Dossier de presse de l'exposition « Ces journaux des diasporas qui ont fait la presse parisienne », février 2022
Ces journaux des diasporas qui ont fait la presse parisienne
Un tour d'horizon de la diversité linguistique de l'édition et de la presse parisienne au XXe siècle vous est proposé à l'occasion du colloque international organisé par Transfopress, réseau transnational pour l'étude de la presse en langues étrangères, les 9, 10 et 11 mars 2022.
Иллюстрированная Россия (La Russie illustrée), hebdomadaire russe publié à Paris. Illustration de couverture du n° 42 (335) daté du 10 octobre 1931. Collections de l'Institut d'études slaves/UMR Eur'Orbem déposées à la BULAC, CESLA 4 Pr 320.
Paris, comme d'autres métropoles européennes et mondiales, s'est construite au fil du temps par une succession de migrations.
République des arts et des lettres, lieu de refuge, de création et de légitimation, surnommée la « Babel des temps modernes », la Ville-Lumière a été au cours des deux derniers siècles une destination privilégiée des mouvements migratoires. On s'installe à Paris pour fuir la répression ou la persécution politique, pour profiter de l'offre culturelle et scientifique de la ville, ou encore en espérant y trouver un moyen de subsistance. Des victimes de régimes autoritaires et totalitaires ou de conflits militaires y côtoient des artistes attirés par la créativité culturelle de la capitale française, des dissidents et exilés politiques y rejoignent des migrants à la recherche d'un avenir meilleur. Terre cosmopolite, la ville de Paris connaît aussi la montée de la xénophobie et des discours ou des pratiques d'exclusion. Exilés et immigrés, chacun vit différemment son nouveau statut de citoyen parisien et français, entre rejet ou assimilation, intégration ou discrimination.
Cette mosaïque socioculturelle est un terreau fertile pour la publication et la diffusion de périodiques d'une grande diversité linguistique, édités à Paris et en région parisienne. Puisant dans les collections de la BULAC, l'exposition pose les jalons d’une histoire polyphonique de la presse allophone francilienne.
Commissariat
Nicolas Pitsos (BULAC, CHCSC-université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, CREE-Inalco)
Conception graphique
Dorothée Beauvais et Florence Jacob (duofluo)
- Cette exposition s'inscrit dans le cadre d'un projet de recherche sur la presse et l'édition en langues étrangères à Paris, développé par le réseau Transfopress (Réseau transnational pour l'étude de la presse en langues étrangères) et coordonné par Diana Cooper-Richet (CHCSC-université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), Nicolas Pitsos (BULAC, CHCSC-université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, CREE-Inalco) et Isabelle Richet (LARCA-Université de Paris).
- « Paris, métropole polyphonique : pour une histoire de la presse parisienne en langue étrangère (XIXe-XXIe siècle) » Du 9 au 11 mars 2022, la BULAC accueille la 8e rencontre du réseau Transfopress, à l'auditorium du Pôle des langues et civilisations. L’étude des journaux et des périodiques fondés par ou pour les différentes communautés linguistiques permettra d’éclairer un angle mort de l’histoire de la presse parisienne et de poser les jalons d’une histoire polyphonique de la presse publiée à Paris et dans ses environs directs.
Nicolas Pitsos (dir.), Paris, capitale polyphonique. Histoire de la presse réfugiée, exilée, immigrée, Paris, Atlande, 2025.
À paraître, 2025
Nicolas Pitsos (dir.), Paris, capitale polyphonique. Histoire de la presse réfugiée, exilée, immigrée, Paris, Atlande, 2025.
Paris est une ville-monde. Nulle part ailleurs, la presse en langue étrangère n’a été aussi foisonnante qu’à Paris. Seules aujourd’hui peuvent se comparer Londres et New York. Elle n’a jamais été étudiée en tant que telle. Paris, capitale polyphonique est le fruit de douze ans de travail, celui du réseau Transfopress qui recense la presse allophone à travers le monde. Ici seize langues sont convoquées : anglais, arabe, chinois, espagnol, géorgien, grec, hébreu, hongrois, italien, khmer, polonais, portugais, russe, tamoul, tchèque et yiddish. Plusieurs titres sont concernés dans chacune, du XIXe au XXIe siècle. Richement illustré, l’ouvrage regorge d’histoires méconnues, d’anecdotes, de parcours de vie, de lutte, de témoignages d’acculturation et de métissage mais aussi de rejets et de drames.
À un moment où l’identité plurielle de la France est remise en cause et où le sens de l’assimilation est questionné, cette mosaïque apporte une réflexion salutaire et un éclairage inédit tant sur l’histoire de l’immigration que sur celle de la ville-lumière.
Dans la galerie, du 21 février au 1er avril 2022
À travers les contributions de huit chercheurs, historiens et spécialistes en langues et civilisations, l'exposition présente une trentaine de titres de presse publiés dans huit alphabets et une quinzaine de langues, à Paris tout au long du XXe siècle.
Украïна : украïнознавство и французьке культурне життя | Ukraine : connaissance de l'Ukraine et vie culturelle française. Revue publiée sous la direction d'Élie Borschak. Collections de la BULAC, BIULO PER.7003.
Quê Mẹ, n°90/91, mars-avril 1988. Collections de la BULAC, BIULO PER.1973.
Les principaux journaux présentés :
- Ha-Levanon
- Znamâ truda, Russkij soldat-grazdanin vo Francii, Bič, Illûstrirovannaâ Rossiâ, Russkaia mysl'
- Agon
- Haratch, Kavṙōši taregirkë
- Parizer Haynt, Naïe Presse
- Trizub, Ukraïnski'visti, Ukraïnsʹke slovo, Hromada, Ukraïna̕
- Qiao Lian, Long Bao
- Tchveni Drocha, Tavisouplebis tribouna
- Gió Nội, Đoàn Kết, Quê Mẹ
- Kultura, Kontakt
- Svědectví
- Afaq Arabiyya, Al-Badil
- Binndi e jannde
Au rez-de-jardin, du 10 février au 1er avril 2022
Paris, carrefour de l'édition polyglotte
Introduction
Au XXe siècle, la ville de Paris, terre d’accueil cosmopolite, est au cœur d’un important dispositif de production et de diffusion de journaux en langues étrangères, animés par des immigrés et des exilés venus du monde entier.
Dans l’entre-deux-guerres, l'arrivée de réfugiés de l'Anatolie, du Moyen-Orient, de l'aire soviétique et de l'Europe centrale favorise la création de nouveaux titres en arménien, en grec, en russe, en ukrainien, en yiddish…
La presse allophone, comme l’ensemble de la presse en France, est ébranlée par la Seconde Guerre mondiale, avec d’une part la pénurie de papier, qui continue encore après la Libération, et d’autre part des restrictions sur les initiatives éditoriales. En 1939, la loi française restreint pour les étrangers le droit d’association et renforce le contrôle de l’administration sur leurs publications, susceptibles d'être interdites à tout moment. Plus de 130 titres en langues étrangères sont victimes de ces interdictions entre 1950 et 1990. Malgré ces obstacles, la presse en langue étrangère résiste et réussit même à s'épanouir. Plus d’un millier de titres sont publiés en France en 37 langues, entre 1944 et 1989.
Pendant la Guerre froide, des dissidents politiques fondent des périodiques en hongrois, polonais, roumain, tchèque, vietnamien… Les ressortissants d’anciennes colonies françaises viennent enrichir une presse d'expression arabe déjà présente dans l’espace médiatique parisien ou revendiquer la reconnaissance d'expression dans cet espace, dans des langues largement répandues en Afrique subsaharienne, à l'instar du peul.
Au-delà de la production journalistique, mise en avant dans la galerie du Pôle des langues et civilisations, les acteurs de la presse allophone - maisons d’éditions (Dom Knigi, Agon, Svedectvi, Quê Mẹ, Binndi e Jannde, Association Arabie sur Seine…) et imprimeries (Beresniak, Arak̕s…) - diffusent une large palette de publications en langues étrangères (romans, essais, recueils…). Les documents originaux présentés dans les vitrines reflètent cette variété éditoriale polyglotte à Paris au XXe siècle.
Arabie sur Seine
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Né à Bagdad en 1944, Abdul Kader El-Janabi est à l’origine de l’Association Arabie-sur-Seine. Contraint à l’exil suite à l’instauration d’un régime policier en Irak par le parti Baas, il se retrouve à Londres où il adhère au mouvement « International Marxist Group », dirigé par l’historien et intellectuel britannique Tariq Ali. Installé depuis 1972 à Paris, il y fonde plusieurs revues dont Le Désir libertaire (االباحية الرغبة Ar Raghba El-Ibâhiyya) qui publie des textes de libertins musulmans de l’époque du califat abbasside de Bagdad ainsi que des textes de Georges Henein, précurseur du surréalisme en Égypte. Des recueils poétiques d’Abdul Kader El-Janabi paraissent également aux éditions de l’Association Arabie-sur-Seine.
Binndi e jannde
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Fondée en 1980, l’association Binndi e Jannde regroupe des étudiants africains souhaitant promouvoir leurs langues maternelles. En dehors de la revue du même nom, elle publie aussi des œuvres littéraires, des contes, des recueils de poésie en plusieurs langues africaines telles que l'adja (langue parlée au Bénin et au Togo) et le peul.
Hội Sinh Viên sáng tác, Nhà xuất bản Văn Học, Quê Mẹ
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Dans les années 1970 et 1980, suite à la guerre civile qui a ravagé le Vietnam et à l’instauration du régime des Khmers rouges au Cambodge, la France est la terre d’immigration privilégiée des Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens. Dans ce contexte, de nouvelles maisons d’édition voient le jour à Paris et proposent des ouvrages en vietnamien (Hội Sinh Viên sáng tác, Đông Nam Á) ou en khmer (Éditions Angkor). Située à Gennevilliers, la maison d’édition Quê Mệ (Terre natale) lance en février 1976 la revue éponyme. Proche de l’Association des Vietnamiens : Culture & Liaison (AVECEL), Quê Mệ publie aussi des auteurs vietnamiens opposés au régime communiste de Hanoï.
Russische Kunst
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Jar-Ptitza (Жаръ-Птица, L’oiseau de feu) est une revue d’art éditée conjointement à Paris et à Berlin dans les années 1920. Tous les aspects de l’art russe moderne y sont abordés avec une prédilection pour le ballet, le théâtre et la peinture. Les plus grands peintres de l’émigration russe y sont représentés, à l’instar de Natalia Gontcharova, dessinatrice et décoratrice de théâtre, Léon Bakst, connu pour avoir été le principal collaborateur des Ballets russes, et Ivan Bilibine, illustrateur de livres et décorateur de théâtre.
Éditer en exil
Paris devient dans l’entre-deux-guerres le plus grand pôle de l’émigration russe européenne. À Boulogne-Billancourt (usines Renault), mais aussi dans le 15e arrondissement, à proximité des usines Citroën, ou dans le 17e autour de la rue Daru et de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, un « Paris russe » se dessine. Une pléthore de maisons d’édition sont fondées par les opposants au régime soviétique. Vozroždenìe (Возрожденіе, La Renaissance) participe de ce phénomène éditorial. Le journal du même nom apparaît dès 1925. Pticelov, de Dmitri Yourïevitch Kobyakov, avec le magazine satirique Ukhvat (La pince) en 1926, et Dom Knigi (Maison du livre étranger) avec la revue Krug almanach (1936-1937) façonnent également le paysage éditorial russophone dans la région parisienne pendant cette période.
Vozroždenie, Dom knigi
Essayiste pour le journal Vozroždenìe publié en russe à Paris, spécialisé dans la satire politique, Alexander Yablonovsky crée une série de dessins caricaturant les dirigeants bolcheviques.
Arrêté et emprisonné en raison de sa participation à la Révolution de 1905, Mikhaïl Ossorguine est contraint à l’exil en Italie. De retour en Russie, il est parmi les fondateurs de l’Union russe des écrivains et de l’Union russe des journalistes. Expulsé de nouveau par les Bolcheviques, il s’installe en 1923 à Paris, où il devient membre du Comité d’aide aux écrivains et aux savants russes en France, ainsi que membre du conseil de la Bibliothèque Tourguenev.
L'écrivain russe Evgueni Zamiatine est surtout connu pour son livre My (Nous autres), dans lequel il exprime sa déception à l’égard de la Révolution d’Octobre, en dépeignant une société totalitaire sous forme de science-fiction. Dans son roman historique Bič božij (Le Fléau de Dieu), inachevé et posthume, il s'inspire de la vie du jeune Attila, chef légendaire des Huns au Ve siècle.
Knigoizdatel stvo Pticelov
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Éditer au nom de l’indépendance
Au lendemain des traités mettant fin à la Première Guerre mondiale et aux conflits régionaux déclenchés dans son sillage immédiat, de nouvelles frontières sont tracées et de nouvelles constructions étatiques émergent. Ce nouvel ordre mondial se retrouve confronté aussitôt à des aspirations indépendantistes insatisfaites ou inachevées. Des exilés du Caucase, de l’Ukraine ou de l’Asie centrale convergent vers Paris.
Yach Turkestan
Yach Turkestan (Yaş Türkistan, Jeune Turkestan) est une initiative éditoriale développée par Mustafa Tchokay. Né dans une famille de nobles musulmans à Ak-Meshit (actuellement Kyzylorda au Kazakstan), il milite pour la reconnaissance des droits politiques des peuples de l’Asie centrale dans le giron de la Russie tsariste. Parti à Istanbul après la dissolution de la République de la Transcaucasie par l’Armée soviétique, il s’installe avec son épouse Maria à Nogent-sur-Marne en 1923, où il édite la revue Yach Turkestan et publie des essais sur le Turkestan à l’ère soviétique.
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Tryzub, Kavkaz
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
(à gauche) La maison d’édition Tryzub (Тризуб, Trident) est fondée par Symon Petlioura, journaliste et figure de proue du mouvement nationaliste ukrainien. Elle est le siège de l’hebdomadaire Tryzub (1925-1940). Recevant le soutien du journal, la Bibliothèque ukrainienne s’installe dès le printemps 1927 dans ses locaux, au 19 rue des Gobelins dans le 13e arrondissement.
(à droite) Paris devient le lieu d’une joute éditoriale entre deux organisations aspirant à l’indépendance des pays du Caucase. L’organisation Caucase (1934-1939), dirigée par Haïdar Bammate, lance la revue Kavkaz, publiée en sept langues. Les leaders de cette organisation financée par le gouvernement japonais et réunissant les groupes de droite caucasienne préconisent la création d’une confédération après la libération du Caucase du joug du Kremlin. Face à eux, des sociaux-démocrates géorgiens, des moussavatistes azéris (du parti Mussavat-Égalité, établi en 1911, imbu d’idées pan-islamistes, pan-turquistes et socialistes) et des dachnaks arméniens (parti révolutionnaire d’obédience socialiste) sont réunis au sein du mouvement Prométhée. Ses adhérents concluent en juillet 1934 à Bruxelles le pacte de la confédération caucasienne. Parmi les signataires, nous retrouvons Noé Jordania, président de la République démocratique de Géorgie et Mammad Amin Rasulzadé, instigateur de la première République démocratique d’Azerbaïdjan. Le document exposé ici, relate leurs positions.
Les imprimeries Beresniak, Araks et Agon
Beresniak
Fondée à Paris peu avant la Première Guerre mondiale par Abraham Lazare Beresniak, émigré de Russie, l’imprimerie Beresniak s’est spécialisée dans l’impression de livres en différentes langues et typographies (yiddish, hébreu, russe, polonais, etc.). Estampillée « entreprise juive » sous l’Occupation, l’imprimerie fut spoliée. La fin du régime de Vichy en 1945 permet la restitution des biens du fonds de l’imprimerie et Serge Beresniak assume la mission de la faire renaître.
Né à Kiev en 1905, Serge Lifar est embauché par Serge de Diaghilev pour ses ballets russes. Engagé ensuite par l’Opéra de Paris, il s’y illustre comme danseur et chorégraphe, adulé par le Tout-Paris artistique des années 1930.
Bruno Durocher (Bronislaw Kaminski) surnommé à ses 17 ans « le Rimbaud de la poésie polonaise » pour son avant-gardisme, est arrêté en septembre 1939 à Gdansk, au moment de l’invasion allemande de la Pologne. Libéré des camps de concentration en mai 1945, il arrive à Paris où il s’installe pour le reste de sa vie.
Araks
À partir des années 1920, l’édition en arménien prend un essor considérable à Paris. Des réfugiés de langue arménienne, fuyant les pratiques génocidaires en Anatolie pendant la Première Guerre mondiale et les politiques nationalistes ou autoritaires en Turquie kémaliste et en Union soviétique, s’installent pendant cette période en France et plus particulièrement dans la région parisienne. Pour répondre à la demande d’une production livresque en caractères arméniens, plusieurs imprimeries voient le jour à l’instar de celles d'Elekian, Nersessian, Turabian, Der-Hagopian. L’imprimerie Arak's (Araxes) est l’œuvre des trois frères Topalian, Puzant, Hampartzoum et Khosrov. Né à Gaziantep, Puzant Topalian est aussi peintre et poète en dehors de ses activités en tant qu’éditeur-imprimeur. En 1952, il fonde la revue littéraire et artistique bilingue Andastan (Անդաստան Patrimoine culturel).
Chavarch Nartouni est né en 1898 à Armache près de Constantinople. Exclu de l’école militaire de Constantinople, il arrive en France en 1923 pour faire des études de médecine à Paris. Médecin interne à l’hôpital psychiatrique d’Amiens, Nartouni collabore à la presse arménienne de Paris. Il fait partie de la rédaction du journal Haratch jusqu’à sa mort en 1968. Il publie également la revue médicale Hay boyž (Հայ բոյժ).
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Agon
Dans le 14e arrondissement, l’imprimerie et maison d’édition Agon s’implante rue d’Alésia. Pendant les années 1920, le journal du même nom y est édité à côté d’une série de romans en grec. Un des auteurs les plus représentés dans cette collection est Thrassos Kastanakis, frère du rédacteur en chef du journal. Côtoyant des exilés installés à Paris suite aux bouleversements de la Première Guerre mondiale, Thrassos Kastanakis reconstitue dans ses nouvelles une fresque de la société parisienne polyphonique de cette période, aux couleurs d’un tableau de Kees Van Dongen et aux résonances de l’ambiance exubérante du Paris des années folles.
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Éditer la dissidence pendant la Guerre froide
Fondation universitaire roumaine Charles Ier
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Au sein de la communauté des dissidents originaires de Roumanie, la création à Paris de la Fondation universitaire roumaine Charles Ier, en 1950, est une étape fondamentale pour l’édition en langue roumaine. La Fondation encourage et soutient également la publication de revues et d’ouvrages en français afin de faire connaître les créations littéraires et artistiques roumaines auprès d’un public francophone. En parallèle, elle assure la publication de la revue Fiinţa româneascǎ : Revista de cultura (L’Être roumain : revue de culture) ainsi que l’édition d’une série d’œuvres littéraires en roumain à l’instar des poèmes de Mira Simian.
Centre du Dialogue
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
La Mission catholique joue un rôle important auprès des dissidents polonais à Paris. Dans les années 1960 et 1970, le centre du Dialogue des pères Pallotins devient un remarquable foyer culturel. Une imprimerie moderne permet de développer la maison d’édition Dialog, avec notamment la série « Znaki czasu » et la revue mensuelle Nasza Rodzina, sans parler des almanachs annuels consacrés à l’émigration ou des essais signés par des personnalités proches du syndicat Solidarność comme le prêtre Józef Stanisław Tischner.
Instytut Literacki
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Autre foyer important pour l’activité éditoriale en polonais dans Paris de la période de la Guerre froide c’est l’Instytut Literacki (Institut littéraire) à Maisons-Laffitte. De 1946 à 1986, en dehors des numéros de la revue Kultura, les éditions de l’Institut publient 345 volumes pour un tirage de 540 000 exemplaires, représentant l’ensemble de la littérature et de la pensée polonaises. L’auteur de ce recueil d’essais, Józef Czapski (1896-1993), est une figure emblématique de l’intelligentsia polonaise dissidente installée à Paris.
Ahogy Lehet
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Suite à la répression par l’armée soviétique de la Révolution de 1956 à Budapest, le gouvernement Guy Mollet décide de recevoir des réfugiés hongrois et d’accorder de nombreuses bourses à des étudiants. Pierre Kende, au sein du Cercle Petöfi, à la direction du journal Magyar Szabadsag, s’engage aussi depuis Paris, en faveur du renouveau démocratique dans le parti communiste hongrois incarné par Imre Nagy. À Paris, on édite également l’importante Gazette littéraire (Irodalmi Ujsag). À côté de ces publications, la Mission catholique lance une publication ronéotée puis imprimée, Ahogy Lehet, ainsi qu'une maison d’édition du même nom publiant des œuvres littéraires.
Svědectví
Exposition Paris, carrefour de l'édition polyglotte - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Les éditions Svědectví marquent de manière durable le paysage éditorial parisien en langue tchèque et slovaque. Le 28 octobre 1956, jour anniversaire de l’indépendance tchécoslovaque et fête nationale, Pavel Tigrid inaugure l’histoire de la revue Svědectví (Témoignage), publication trimestrielle qui va rapidement éclipser les périodiques existants. Les éditions Svědectví publient également des œuvres littéraires à l’instar du recueil de poèmes de Joseph Brodsky lauréat du prix Nobel de la Littérature en 1987.
Sélection bibliographique « Ces diasporas qui ont fait la société française »
Un choix d'ouvrages disponibles au prêt.
Presse allophone numérisée
- 101 numéros d'Agon datés des années 1928, 1929 et 1930 sont en ligne dans Gallica.
- Ha-Levanon est disponible dans la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale d'Israël.
- L'ensemble des numéros d'Haratch ont été numérisés par l’Association pour la recherche et l’archivage de la mémoire arménienne (ARAM).
- Illûstrirovannaâ Rossiâ est téléchargeable en ligne sur le portail magzDB.
- 372 numéros de Russkij soldat-grazdanin vo Francii datés des années 1917, 1918 et 1919 sont consultables dans Gallica.
La presse (en) arabe publiée hors de l’aire arabophone
Entretien avec Fatna Ziani
La Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée a consacré son 152e numéro à « La presse (en) arabe publiée hors de l’aire arabophone ». L'historienne Diana Cooper-Richet s'est entretenue avec Fatna Ziani, chargée de collections pour le domaine arabe à la BULAC, autour de la collection des périodiques en arabe de la BULAC.
« Il y a près de 465 périodiques en arabe à la BULAC, [...] [dont] une vingtaine de périodiques publiés en France, majoritairement à Paris [...]. La plupart de ces périodiques traitent, au moment de leur parution, de l’actualité contemporaine. Tout comme les périodiques égyptiens de la seconde moitié du XIXe siècle, ils sont le plus souvent des instruments politiques utilisés par leurs rédacteurs exilés en France ou ailleurs en Europe. »
Extraits de l'entretien avec Fatna Ziani, REMM, n° 152, mis en ligne le 20 décembre 2022.
Affiche du colloque « Paris, métropole polyphonique : pour une histoire de la presse parisienne en langue étrangère (XIXe-XXIe siècle) », du 9 au 11 mars 2022
Programme du colloque « Paris, métropole polyphonique : pour une histoire de la presse parisienne en langue étrangère (XIXe-XXIe siècle) », du 9 au 11 mars 2022
Nos intervenants
Chargé des collections du domaine grec de la BULAC depuis 2017, chef de l'équipe EBCO (Europe balkanique, centrale et orientale) de 2017 à 2020.
Docteur en histoire, qualifié aux fonctions de maître de conférences en histoire moderne et contemporaine et en études grecques, Nicolas Pitsos est chargé de cours d'histoire à l'Institut catholique de Paris (ICP) et à l'Institut catholique d'études supérieures (ICES) où il enseigne l'histoire de l'Europe du Sud-Est. Nicolas Pitsos est chercheur associé au Centre de recherches Europes-Eurasie (CREE, Inalco) et au Centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC, université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines). Spécialisé dans l'histoire de la presse, il est membre du réseau Transfopress.
Historienne de formation, Iryna Bonin Dmytrychyn est l’auteur de nombreuses publications sur la littérature et l’histoire ukrainiennes. Elle a réalisé plusieurs traductions d’auteurs ukrainiens contemporains publiées en France, tels que Serhiy Jadan (Hymne de la jeunesse démocratique, éditions L’espace d’un instant, 2020 ; Anarchy in the UKR, suivi de Journal de Louhansk, éditions Noir sur blanc, 2016), ainsi que de l’Anthologie du Donbas (traduite avec Marta Starinska). Maître de conférence, Iryna Bonin Dmytrychyn est responsable des études ukrainiennes à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) à Paris, fonction qui l’amène à conduire divers projets visant à mieux faire connaître l’Ukraine, sa culture et son histoire, en Occident.
Chargée de traitement pour les périodiques russes. Historienne-archiviste, spécialiste de la période soviétique.
Gideon Kouts est journaliste et enseignant, docteur en sciences de l’information et de la communication ainsi qu’en lettres et sciences humaines. Il est professeur en communication et civilisation hébraïques modernes et contemporaines à l’université Paris 8.
Maître de conférences en langue et civilisation géorgiennes à l'Inalco
Chargé de collections pour le domaine chinois. Docteur en histoire de l'art, chargé de cours au département d'études chinoises à l'Inalco.
Historien spécialiste du Vietnam, professeur des universités à l’Université de Paris.
Professeur des universités et responsable des études tchèques à l'Inalco
duofluo est un collectif de design graphique créé en 2015 par Dorothée Beauvais et Florence Jacob. Elles innovent dans les champs de l’identité, de l’affiche, de l’édition, de la signalétique et du multimédia.