Publié : 12/05/2021, mis à jour: 18/05/2022 à 18:03
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Domaine Amérique et Groenland

Le domaine Amérique et Groenland s’est développé autour des langues et civilisations autochtones de deux espaces géographiques : l’Arctique nord-américain (Arctique canadien, Alaska, Groenland) et, pour le continent américain, la Mésoamérique et l’Amérique du Sud. La variété des langues et des cultures couvertes confère à cet ensemble de collections, riche de près de 5 000 volumes, un statut unique en France. Bien que de taille modeste et de constitution récente, il connaît depuis l’ouverture de la BULAC, en 2011, un développement significatif qui l’oriente vers des thématiques et des régions nouvelles.

Passiflora ligularis juss

Passiflora ligularis juss (Dib. Colec. Raimondi). La medicina popular peruana, Tome II, Lima : Imprenta Torres Aguirre, 1922, collections de la BULAC, Don Jacqueline Weller.

Présentation générale

Le continent américain englobe près d’un millier de langues autochtones, parlées par environ 25 millions de locuteurs. Il s’agit pour la plupart de langues à tradition orale, sans forme standardisée ni tradition écrite. Elles relèvent de différentes familles de langues de tailles variables, mais aussi d’isolats, particulièrement nombreux en Amérique du Sud, notamment parmi les langues amazoniennes. Le nombre de locuteurs varie allant de plusieurs millions pour le quechua (8 millions), les langues mayas (5 millions), le guarani (4,9 millions) ou le nahuatl (1,4 million), à quelques individus seulement pour les langues les plus menacées1.

Les collections de la BULAC couvrent principalement, pour l’Arctique nord-américain, la famille eskimo-aléoute avec le groupe des langues inuites, et en particulier l'inuktitut, une des principales langues inuites du Canada. Pour l’Amérique latine, les documents concernent les familles et groupes de langues mayas (maya, tzeltal et tzoltil), uto-aztèques (nahuatl), quechuas, aymaras et tupi-guarani (guarani). D’autres langues et cultures sont représentées, mais de manière plus marginale. Ce fonds est principalement constitué d’ouvrages sur les langues d’Amérique latine car, hors de la famille eskimo-aléoute, les langues et cultures nord-amérindiennes sont très peu présentes au sein de ces collections. De fait, peu étudiées en France, elles restent l’apanage des chercheurs états-uniens et canadiens.

Riches de près de 5 000 volumes et d’une soixantaine de revues, ces collections se sont principalement développées après l’ouverture de la BULAC, prenant appui sur les fonds de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales (BIULO), de l’École française d’Extrême-Orient (EFEO), de l’ex-centre d’études africaines (CEAf) de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), de l’ex-Sociétés en développement : études transdisciplinaires (SEDET) de l’université Paris Diderot, et du Centre Population et Développement (Ceped) de l’Université de Paris.

  • 1 À titre d’exemple, la langue kawésqar parlée par le peuple Kawésqar de la Terre de Feu (Chili) comptait une dizaine de locuteurs en 2006, voir l’ouvrage décrivant cette langue en voie de disparition.

Historique du fonds

L’enseignement des langues amérindiennes en France débute à partir des années 1960 et prend son essor sous l’égide du linguiste et philologue Bernard Pottier, qui forme une génération de chercheurs dans les langues amérindiennes. Le fonds Amérique et Groenland commence à se constituer avec l’introduction de l’enseignement des langues et civilisations amérindiennes à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) et l’instauration, en 1971 par Jacqueline Weller (enseignante de 1971 à 1993), du cours de quechua. En 1973 est créée la section plurilingue des Langues et des Cultures des Amériques, proposant des formations diplômantes à l’inuktitut, au maya et au quechua, ainsi que des enseignements de nahuatl, de aymara et de guarani. Dès lors, la BIULO acquiert la documentation nécessaire à l’enseignement et à l’étude de ces langues et cultures, constituant au fil des ans un ensemble de documents d’environ 1 200 volumes, centré sur les langues (30 %), l’histoire (22 %), l’anthropologie (21 %) et dans une moindre mesure, la littérature (12 %). Ce fonds forme le socle du domaine Amérique et Groënland, dont les langues et cultures les mieux représentées sont celles enseignées à l'Inalco.

Deux dépôts et un don sont venus enrichir ces collections, à l’ouverture de la BULAC : un corpus de récits de voyages et études ethnologiques en provenance de l’EFEO, une centaine de titres issus de la bibliothèque du Centre d’études africaines (CEAf), portant principalement sur l’histoire, les sociétés et les littératures caraïbes, ainsi qu’une centaine de thèses et mémoires du SEDET, sur l’histoire et les sociétés de la Caraïbe francophone, soutenus entre les années 1970 et 2000.

El sueño del Pongo

José María Arguedas, El sueño del Pongo cuento quechua, Santiago de Chile : Ed. Universitaria, 1969.

Depuis, le domaine a connu un enrichissement conséquent, grâce à la politique d’achat de la BULAC et l’arrivée de plusieurs dons. Parmi ces derniers, notons en particulier l’entrée en 2012 de 1 000 documents issus de la bibliothèque personnelle de l’enseignante Jacqueline Weller, et portant principalement sur les langues quechuas. Ce don se compose de publications dans les différentes langues amérindiennes et de nombreux ouvrages sur l'indigénisme latino-américain. Le mouvement politique et littéraire questionnant le rôle des populations autochtones y est notamment représenté par l’œuvre de José Maria Arguedas, écrivain, ethnologue et homme politique engagé dans ce mouvement, avec plus de 40 ouvrages dont certains sont dédicacés. Parmi ces documents, El sueno del Pongo cuento quechua est un conte, lu en langue quechua par l’écrivain lui-même.

Les langues quechuas ont également bénéficié, en 2013, d’un don de plusieurs ouvrages précieux de la part de l’enseignant-chercheur César Itier, actuel responsable du diplôme de quechua à l'Inalco. Parmi ceux-ci, un manuscrit quechua copié à Cuzco en 1835 : Quincenario deprecatorio a la Santisima Virgen Maria de la Merced [...], exemplaire en parfait état consistant essentiellement en une série de quinze longues prières adressées à la Vierge de la Merci et racontant, à la deuxième personne, ses miracles et ses bienfaits ; de même qu’un catéchisme quechua, imprimé à Cuzco en 1843. Ces deux documents ont été mis à l’honneur et commentés par leur donateur dans le contexte de la production écrite coloniale quechua, à l'occasion de la table ronde BULAC, « Quechua et guarani langues écrites », organisée en 2014.

Manuscrit quechua

Manuscrit quechua Quincenario deprecatorio a la santísima Virgen María de la Merced, 1835 (copie probable d’un manuscrit du XVIIe siècle). Collections de la BULAC, Ms Quechua 1, Don César Itier.

En parallèle, le fonds inuktitut s’est enrichi en 2013 d’ouvrages religieux accompagnés de grammaires et de dictionnaires produits et offerts par Lucien Schneider (linguiste et missionnaire français en poste au Nunavik de 1946 à 1974) ainsi qu’en 2019 d’une partie de la bibliothèque personnelle de Michèle Therrien (1945-2017), fondatrice de la chaire d’inuktitut à l’Inalco en 1973, soit plus de 300 volumes consacrés aux études inuites. En 2018, le fonds nahuatl s’est enrichi d’une partie de la bibliothèque personnelle de la chercheuse spécialiste du nahuatl Sybille de Pury.

Représentation d’une cérémonie de baptême au Labrador

Représentation d’une cérémonie de baptême au Labrador. Lucien Schneider, Catholic Eskimo Book of Prayers : Pauperes omi evangelizantur, Labrador : The Vicarate of Labrador, 1958, collections de la BULAC, Don Lucien Schneider.

Eskimo Life of Yesterday

Eskimo Life of Yesterday, Saanichton : Seattle : Hancock House, cop. 1977. Don Michèle Therrien.

Enfin, le domaine s’est ouvert à d’autres champs que les études amérindiennes avec l’arrivée, en 2014, d’un don du Centre Population et Développement (CEPED), constitué de près de 900 études et rapports centrés sur les questions démographiques, sociales, économiques, sanitaires et environnementales de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Composition et caractéristiques du fonds

Âge des collections

Malgré sa constitution récente, ce domaine se compose d’un nombre de documents anciens remarquables datant des XVIIIe et XIXe siècles : récits de voyages, écrits de missionnaires – notamment des catéchismes traduits en langues autochtones – et études linguistiques. L’imprimé le plus ancien est un manuel édité en 1753 à Lima pour l’enseignement de la variante quechua de l’Équateur, et destiné à l’évangélisation : Breve instruccion o arte para entender la lengua comun de los Indios, segun se habla en la provincia de Quito, écrit par le jésuite Tomas Nieto Polo (1695-1777). Parmi ces raretés, on peut également citer plusieurs bibles annotées en Inuktitut, dont le Prophetib Iesaiah aglantit ou Book of Isaiah (1837), ainsi que l’édition de 1886 à Londres de l’Évangile selon Saint Luc traduit en yaghan, langue disparue de la Terre de feu : Gospl Lчc ecamanāci1. Le fonds conserve enfin quelques manuscrits quechua précieux issus des dons Jacqueline Weller et César Itier.

Couverture disciplinaire

Les disciplines majeures au sein du domaine Amérique et Groenland sont l’histoire et la géographie (28 %), les sciences sociales (24 %) et la linguistique (20 %). Les études religieuses et philosophiques (5 %) ainsi que l’art et l’artisanat (4 %) sont très peu représentés, car ces champs ne font pas partie du cœur de la politique documentaire de la BULAC.

Les collections d’histoire et de géographie couvrent principalement la géographie humaine (25 %), où dominent les études démographiques, migratoires et urbaines ainsi que les études historiques (75 %) sur les sociétés autochtones, la conquête européenne de l’espace américain et les sociétés coloniales. Elles se caractérisent par une grande porosité disciplinaire, croisant l’histoire et la géographie avec la sociologie, l’anthropologie, les sciences politiques ou les sciences économiques. Elles accordent une place importante à l’approche historique des impacts de la colonisation, de l’esclavage et du métissage sur les sociétés contemporaines.

La place des sciences sociales s’explique en premier lieu par le poids historique de l’ethnologie et de l’anthropologie au sein des études américanistes françaises, qui s’organisent dès la fin du XIXe siècle autour de « la quête des origines de l’homme américain et l’étude du premier natif du continent, l’Amérindien »1. Il faut noter, en second lieu, l’apport en études sociologiques, politiques et économiques des fonds du Ceped et du SEDET, qui représentent près de 40 % des collections en sciences sociales du domaine. La sociologie occupe la première place (57 %) avec une forte représentation des études sur la mobilité, les migrations, les politiques démographiques, les inégalités sociales, les minorités indigènes et les questions d’identité. Suivent l’anthropologie, dominée par l’étude des cultures amérindiennes (23 %), les sciences économiques, avec les rapports et travaux du Ceped sur les pays en développement des Caraïbes et de l’Amérique latine (14 %) et, pour finir, les sciences politiques (9 %), principalement abordées sous l’angle de la décolonisation, de l’esclavage, des mouvements sociaux, de l’identité nationale et des politiques de développement.

La littérature (14 %) est restreinte, mais en plein accroissement. Le caractère exclusivement oral de la majorité des langues amérindiennes, maya et nahuatl exceptés, explique en partie ce faible pourcentage, en dépit d’une riche littérature orale fondée sur la transmission des mythes, des légendes et du folklore. Les études littéraires sur les Caraïbes sont proportionnellement beaucoup plus présentes que pour les autres régions d’Amérique, ce champ bénéficiant au sein de la recherche du triple apport des études menées sur les littératures créoles anglophones, hispaniques et francophones.

Diversité des langues

Les collections de linguistique et d’apprentissage de la langue font l’originalité du domaine, grâce à la diversité des langues présentes dans les fonds.

Les langues sud-américaines sont les mieux représentées avec le quechua et les langues aymara, tupi-guarani et quelques titres sur les langues mapudungun, caraïbes, cahuapananes (cahuapana, chayahuita), yanomami, jivaro (shuar et aguaruna), tucanoanes (secoya), arawakiennes (arawak, culina et matsigenka) et certains isolats (paez, yagan, camsá et yuracaré).

Les collections sur l’Amérique du Nord font la part belle aux langues eskimo-aléoute (inuktitut, groenlandais, yupik et inupiak) bien qu’elles comprennent également quelques ouvrages sur les langues algonquiennes (cree et micmac), wakashanes, salish, iroquoiennes (iroquois et cherokee), athapascanes (navajo) et siouanes (dakota).

Les langues d’Amérique centrale forment le troisième ensemble, concentré sur le maya et le nahuatl, avec quelques études sur les langues auto-mangues (langues zapotèques et otomis), popolocas, chibchanes et sur le purépecha (isolat). On compte enfin quelques titres sur les créoles français, anglais et néerlandais de la région.

Couverture géographique

Notons que l’équilibre disciplinaire varie en fonction des régions et cultures étudiées. Le domaine concerne pour deux tiers les cultures d’Amérique latine, avec plus de 3 000 volumes et 31 revues, dont 3 abonnements courants1. Cette place de l’Amérique latine au sein des collections reflète les intérêts historiques de l’américanisme français qui s’est développé au début du XIXe siècle autour de l’étude des hautes civilisations méso-américaines et andines. Cette région a par ailleurs bénéficié de dons importants en termes de volumétrie (Jacqueline Weller, Ceped). Les collections se partagent en deux ensembles. Le premier concerne les rapports et travaux du Ceped (22 %) qui portent sur les aspects démographiques, sanitaires et socio-économiques des pays d’Amérique latine. Le second couvre les études sur les cultures autochtones (78 %) dans trois domaines principaux : langue et linguistique, histoire et littérature.

L’Amérique du Nord et le Groënland représentent 15 % des collections, avec plus de 700 volumes et 8 revues, dont deux abonnements courants2. Il s’agit principalement d’études sur la culture inuite, bien qu’on compte quelques titres sur d’autres sociétés nord amérindiennes. Les disciplines les mieux représentées y sont l’anthropologie (30 %), l’histoire (23 %) et la linguistique (22 %), champs privilégiés des chercheurs français travaillant sur les cultures nord-amérindiennes.

Les documents sur les Caraïbes constituent 10 % des collections. Ne faisant traditionnellement pas partie du coeur de la politique documentaire de ce domaine, ils sont surtout présents au sein des fonds originaires du CEAf, du SEDET et du Ceped, ce qui explique que la linguistique en soit quasi absente. Mais des études sur les Caraïbes sont présentes dans les fonds de la BIULO et font partie des achats récents de la BULAC, principalement pour les études africaines qui se sont toujours intéressées aux « Amériques noires », ainsi qu’aux liens culturels entre les descendants d’esclaves et leur continent d’origine.

Le poids dominant de l’histoire, de la géographie et de la sociologie s’explique également par la présence des fonds en provenance du Ceped et du SEDET, qui forment près de 50 % de la documentation sur les Caraïbes. Ils se concentrent sur les thématiques démographiques, migratoires et urbaines, l’histoire politique et sociale des colonies françaises et de l’esclavage, et l’analyse des politiques publiques de développement. L’anthropologie est également bien représentée, autour de l’étude des sociétés post-esclavagistes, des identités créoles et des pratiques culturelles locales.

Les 5 % restants portent sur les questions transverses au continent américain, avec quelques 300 titres et 10 revues, dont deux abonnements courants : Amerindia et International journal of American linguistics.

Couverture linguistique

Tintes naturales para lana de oveja

Hugo Zumbühl, Tintes naturales para lana de oveja : una edición para la Sierra central, Huancayo, Peru : Kamaq Maki, cop. 1979, collections de la BULAC, Don Jacqueline Weller.

L’oralité de la plupart des langues amérindiennes mais également la diglossie imposée par les colonisateurs expliquent le faible pourcentage des éditions locales « en » langues autochtones1 dans ce fonds. Ainsi, même en incluant les ouvrages bilingues, les dictionnaires, les grammaires et les méthodes de langue, le domaine compte moins de 20 % de documents en langues amérindiennes. Les études sont majoritairement publiées en espagnol, en français et en anglais.

Suite aux mouvements indiens, d’une part, et à la prise de conscience du risque de disparition des langues et civilisations autochtones, d’autre part, divers programmes de préservation et de revitalisation de ces langues et cultures ont vu le jour depuis le dernier tiers du XXe siècle et la situation évolue progressivement. Plusieurs langues ont obtenu un caractère officiel, comme l'inuktitut dans certains territoires du Canada, le quechua en Équateur, au Pérou et en Bolivie, ou encore le guarani au Paraguay, en Bolivie et dans certaines provinces d’Argentine. S’ensuit une plus grande prise en compte de ces langues au sein des études linguistiques, ainsi qu’une présence croissante au sein du monde éditorial. La BULAC a mis à l’honneur le patrimoine immatériel de ces langues et civilisations à travers l’exposition VivAmericas : Du Grand Nord à la Terre de Feu, à l’occasion de l’Année internationale des langues autochtones.

  • 1 Cette remarque ne prends pas en compte le cas très particulier du guarani, langue autochtone nationale de la République du Paraguay au même titre que l’espagnol. Dans ce cas, il s’agirait plutôt d’un bilinguisme.
Inuit songs from Eskimo point

Ramón Pelinski, Luke Suluk, Lucy Amarook, Inuit songs from Eskimo point, Ottawa : National Museums of Canada, 1979.

Inuit songs from Eskimo point

Ramón Pelinski, Luke Suluk, Lucy Amarook, Inuit songs from Eskimo point, Ottawa : National Museums of Canada, 1979.

Mais la situation demeure contrastée selon les pays. On note par exemple un réel développement des publications littéraires en langue quechua, nahuatl, aymara ou guarani en Amérique latine. La BULAC en conserve des exemples comme les éditions bilingues nahuatl-espagnol de La Cartonera, le recueil de poèmes quechua Munakuwaptiykiqa de l’écrivaine péruvienne Gloria Cáceres Varga, le premier roman contemporain paru en quechua Aqupampa de Pablo Landeo Muñoz, un recueil de poésie aymara traduit en français et en espagnol, ou encore la poésie guarani de l’auteur paraguayenne Susy Delgado. Malheureusement, ce mouvement n’est pas suivi partout : si certaines langues font l'objet d'un intérêt croissant, d'autres comme l'inuktitut parlée par près de 30 000 individus au Labrador et en Alaska, ou le mapudungun, langue mapuche parlée par près d'un million d'individus au Chili et en Argentine, demeurent peu étudiées.

Ouvrages artisanaux publiés par La Cartonera

Ouvrages artisanaux publiés par La Cartonera. Victor Hugo Sánchez Reséndiz, Zapata : Predestinación y trascendencia, Mexique : La Cartonera, 2019. Kosamalotlahtol, Cuernavaca, Morelos, México : La Cartonera, 2019.

Globalement, l’édition autochtone reste dominée par les titres scolaires ou à visée éducative, liés au développement de l’éducation bilingue et interculturelle. Les oeuvres de fiction, quant à elles, se concentrent sur les imagiers et la littérature pour enfants, comme par exemple La sirena y el pescador, édition bilingue de contes nahuatl ou encore Zazan tleino : adivinanzas nahuas de ayer, hoy y siempre, compilation de devinettes nahuatl traduites en français, en espagnol et en anglais. Les ouvrages pour adultes privilégient les éditions bilingues et concernent principalement les ouvrages sur le folklore, comme Compartiendo nuestras vivencias : relatos y canciones de Patacanc ha ou des compilations de textes oraux édités par les presses académiques, comme Cherokee Narratives.

La sirena y el pescado

Conte bilingue (nahuatl et espagnol). José Antonio Flores Farfán, Cleofas Ramirez (ill.), La sirena y el pescado, [Mexico] : Ediciones Era, 1997, collections de la BULAC, Don Danièle Dehouve.

Axes de développement du fonds

Manuscrit troano

Détail de l'ouvrage d'Étienne-Charles Brasseur de Bourbourg, Manuscrit troano : études sur le système graphique et la langue des Mayas.

Outre l’ouverture du domaine Amérique et Groenland aux sociétés contemporaines d’Amérique du Nord, de Mésoamérique, d’Amérique du Sud et des Caraïbes, la BULAC maintient le cap de ces acquisitions sur les langues et les civilisations amérindiennes, en privilégiant l’histoire, les sciences sociales et la linguistique.

Le regain d’intérêt des Amériques pour les cultures amérindiennes ouvre de prometteuses perspectives de développement pour ce fonds. Sur l’ensemble du continent américain, l’enseignement supérieur et la recherche montrent un intérêt grandissant pour les langues et les cultures autochtones et, depuis les années 2000, les programmes en indigenous studies, en Amérique du Nord, ou estudios indigenas, en Amérique latine, se multiplient. En Amérique du Sud, l’enseignement et la recherche s’intéressent par exemple aux langues amazoniennes qui sont actuellement des objets de recherche socio-linguistique et ethnographique. En France et en Europe, les « études autochtones » ne sont pas développées en tant que telles et l’Inalco reste encore aujourd’hui le seul espace d’étude et de recherche français qui mette au premier plan la connaissance des langues autochtones des Amériques. On trouve toutefois des américanistes français, en particulier anthropologues, historiens et linguistes, au sein de centres d’études américaines importants tels l’UMR Mondes américains, l’Institut des hautes études sur l’Amérique latine (IHEAL) et le Groupe d’enseignement et de recherche sur les Mayas et la Mésoamérique (GERM) à Paris, l’Institut pluridisciplinaire pour les études sur les Amériques à Toulouse (IPEAT) et, en Amérique latine, l’Institut français d’études andines (IFEA) et le Centre d’études mexicaines et centraméricaines (CEMCA). Les publications des deux dernières décennies témoignent d’un brouillage croissant des frontières disciplinaires, tandis que l’approche des questions indiennes s’est renouvelée et que les thématiques étudiées se diversifient. L’histoire est dominée par les questions mémorielles et par l’étude, sur le temps long, des processus de formation et de métissage des sociétés contemporaines, abordés à travers l’histoire sociale, religieuse, politique et urbaine. Les questions de métissage, d’acculturation et de syncrétisme dominent également les études civilisationnistes. La géographie, couplée à la sociologie, s’intéresse aux mutations urbaines, aux flux migratoires et aux défis environnementaux. L’anthropologie interroge l’autochtonie et les relations interethniques, à travers l’étude du métissage des cultures, de l’indianité urbaine et des impacts de la globalisation.

Les mêmes questions d’identité et de métissage sont également abordés par la sociologie qui a également vu croître les études sur la violence politique et sociale, les gender studies et l’empowerment.
Les sciences politiques abordent des thématiques similaires à travers l’analyse des politiques publiques et des mouvements indiens. De nombreuses études transdisciplinaires sont accordées à la thématique des migrations, de travailleurs chinois et japonais arrivés au XIXe siècle en Amérique du Sud, d’esclaves africains arrivés aux Caraïbes et au Brésil et des migrants européens.
La linguistique, enfin, voit se multiplier les études sur le bilinguisme, la diglossie, la minorisation des langues et le métissage des langues, ainsi que celles sur les langues en danger et les politiques de revitalisation linguistique.

La BULAC s’efforce d’accompagner ce dynamisme en complétant ses achats par une politique facilitant les dons des enseignants et des chercheurs.

Revues et périodiques papier

Le domaine Amérique et Groënland, outre les abonnements imprimés cités ci-dessus, comprend des revues en ligne : Nuevo mundo-mundos nuevos, le Journal de la Société des américanistesStudies in American Indian Literature et la Revista Andina.

Parmi les collections de revues papier en langue originale arrivées par dons figurent quelques numéros de la revue littéraire et académique entièrement écrite en quechua Atuqpa chupan et la revue en guaraní Ñemitỹ.

Consultez également les ressources sélectionnées par le chargé de collections du domaine Amérique et Groenland. 

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Christelle Mazé
Chargée de collections pour le domaine Amériques et le domaine Océanie