Traduire les littératures lusophones d'Afrique

Dialogue entre Elisabeth Monteiro Rodrigues et Danielle Schramm

Festival VO-VF (de la traduction littéraire), du 2 au 4 octobre 2020, Gif-sur-Yvette (91)

Le samedi 3 octobre, 17h30-18h30.

Rencontre BULAC [hors les murs], animée par Marine Defosse (BULAC) et Clotilde Monteiro (BULAC)

Entrée libre

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Pour explorer les littératures luso-africaines et leurs enjeux de traduction, Danielle Schramm et Elisabeth Monteiro Rodrigues partent du cas des œuvres de trois écrivains contemporains : Mia Couto (Mozambique) traduit vers le français par Elisabeth Monteiro Rodrigues, et José Eduardo Agualusa et Ondjaki (Angola) traduits vers le français par Danielle Schramm.


Lectures en portugais de courts extraits des œuvres de ces trois auteurs choisis par les intervenantes.


La question des « particularismes » des langues littéraires angolaise et mozambicaine ouvrira ce dialogue afin d'interroger le phénomène récurrent de la folklorisation (couleur locale, réalisme magique...) pour tenter de le déconstruire. Pour ce faire, les intervenantes s'intéresseront à la singularité de chacune de ces trois écritures littéraires ainsi qu'à leur dénominateur commun, la poésie, en tant que creuset des littératures luso-africaines.

Danielle Schramm et Elisabeth Monteiro Rodrigues exploreront également les influences littéraires et leur circulation d'un pays à l'autre en donnant à voir les passerelles tendues par ces trois écrivains entre les différents espaces littéraires de la lusophonie africaine et au-delà, notamment de l'Angola au Mozambique en passant par le Brésil. Mia Couto a par exemple coutume de dire que l'écrivain angolais, José Luandino Vieira, lui a « révélé la possibilité de recréer la langue portugaise ». Par ailleurs, José Eduardo Agualusa et Mia Couto sont les co-auteurs d'une œuvre commune qui compte désormais trois pièces de théâtre et un recueil de nouvelles, signés de leurs deux noms. Ondjaki de son côté, qui incarne la nouvelle et très prometteuse génération littéraire en Angola, vit actuellement à Rio de Janeiro.

L'évocation de l'écriture de l'histoire telle qu'elle s'articule chez les trois auteurs permettra d'éclairer la question des enjeux actuels de traduction des littératures angolaise et mozambicaine.

 

 

Biographies des éditeurs

José Eduardo Agulusa

José Eduardo Agualusa est né en 1960 à Huambo, en Angola. Après des études d'agronomie et de sylviculture, il s'est très vite engagé dans l'écriture et le journalisme et publie un premier roman en 1989, A Conjura. Il ouvre ainsi la voie à une nouvelle génération d'auteurs africains et revitalise la langue portugaise en s'emparant de l'histoire coloniale. Devenu persona non grata en Angola pour ses positions politiques, il vit entre Lisbonne, Rio de Janeiro et le Mozambique. Il tient une chronique dans le prestigieux quotidien brésilien O Globo.

Il est l'auteur de nombreux romans, poèmes, reportages et nouvelles, notamment le Marchand de passés, La Guerre des anges, Barroco tropical, tous couronnés de succès et publiés dans plus de 25 pays. En 2007, il reçoit l'Independent Foreign Fiction Prize et en 2013 le Prix Fernando Namora. Théorie générale de l'oubli est finaliste du Man Booker Prize en 2016 et remporte le Prix international de littérature de Dublin (ex-Impac) en 2017 pour Théorie générale de l'oubli.
Éditions Anne-Marie Métailié

Mia Couto

Fils du poète portugais Fernando Couto, António Emílio Leite Couto est né au Mozambique en 1955. Défenseur de l’indépendance du pays, il s’engage aux côtés du Frelimo dans la lutte pour la libération du joug colonial portugais. Tour à tour directeur de l’agence d’information du Mozambique, de la revue Tempo, et du journal Noticias de Maputo, il se tourne vers l’écriture en 1983, en publiant le recueil de poèmes Raiz de Orvalho aux éditions de l’Association des écrivains mozambicains en 1983.

Celui qui se fait appeler dorénavant Mia Couto (en raison de son amour pour les chats), s’impose comme l’une des figures de proue de la littérature mozambicaine. Ces activités conjuguées à celles de biologiste et d’enseignant traduisent une conscience politique et sociale et alimentent nombre de ses écrits ; notamment ses chroniques qui soulignent avec une ironie constante les contradictions de la société mozambicaine. En outre, l’univers intérieur de ses œuvres puise aux racines de l’imaginaire et de la tradition orale. Il se fait ainsi le passeur d’une culture multiforme où s’enchevêtrent l’homme, les dieux, et la nature.

L’écrit prend tour à tour la forme du roman, de nouvelles, de chroniques et de poèmes déclinés dans une langue subtile, légère, novatrice, jamais dénuée d’humour, qui joue habilement avec les jeux de mots, les détournements de syntaxe, les faux et vrais proverbes et se fait l’écho de la mémoire contre l’oubli et l’acculturation. Comme Guimarães Rosa, Mia Couto invente une langue romanesque qui transforme le portugais en l’enrichissant de mots nouveaux, de néologismes qui empruntent tant aux idiomes africains qu’à la langue ibérique. Prix de la Francophonie en 2012, Prix Camões en 2013 et Prix Neustadt en 2014, Mia Couto est aujourd’hui l’un des plus grands écrivains de langue portugaise. Mia Couto est également publié aux éditions Anne-Marie Métailié.
Éditions Chandeigne

Ondjaki

Ndalu de Almeida, Ondjaki, né à Luanda en 1977, est l’un des écrivains lusophones les plus prometteurs du continent africain. Après des études de sociologie, il travaille sur des projets cinématographiques. Ondjaki a déjà reçu de nombreux prix importants, dont le prestigieux Prix Jabuti (jeunesse). Il vit à Rio de Janeiro. Il figure dans le Top 39 des écrivains africains de moins de quarante ans de l’anthologie Africa 39.

Prix Littérature-Monde Étranger - 2016 pour Les Transparents. Une source d’eau douce, ou une fuite intarissable, s’est ouverte au premier étage d’un vieil immeuble du centre de Luanda. Les habitants s’y retrouvent pour un moment de conversation et de repos. Ce sont des gens simples qui partagent leurs vies et leurs souvenirs, ce sont des personnages surprenants et complexes qui ont des désirs, des rêves, des peines. Ils racontent leurs histoires, la guerre, et pe nsent à l’avenir. Il y a Odonato qui a la nostalgie de la Luanda d’autrefois, il a cessé de manger pour laisser la nourriture à ses enfants et est en train de devenir transparent. Il y a Amarelinha sa fille, la brodeuse de perles, qu’aimerait approcher le jeune MarchandDeCoquillages, toujours accompagné du bruit de son sac de marchandise et de l’Aveugle qui le suit. Il y a MariaComForça, qui vend du  poisson grillé, et son mari le débrouillard qui monte une salle de cinéma sur le toit de l’immeuble. Le Facteur qui distribue ses lettres de protestation et réclame une mobylette à tous les représentants d’une autorité quelconque. Et Paizinho, le jeune garçon qui cherche à la télévision sa mère dont il a été séparé par la guerre. L’immeuble abrite aussi des journalistes, des chercheurs, des contrôleurs, tous intéressés par les richesses naturelles du pays et le développement de la grande ville africaine : pétrole ou eau potable, corruption ou bien public. Toutes ces histoires tissent la toile de fond d’une Angola en cours de transition brutale entre sa culture traditionnelle et la modernité. L’écriture d’Ondjaki, entre ironie tranquille et critique intelligente, imagination poétique et habileté narrative, emporte le lecteur séduit dans cette aventure.
Éditions Anne-Marie Métailié

 

 

 

 

  

Les intervenantes

Elisabeth Monteiro Rodrigues

Née en 1973, Elisabeth Monteiro Rodrigues vit et travaille à Gaillac (Tarn). Elle a collaboré à la revue Africultures de 1999 à 2004. Libraire à la Librairie portugaise & brésilienne de 2000 à 2015, Les Anges de l’autrice portugaise Teolinda Gersão (Autrement, 2003) marque son entrée en traduction. Elle traduit depuis 2005 l’œuvre de l’écrivain mozambicain Mia Couto (une dizaine de titres traduits parmi lesquels L’accordeur de silences, éd. Métailié, prix Afd 2012, La confession de la lionne, éd. Métailié, Le dernier vol du flamant, éd. Chandeigne, Histoires rêvérées, éd. Chandeigne). Elle traduit également des auteurs du Portugal João Ricardo Pedro, Valério Romão, Susana Moreira Marques, d’Angola Manuel Rui et la poète mozambicaine, Noémia de Sousa. Elle est lauréate du Grand Prix de traduction de la ville d’Arles 2018 pour De la famille de Valério Romão, éd. Chandeigne. En 2019, elle a bénéficié d’une résidence traduction à la Fondation Jan Michalski pour les Sables de L’empereur de Mia Couto, paru aux Editions Métailié.

Bibliographie choisie

 

 

Danielle Schramm

« Je suis née il y a très longtemps à Montmorillon dans la Vienne, d’une mère poitevine et d’un père né en Argentine. Dans les années 50, mes parents émigrent au Brésil où vivent désormais mes grands-parents paternels. J’y vis jusqu’à l’âge de 17 ans, à Recife dans le l’État du Pernambuco. Je suis scolarisée dans des écoles brésiliennes, puis au Lycée français de Madrid où mes parents sont nommés. Ce préambule pour expliquer mon bilinguisme et ma bonne connaissance de l’espagnol, complétés par des études de portugais et d’espagnol à Paris III.  En 1988 je suis engagée à Télérama où je collabore entre autres au service Livres. J’en pars en 2004, comme quelques autres, à la suite du rachat du journal par Le Monde. Lors d’un reportage au Brésil en 2005 sur le Musée de l’Esclavage à São Paulo pour la revue Mouvement, je fais une rencontre essentielle, Emilio Rodrigué, vieux psychanalyste argentin établi à Salvador da Bahia, très proche du candomblé, religion afro-brésilienne, qui me propose de traduire son livre Heroina, seul roman de cet auteur d’un passionnant Freud : le siècle de la psychanalyse, paru en France chez Payot. Ce que je fais pour le même éditeur. C’est à partir de cette première traduction littéraire que je prends conscience de l’immense plaisir que j’ai à traduire. Une passion, peut-on dire, étayée par l’expérience acquise au cours des années de journalisme et qui ne cesse de me transporter. »

Bibliographie choisie

 

 

Les autres éditions

Rencontres BULAC

Festival VO-VF 2019
-> littérature roumaine
Festival VO-VF 2018
-> littérature albanaise
Festival VO-VF 2017
-> littérature tamoule

Festival VO-VF 2016
-> littérature kurde

Festival VO-VF 2015
-> littérature indonésienne

Festival VO-VF 2014
-> littérature grecque

 

 

 

 


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Pour citer cette page : 🔗 www.bulac.fr/?id=3716