Indien : Tarun J. Tejpal

Le mouvement perpétuel du désir

La présence au Salon du Livre de Paris de l’écrivain indien, d’expression anglaise, Tarun J. Tejpal est l’occasion pour la BULAC de proposer un focus sur Loin de Chandigarh. Un roman foisonnant dans lequel son narrateur, en proie à une fascination « textuelle » et littéraire, questionne le mouvement perpétuel du désir.

Loin de Chandigarh (traduit par Annick Le Goyat, Paris, Buchet-Chastel 2008) est le roman qui a contribué à faire connaître en France Tarun J. Tejpal, journaliste et écrivain indien d’expression anglaise. Cette œuvre volumineuse foisonne de personnages secondaires qui recréent la classe moyenne indienne contemporaine comme une toile de fond sur laquelle se détache le couple passionné formé par le narrateur et son épouse. Plutôt qu’en faire un résumé, je voudrais confronter son titre original et son titre en français, chacun évoquant sous un angle différent le désir, qui est le motif principal de ce roman.

Le titre original, The Alchemy of Desire, fait référence au lien sensuel qui unit ce couple — et à cet égard le style de l’auteur n’est ni prude ni même allusif — ainsi qu’au basculement du désir qui s’opère chez le narrateur lorsqu’il devient la proie d’une fascination « textuelle » et littéraire presque morbide. Celui-ci découvre en effet, par hasard, de vieux carnets contenant le journal d’une voyageuse disparue depuis une trentaine d’années. Le lien entre texte, écriture et désir se fait plus sensible à mesure que l’on suit le narrateur dans la quête de cette femme écrivant et fantasmée. L’astuce du  carnet retrouvé a beau ne pas être nouvelle, elle permet à Tarun J. Tejpal de reposer, dans un contexte contemporain, deux des questions essentielles en littérature : celle des motivations de l’écriture et celle de « l’ardeur » que suscite la lecture.

Le titre français du roman, Loin de Chandigarh, très différent en apparence, parle aussi de désir mais il met l’accent sur le mouvement, et l’inscrit dans l’espace en annonçant les divers déménagements et quêtes de logement que va vivre ce couple. Des personnages secondaires, qui vont aussi par deux, interviennent dans les tribulations des jeunes mariés qui cherchent un logement. Leur rencontre avec deux agents immobiliers qui se font fort de leur dénicher une maison à Delhi puis avec deux déménageurs qui organisent, dans un camion hors d’âge, le transport des meubles, donne lieu aux épisodes les plus amusants du roman. La ville de Chandigarh, dont est originaire l’épouse, est une création de Le Corbusier, aussi son symbolisme est-il assez clair pour les lecteurs français : ville rationnelle, elle est le pendant du petit village des contreforts de l’Himalaya où arrive finalement le couple, et où il se dissoudra. Au fil de cet itinéraire, on comprend qu’outre les difficultés quotidiennes réelles (logements chers, entassement dans les villes), c’est davantage « l’intranquillité » qui à chaque fois pousse le narrateur à vouloir s’éloigner des lieux qu’il avait pourtant choisis. Les carnets découverts contenant des récits de voyages et les deux titres de ce roman se complètent et font sens en recréant le lien intrinsèque, selon Tarun J. Tejpal, entre désir et mouvement.

Gaëlle Bidard, chef du service Asie

 

Le fonds de littérature indienne de la BULAC

Tarun J. Tejpal est un auteur dont les thèmes — son succès en librairie en témoigne — ont su trouver un écho chez les lecteurs français, tout comme Vikram Seth, Amitav Gosh, Anita Desaï ou Abha Dawesar. Tous ces auteurs écrivent en anglais ; à la BULAC, nous avons déjà sélectionné plus d’une centaine d’ouvrages de littérature indienne anglophone en vue de l’ouverture de la future bibliothèque. Toutefois, le succès commercial de la littérature anglophone ne doit pas occulter l’importance de la littérature en langues vernaculaires qu’il faut ici souligner : un fonds de plus de 500 œuvres en hindi, tamoul, pendjabi, bengali... (sur lequel nous aurons l’occasion de revenir...) sera proposé au public de la bibliothèque, en libre-accès et empruntable dans sa majeure partie, à partir de la rentrée 2011.

Cotes des ouvrages de Tarun J. Tejpal (consultables à la BULAC, dès la rentrée 2011) : GEN.III.95814 et IND.D.III.964 (en français) et GEN.IV.15739 (en anglais)

Gaëlle Bidard, chef du service Asie

 


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Le Carreau de la BULAC, carnet de recherches sur hypotheses.org

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