Écrire, traduire, dans l'entre-deux des langues

Cycle « Littératures en mouvement : éditer, dévoiler, traduire l'espace littéraire mondial »

Le mardi 12 novembre 2013, de 18h30 à 20h30

Auditorium

Avec Leslie Kaplan, écrivain (Éditions P.O.L), et Rosie Pinhas-Delpuech, écrivain, traductrice et directrice de la collection « Lettres hébraïques », chez Actes Sud.

Ponts de Rouen en contre-jour. Licence Public Domain CCBY2.0
Ponts de Rouen en contre-jour. Licence Public Domain CCBY2.0

Cette seconde conférence du cycle « Littératures en mouvement... » s'intéressera à la façon dont l'écriture et la traduction peuvent dialoguer entre elles. L’écrivain Leslie Kaplan publiait en 1993 le poème Translating is sexy (Action poétique n° 133-134, remue.net) :

(extrait)
la poésie est un baiser
entre deux langues
a french kiss
ou
un baiser américain (...)

La rencontre de ses deux langues, le français et l'anglais, est déterminante pour Leslie Kaplan. Née aux États-Unis, elle arrive en France à l’âge de deux ans. L’anglais est désormais parlé à la maison. Le français, pratiqué à l'extérieur, devient sa « deuxième » langue maternelle. Pour Leslie Kaplan, écrire c'est « inventer une langue qui tient compte, le plus possible, du rapport que l'on entretient au langage dans son ensemble, et à toutes ses langues ».

Selon Rosie Pinhas-Delpuech, traductrice et écrivain, traduire c'est « introduire dans le français “l’auberge du lointain”, selon la belle expression d’Antoine Berman, pour faire de la place à “l’étranger” dans la langue ». Après avoir vécu à Istanbul jusqu’à l'âge de dix-huit ans où elle pratiquait naturellement le turc et le français, c’est l’hébreu qui accueille Rosie Pinhas-Delpuech à l'issue de ses études universitaires en France. Sa vie professionnelle débute, en effet, en Israël où elle enseigne la littérature et la philosophie durant une douzaine d’années. Depuis son retour en France, Rosie Pinhas-Delpuech a traduit en français plus d’une centaine d’ouvrages de l’hébreu. Elle est également l'auteur de romans, dans lesquels, nous dit-elle, « le turc de [son] enfance affleure dans l’écriture ».

L’expérience de l’écriture et de la traduction est intimement liée aux parcours singuliers de ces deux femmes de lettres. Après s'être engagée dans le mouvement des « Établis » (issu de la mouvance de la gauche prolétarienne), Leslie Kaplan travaillera deux ans en usine, de 1968 à 1970. Douze ans plus tard, elle publiera son premier récit L’excès-l’usine, salué par  Maurice Blanchot et Marguerite Duras, qui témoignage de cette expérience. L’engagement et la pensée qui nourrissent ses réflexions, ses textes et ses rencontres, elle s'en fait l'écho sur son site personnel « Leslie Kaplan - Les outils ».

Dans un entretien accordé à RFI, Rosie Pinhas-Delpuech confie s'être sentie « étrangère » (identité, papier, immigration) pour la première fois en France vers l’âge de vingt ans. Née francophone de culture juive en Turquie, le français est la langue de son père (parlée à la maison), le turc est la langue du pays où elle est née (la langue du dehors) et l'hébreu est la langue vers laquelle elle dit s'être « mystérieusement tournée à l'âge de vingt ans ». Après avoir navigué très naturellement entre le français et le turc à Istanbul, Rosie Pinhas-Delpuech découvre un jour à ses dépens que montrer que l'on parle une autre langue peut vous stigmatiser. On est dans la France des années 1960. Cette expérience douloureuse est le point de départ de son travail, dans l’entre-deux des langues.

 

Écouter

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Les intervenantes

Née à New-York en 1943, Leslie Kaplan arrive en France à l'âge de deux ans. Auteur d'une vingtaine d'ouvrages, ils sont tous parus aux éditions P.O.L. et traduits dans une dizaine de langues. Après des études de philosophie et de psychologie, Leslie Kaplan participe activement aux événements de Mai 68. Les mouvements étudiant et ouvrier dans lesquels elle s'implique la conduiront à travailler deux ans en usine. Cette expérience est le cadre de son premier récit, L’excès-l’usine, publié en 1982. Ses textes suivants mettent en scène des personnages cherchant à évoluer dans un monde de plus en plus complexe, le nôtre. Dans son œuvre se mêlent récits, romans (Depuis maintenant, Miss Nobody Knows ou Le criminel, adapté au théâtre et mis en scène par Claude Régy en 1988) et pièces de théâtre (Toute ma vie j'ai été une femme ; Déplace le ciel, montée le 28 novembre 2013 au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis ; Louise, elle est folle qui a fait l’objet d’un web-documentaire en 2011). Millefeuilles est son dernier roman (2012).

reflet, Venise. Licence Public Domain CC BY 2.0

Rosie Pinhas-Delpuech est écrivain, traductrice et directrice de la collection « Lettres hébraïques », chez Actes Sud. Née et élevée à Istanbul, le turc est la langue de son enfance. Le français est sa langue « paternelle » : la langue de son père (parlée à la maison). Elle vient étudier la philosophie et la littérature en France au début des années 1960 puis part enseigner en Israël durant une dizaine d'années. Rosie Pinhas-Delpuech revient ensuite s'établir en France où elle vit depuis. Elle a traduit près d’une centaine d’ouvrages de l’hébreu aux éditions Gallimard, Fayard, Le Seuil, Stock, Actes Sud ; et du turc aux éditions Bleu autour. Depuis 1988, Rosie Pinhas-Delpuech publie également des romans tels que Insomnia, une traduction nocturne (Actes Sud, 1998) ou Anna – Une histoire française (Bleu autour 2007).

Voir la sélection d'ouvrages dans le catalogue de la BULAC, intitulée « Entre-deux des langues »

 

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