Agir sur la place publique. Les contestations artistiques en Russie depuis les années 1990.

Cycle « la contestation du pouvoir », 6e conférence

Le mardi 14 mai 2013, de 18h30 à 20h30

Auditorium

Manifestation de la communauté Radek à Berlin en 2005 © Radek

 

La contestation artistique défraie la chronique en Russie depuis le retour de Vladimir Poutine à la tête du pays. L'adoption en 2012 de la réforme constitutionnelle, qui devrait permettre au président russe de gouverner six ans (au lieu de quatre), de se représenter à l'issue de son mandat et de rester au pouvoir jusqu'en 2024, a déclenché une vague de protestations. La plupart des artistes radicaux qui se succèdent sur la place publique pour exprimer leurs désaccords au travers de performances violemment évocatrices s'inscrivent dans le mouvement contestataire né dans les années 1990 avec l'avènement de l'ère post-soviétique.

Ces coups d'éclats artistiques sont autant destinés à dénoncer les méthodes d'un gouvernement jugé liberticide qu'à provoquer des débats de société ou défendre les droits humains. En réponse à ces actes libertaires extrêmes, le gouvernement Poutine, comme ses prédécesseurs, a opté pour la fermeté et la répression. Le 17 août dernier, celui-ci a ordonné l'arrestation des trois activistes de Pussy Riot, le collectif féministe d'inspiration punk-rock. Leur happening dans une église orthodoxe, le 21 février 2012 à Moscou, a valu à deux d'entre elles — Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova — d'être condamnées à deux ans d'emprisonnement et d'être encore aujourd'hui détenues séparément dans deux colonies pénitentiaires. Les images filmées durant le procès de ces jeunes pasionaria menottées avaient ému le monde entier. Une affaire qui fait écho, parmi d'autres, à celles vécues par leurs aînés quelques années auparavant.

En 1999, le peintre Avdei Ter-Oganyan avait dû, pour échapper aux poursuites pénales de la justice russe, s'exiler à Prague, où il a obtenu depuis le statut de réfugié. Ce peintre contestataire avait, l'année précédente, lacéré en public des reproductions en grandes séries d'icônes orthodoxes. En 2000, le performeur et cinéaste Oleg Mavromatti, exilé en Bulgarie, marchait dans les pas de Ter-Oganyan en fuyant la Russie pour éviter une arrestation. Objet du délit : il s'était mis en scène subissant une crucifixion expérimentale, donc réelle, avec le slogan « Je ne suis pas le fils de Dieu » tatoué sur le corps.

À l'occasion de cette rencontre autour de l'artiste Pavel Mitenko, Anna Zaytseva et Perrine Poupin (sociologues à l'EHESS) évoqueront notamment les protestations spectaculaires qui se multiplient en Russie depuis les années 2000 ainsi que la façon dont le gouvernement russe verrouille peu à peu l'espace politique et démocratique en réprimant systématiquement ces artistes contestataires. Il sera également question du groupe Voïna et de son site web créé pour soutenir deux de ses membres, Oleg Vorotnikov et Léo Nikolaev, arrêtés en 2010 lors d’une manifestation anti-corruption. Libérés sous caution en février 2011, ils risquaient une condamnation à sept ans de prison.

Quelques échos sur la question dans la presse française

Allons-y :

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75013 Paris
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Tél : 01 81 69 18 38 / 18 86

action-culturelle(à)bulac.fr

 

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Affiche de l'exposition « Agents et Provocateurs » (Hambourg, 2010)

Les intervenants 

L'artiste, critique d'art et activiste Pavel Mitenko est né en 1977. Il vit à Moscou où il a étudié à la School of Contemporary Art (SCA), de 1997 à 2000 (école fondée par Avdei Ter-Oganyan). Il y a notamment suivi les séminaires de l'artiste Anatoly Osmolovsky, considéré comme le théoricien de l'activisme artistique russe. Il dit avoir été influencé dans sa démarche artistique par Osmolovsky qui revendique lui-même une filiation avec les intellectuels français Jean Baudrillard ou Alain Badiou. Pavel Mitenko est actuellement doctorant en philosophie, à l'Académie des sciences de Russie. Il participe par ailleurs au blog chto delat.

Perrine Poupin est sociologue à l'EHESS, spécialisée dans l'anthropologie visuelle. Ses travaux portent sur l'occupation de l'espace dans les mobilisations collectives. Son terrain d'étude est la Russie contemporaine, et ses laboratoires de rattachement sont le Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC) et le Centre d'études des mouvements sociaux (CEMS). Elle a publié « “Démocratie dirigée” et manifestations protestataires de rue à Moscou : Quelle partition joue la police ? » dans  The Journal of Power Institutions in Post-Soviet Societies, n°13, 2012.

Anna Zaytseva est sociologue à l'EHESS et au Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC). Ses recherches portent sur les mouvements sociaux, et les pratiques militantes et artistiques dans la Russie contemporaine. Elle a publié notamment « La légitimation du rock en URSS : acteurs, logiques, institutions » aux Cahiers du monde russe en 2008, « Les musiques populaires entre underground et logiques commerciales »  dans La Russie contemporaine, Fayard, 2010, et « Faire la part entre l'art et l'activisme : les protestations spectaculaires dans la Russie contemporaine (2000-2010) », Critique Internationale, n° 55, 2012.

Sélection d'ouvrages du fonds russe de la BULAC.

 


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