrage Hors sol (décor non-figuratif aux liserés bleu et or)

Григорій Епік. Без грунту | Grygoryj Epik, Hors-sol : nouvelle, Kharkiv, Éditions d’État d’Ukraine, 1928. Collections de l'Institut d'études slaves déposées à la BULAC.

Couverture illustrée d'une composition géométrique : losanges en liserés d'or et cercles concentriques bleu sur fonds bleu, titre dans un cartouche avec typographie cursive

Володимир Сосюра. Коли зацвітуть акаціі | Volodymyr Sosjura. Quand les acacias fleuriront : poésies. Kharkiv, Éditions d’État d’Ukraine, 1928. Collections de la BULAC.

Le parcours du poète symboliste Pavlo Tytchyna (1891-1967) illustre la trajectoire de cette avant-garde brisée. Membre du VAPLITE son œuvre des années 1920 annonce la création d’un nouveau courant baptisé « clarinettisme », du nom de son premier recueil.

Titre dans un cartouche, décor géométrique composé d'une alternance de triangles orange et noirs.

Павло Тичина, Соняшні кларнети | Pavlo Tičina, Les clarinettes solaires. Kharkiv, La voie rouge, 1924. Collections de l'Institut d'étude slaves déposées à la BULAC.
 

Couverture : profil de deux peupliers noirs ployant sous le vent, souffle figuré par la typographie et la disposition des lettres composant le mot du titre

Павло Тичина. Вітер з України : поезіі. Pavlo Tyčyna, Le vent d'Ukraine : poésies, Kharkiv, La voie rouge, 1924. Collections de l'Institut d'études slaves déposées à la BULAC. Illustrateur non identifié.

Après 1934, Pavlo Tyčyna rentre dans le moule du réalisme-socialisme. Le Parti guide est un recueil de poèmes conforme aux canons soviétiques qui marque le renoncement et l’embrigadement du poète. L’édition de 1936 a volontairement la forme d’une carte de membre du Parti communiste.

Couverture avec un portrait dessiné de l'auteur

Page de titre. Павло Тичина, Партія веде | Pavlo Tičina, Le Parti guide. Kharkiv, Éditions littéraires d’État, 1936. Collections de l'Institut d'études slaves déposées à la BULAC.

 

Couverture de couleur rouge, imitant la forme d'une carte du parti communiste ; typographie cursive imitant l'écriture manuscrite.

Павло Тичина, Партія веде | Pavlo Tičina, Le Parti guide. Kiev, Littérature soviétique, 1934. Collections de l'Institut d'études slaves déposées à la BULAC.

Couverture non figurative

M. Tyszkiewicz, La littérature ukrainienne : d'après M. Serge Efremov, Mme Olexandra Efimenko, le Prof. Mykhaïlo Hrouchevsky et d'autres écrivains ukrainiens, Berne, R. Suter & C°, 1919.

Mykhaylo Tyskiewicz (1857-1930), mécène et publiciste, participe aux missions diplomatique de la République populaire d’Ukraine, notamment à la Conférence de Paix de Paris. C'est à cette occasion qu'il rédige en français un portrait de groupe de l'avant-garde littéraire ukrainienne, qu'il cherche à inscrire dans le paysage européen.

Couverture toilée non illustrée. Titre en lettres capitales de couleur rouge carmin.

Юрій Лавріненко, Розстріляне відродження : антологія 1917-1933 | Juryj Lavrinenko, La Renaissance fusillée. Anthologie, 1917-1933. [Paris], Inst. literacki, 1959. Collections de la BULAC.

La mémoire de cette avant-garde ukrainienne est entretenue dans l'exil par la dissidence. La célèbre revue polonaise Kultura consacre en 1959 un volume à la génération des auteurs ukrainiens emportés par la terreur stalinienne des années 1930. Son titre, « la génération fusillée », est désormais une expression consacrée pour désigner cette génération d’écrivains et de poètes. L’auteur du recueil, Youri Lavrinenko, en est alors un des derniers représentants.

Visite de l'exposition par l'ambassadeur d'Ukraine, S.E. Oleg Shamshur, et l'historien Youri Shapoval.

Références bibliographiques

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Publications ukrainiennes de 1917-1920 disponibles à la BULAC

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Illustration de Viktor P. Kiselev

Illustration de Viktor P. Kiselev. Рассказы А. Неверова. Moscou, Gosizdat, s.d.

Centenaire des révolutions russes

De septembre à novembre 2017, la BULAC s’associe à plusieurs manifestations marquant le centenaire des révolutions russes et des bouleversements de l’année 1917 à l’est de l’Europe.

Vignette illustrée représentant un jeune enfant on un angelot jouant de la kobza, instrument à corde traditionnel ukrainien

Composé d'environ 8 000 ouvrages, ce fonds est constitué de la réunion de collections complémentaires issues de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales (BIULO), de la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne et de la bibliothèque du Centre d’études slaves (CES).

Au nom des peuples ! Paris, carrefour des revendications nationales pendant la Conférence de la Paix de 1919
24 juin 2019 > 9 août 2019

À l'occasion du centenaire de la Conférence de la Paix, l’exposition met en lumière les stratégies médiatiques déployées par les peuples pour défendre des souverainetés émergentes face aux intérêts des vainqueurs et faire entendre leurs voix dans les négociations entre...

Nos intervenants

Iryna Dmytrychyn
Iryna Dmytrychyn

Maître de conférences en langue et civilisation ukrainiennes à l'Inalco, chercheuse au Centre de recherches Europes-Asie (CREE, Inalco).

Anna Filatova

Chargée de collections pour les domaines ukrainien et biélorusse de 2017 à 2019

Benjamin Guichard
Agent BULAC

Benjamin Guichard est conservateur en chef des bibliothèques, directeur scientifique de la BULAC depuis 2015.