Une géographie de la révolte en Syrie. Cartographier la guerre.

Cycle « la contestation du pouvoir », 7e conférence

Le mardi 4 juin 2013, de 18h30 à 20h30

Auditorium

La nuit de la Syrie © Dario Ingiusto / Cartographier le Présent

Les Syriens ont pu suivre en direct les débuts du « Printemps arabe » sur les chaînes de télévision Al-Jazeera et Al-Arabiya. Dès lors, ils ont marché dans les pas des Tunisiens et des Égyptiens sans être à ce jour parvenus à faire tomber Bachar el-Assad.

C'est à partir de Deraa, une ville de 75 000 habitants située à l'extrême sud du pays aux limites de la frontière avec la Jordanie et à 120 km de Damas, que le mouvement de contestation s'est vraiment généralisé. Le 18 mars 2011, une quinzaine d'adolescents sont arrêtés et torturés pour avoir bombé sur les murs de la ville le slogan des révolutions arabes : « Le peuple veut la chute du régime ». La ville s'insurge alors littéralement mais le pouvoir réprime violemment les manifestants. Ce conflit sanglant marque le début de la propagation de l'insurrection dans tout le pays. Dès le lundi suivant, les populations des villes voisines rejoignent le mouvement de protestation qui continue aujourd'hui de résister au pouvoir syrien.

Révolte, révolution, ou guerre civile ? Le régime de Bachar el-Assad va-t-il s’effondrer avant l’été 2013 ? A-t-il une chance de l’emporter ? Ces questions sont autant d'interrogations qui invitent à se pencher avec plus d'attention sur le cas de la Syrie.

Pour la plupart des médias occidentaux, ce régime autoritaire doit tomber. La réalité que décrit Fabrice Balanche ne peut se résumer aussi simplement. Selon lui, ce mouvement contestataire s'est transformé en guerre civile communautaire. Les véritables clivages de la société syrienne invisibles les premiers mois ont fini par se révéler.

Pour étayer son propos, Fabrice Balanche s'appuie sur les cartes, un outil précieux pour appréhender la réalité et la complexité d'un territoire, « à la condition expresse de travailler à plusieurs échelles pour éviter les simplifications fâcheuses », précise-t-il . Qu'elles indiquent la répartition de la population ou des différentes communautés sur le territoire ou la croissance démographique, les cartes s'avèrent être des révélateurs de la géographie de la révolte syrienne : « Les logiques de l’insurrection et de la contre-insurrection, pour reprendre une terminologie militaire, apparaissent également plus clairement lorsque celles-ci sont cartographiées. Les cartes permettent aussi de replacer la Syrie dans son contexte régional et international, car il est clair que son destin échappe désormais aux Syriens. »

Quels autres outils utilise-t-on en tant que chercheur quand on travaille sur un terrain aussi difficile ? Quels relais trouve-t-on au sein de la diaspora syrienne exilée en Europe et dans le monde ? Peut-on aller « sur le terrain » ou doit-on rester aux frontières ? Comment traduire toutes ces informations souvent denses et complexes en applications Web ou en cartes dynamiques ?

Alors que le sang continue de couler en Syrie, un bilan précis des exactions est toujours impossible à établir. Mais des crowdmaps permettent désormais de recueillir des chiffres directement auprès de la population syrienne. Le principe d'une crowdmap est de recueillir des informations via les internautes qui sont sur le terrain. Ils envoient leurs informations qui sont ensuite agrégées sur une plate-forme unique dont la technologie permet de visualiser les résultats sur une carte ou sur tout autre support dynamique.

Selon le site www.journalismes.info, avec la crowdmap Syria Tracker, mise en ligne le 25 mars 2012, on constate que plus de 2000 rapports ont été transmis par les internautes syriens. Tous les témoignages sont géolocalisés. Le bilan chiffré d'une répression sanglante est désormais possible. Syria Tracker permet de connaître en détail ce qui se passe sur le terrain en Syrie. Dans le bandeau de la page d'accueil, on peut lire cet appel : « Aidez-nous à documenter les crimes commis en Syrie ».

La technologie a été développée par la plateforme open source Ushahidi, un spécialiste du crowdsoucing d'informations de crise (crise migratoire en Libye, coupures d'électricité en Inde, trafic de drogue au Mexique...).

Dario Ingiusto explicitera l'exemple de la carte La nuit de la Syrie (ci-dessus) qu'il a réalisée au centre de recherche, Cartographier le Présent.

 

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Les intervenants

Fabrice Balanche est maître de conférences en géographie à l'Université Lumière Lyon 2 et directeur du Groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l'Orient (GREMMO).

Agrégé et docteur en géographie, il fait un premier séjour au Moyen-Orient en 1990. Depuis il a vécu une dizaine d'années entre la Syrie et le Liban, terrains privilégiés de ses recherches.

Ses thèmes de recherche sont la géographie politique du monde arabe et musulman, les métropoles et la mondialisation au Moyen-Orient, la gestion de l'eau au Moyen-Orient, et le développement durable en Syrie.

L'Atlas du Proche-Orient arabe (PUPS) est son dernier ouvrage publié en 2011, il y dessine l'unité et la diversité de l'ancien Bilad es Sham (Syrie, Liban, Jordanie et Palestine). Il a aussi publié en 2006 un ouvrage sur la Syrie contemporaine : La région alaouite et le pouvoir syrien (Karthala) dans lequel il analyse le clientélisme politique qui structure le régime baathiste.

Il a par ailleurs publié des articles en lien direct avec le thème de cette conférence parmi lesquels « Le retournement de l'espace syrien » dans Moyen-Orient (octobre 2011), « Géographie de la révolte syrienne » dans Outre Terre (n° 27, septembre 2011), « Clientélisme, communautarisme et fragmentation territoriale en Syrie » dans A Contrario (mars 2009), « La prise en compte du facteur communautaire dans l'analyse de l'espace syrien » dans Géographie et Culture (mai 2005).

Dario Ingiusto est cartographe à l'agence française de production cartographique Légendes Cartographie. Titulaire d'un master en géographie et cartographie de l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de l'université de Bologne (Italie). Il est aussi diplômé en relations internationales et diplomatiques à l'université orientale de Naples (Italie). Il a travaillé comme cartographe auprès de la maison d'édition Hachette et est chargé de la cartographie pour la collection des Guides du Routard. Il a également participé à la réalisation de L'Atlas Histoire du XXe siècle, publié par Le Monde diplomatique.

Il participe au projet de recherche « Cartographier le présent ». Ce centre de recherche et documentation sur les transformations géopolitiques du monde contemporain utilise les outils spécifiques de la cartographie.


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Pour citer cette page : 🔗 www.bulac.fr/?id=950