Fukushima ou l'administration du désastre. Pouvoirs publics et médias face au nucléaire.

Cycle « la contestation du pouvoir », 4e conférence

Le mardi 12 mars 2013, de 18h30 à 20h30

Auditorium

Site de Fukushima le 28 décembre 2011. © Jorge Rodriguez

L’épuisement d’un système, l’existence d’une volonté

Après le désastre de Fukushima, État, mafia, experts, contre-experts, « mouvements citoyens » et fondations diverses sont devenus les co-gestionnaires des catastrophes en chaîne. Au point que chaque intervenant se voit l'artisan de sa propre destruction.

Pour Thierry Ribault (CNRS/ MCJ), cette catastrophe illustre les limites des sociétés industrielles à l’aube du XXIe siècle. L’État, qui ne peut plus gérer les accidents de son développement, délègue à d’autres le soin de le faire à sa place. Les gens qui « s’engagent » sont confrontés à un dilemme insoluble : la non-information rend leur action nécessaire, mais ils ne peuvent apporter de solution. Les populations restent sur place, tétanisées par la propagande, qui les confine au « suicide » collectif. Incapables de décider de sauver leur vie, ils servent, dans l’attente de leur mort déclarée probable, de cobayes à une certaine « science », eugéniste et à certains égards, « radio-négationniste » (attitude niant les nuisances de la radioactivité).

Face à l'instillation de cette propagande, Thierry Ribault souhaite mettre en lumière certaines initiatives citoyennes, et questionner le sens qu'on peut leur donner et comprendre leur impact. Loin d’une glorification de la “société civile” ou des “mouvements citoyens”, le désastre de Fukushima met au grand jour la prise de conscience de l’épuisement d’un système et l’existence d’une volonté, au sein de la société japonaise, de bouleverser ce système.


« Pas de conséquences sanitaires immédiates »

Ce sont les mots prononcés par Yukio Edano, secrétaire général du cabinet du gouvernement, lors d’une conférence de presse du 23 mars 2011 pour qualifier la consommation de nourriture contaminée.

Dans un contexte d‘apathie et de fuite collective de la réalité, nombre de Japonais considèrent encore la contamination radioactive comme une fiction et une « mauvaise rumeur ». Simultanément, une telle situation fait naître de multiples actions de la part des habitants.

Wataru Iwata, membre du groupe d’action « Projet 47 », a rejoint Fukushima après l'accident. Il y a fondé, avec d'autres, le réseau « Citizens’ Radioactivity Measuring Station » (CRMS). Il présentera au cours de cette conférence l'activité de cette association.

 

« Pacifique », « sûr » et « nécessaire »

Tino Bruno (IETT/ Lyon 3) présentera un état des lieux de ses recherches consacrées aux « mythes du nucléaire civil » dans la presse japonaise depuis 1945 et au rôle des nouveaux médias dans leur déconstruction.

Fort d'un manichéisme à tout épreuve, les journaux japonais, aidés par les politiciens en place à l'époque, ont usé d'une stratégie visant à promouvoir le nucléaire civil, en séparant les pans civil et militaire de cette industrie.

Cependant, les nouveaux médias ont contribué à effriter ces idéaux construits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale au Japon. Aujourd'hui, les manifestants antinucléaires, souvent rassemblés grâce aux réseaux sociaux, n'obtiennent pas vraiment les faveurs des grands quotidiens du pays. Assisterait-on a un nouveau revirement de la presse japonaise ?

Allons-y :

Auditorium du Pôle des langues et civilisations
65, rue des Grands Moulins
75013 Paris
Métro Bibliothèque François-Mitterrand

Mission action culturelle
Tél : 01 81 69 18 38 / 18 86

action-culturelle (à) bulac.fr

 

Écoutez !

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Écran de contrôle du réacteur 1 de Fukushima le 23 juin 1999. © Kawamoto Takuo

Les auteurs

Tino Bruno est né en 1987. Après un master 2 en études japonaises à l'université Lyon 3 et l'obtention du test d'aptitude en japonais (JLPT) en 2010, il poursuit au sein de l'Institut d'études transtextuelles et transculturelles rattaché à Lyon 3, des recherches sur les rapports qu'entretiennent les médias avec le nucléaire. Il s'intéresse aussi à la thématique des nouveaux médias et des mouvements antinucléaires.

Wataru Iwata est né en 1973. Il est compositeur de musique. Depuis le tremblement de terre du 11 mars 2011 et l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima, il a participé à la création d’un groupe d’action nommé « Projet 47 », et a rejoint Fukushima, où il a fondé, avec d'autres, le réseau « Citizens’ Radioactivity Measuring Station » (CRMS).

Thierry Ribault est chercheur au CNRS au Centre Lillois d’Études et de Recherches Sociologiques et Économiques et affecté à l'Institut français de recherche sur le Japon. Ses travaux portent sur la jeunesse japonaise et sur sa manière de réagir face à la crise que traverse le Japon depuis des décennies. Ces dernières années, il a principalement travaillé sur le désastre de Fukushima.

 

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