Publié : 26/03/2021, mis à jour: 06/01/2023 à 15:10
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Domaine arabe

Langue officielle dans les 23 pays de la Ligue arabe, l’arabe est la cinquième langue la plus parlée dans le monde. On estime à plus de 440 millions le nombre de locuteurs, principalement au Moyen-Orient, dans les pays du Golfe et au Maghreb, mais également dans les pays de la Corne de l’Afrique, comme Djibouti, la Somalie et l’Érythrée, les Comores ou le Tchad. En tant que langue unique de l’Islam, elle est également parlée par de nombreux musulmans dans le monde entier.

Manuscrit arabe

Dala'il al-khayrat, fin du XVIIe siècle. Écriture maghribi de 11 lignes à la page ; 119 feuillets ; recueil de prières musulmanes. Collections de la BULAC, MS.ARA.700.

Présentation générale

Le fonds arabe de la BULAC est l’un des plus riches de France. Il couvre une vingtaine de pays, dans un espace compris entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

Il s’agit de l’un des trois grands fonds historiques de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales (BIULO). Son noyau originel est issu de la bibliothèque de l’École des Jeunes de langues. Il compte environ 60 000 ouvrages et plus de 167 revues. La collection englobe plus de 300 imprimés antérieurs au XIXe siècle, majoritairement publiés en Europe, ainsi que plus de 2 000 manuscrits. Les ouvrages arabes entrés dans les collections avant les années 2000 figurent au fichier papier. Leur versement dans le catalogue en ligne, entamé en 2005, se poursuit ; l’ensemble des ouvrages arabes de la Réserve y sont désormais signalés.

Historique du fonds

Le fonds arabe constitue, avec les collections turque et persane, le noyau historique de la BULAC. Il s’est formé au XVIIe siècle et son histoire se confond avec celle de l’enseignement des langues orientales en France, en particulier avec le développement de l’École des Jeunes de langues et de l’École des langues orientales. Les trois premiers enseignements à y avoir été créés sont en effet l’arabe littéral, le turc et le persan.

Manuscrit arabe

Collections de la BULAC, MS.ARA.33.

L'extraordinaire histoire de la langue arabe

Mahboubi Moussaoui, L'extraordinaire histoire de la langue arabe, [Villefranche-sur-Saône], Éditions Sabil, 2012. Collections de la BULAC, BULAC MON 8 4203.

En 1868, le catalogue de la Bibliothèque des langues orientales compte 425 volumes, dont seulement 133 en arabe. Charles Schefer (1820-1898), administrateur de l’École des langues orientales de 1867 à 1898, dynamise alors l’enrichissement des collections arabes par des achats, des échanges et des voyages d’exploration bibliographiques. En 1897, le catalogue des imprimés arabes de la bibliothèque recense ainsi 3 353 titres, révélant une des plus belles collections d’Europe.

Entre 1900 et 1945, le fonds connaît son premier fléchissement, la bibliothèque n’ayant pu compter sur la présence d’un arabisant durant plusieurs années et les crédits généraux ayant connu une baisse sensible. Cependant, en 1909, le legs Hartwig Derenbourg (1844-1908), spécialiste de l'arabe et de l'islam, professeur de grammaire arabe et détenteur de la chaire d'arabe littéraire à l’École des langues orientales, fait entrer 1 500 volumes. Entre 1908 et 1914, les acquisitions repartent à la hausse, mais cessent entre 1914 et 1920 à cause de la guerre. Les entrées, dons et achats, du domaine arabe représentent malgré tout sur cette période 12,09 % de l’ensemble des fonds de la bibliothèque.

De 1946 à 1966, le fonds est administré par des arabisants qui veillent à l’enrichir, d’autant que le monde arabe connaît de nombreux bouleversements tels que la naissance d’Israël et de la Jordanie, l’exode palestinien de 1948, la guerre d’Algérie, l’indépendance de la Tunisie et du Maroc, et la crise de Suez. Parallèlement, l’activité intellectuelle et littéraire est en progression et l’édition égyptienne, libanaise et irakienne se développe, permettant aux acquisitions de l’époque de refléter cette nouvelle ébullition.

Entre 1966 et 1971, le fonds n’est plus administré. Puis il est repris par Jean-François Fourcade jusqu’en 1980. Ce dernier conduit, avec son équipe, plusieurs projets bibliographiques d’envergure : extraction du fichier arabe à partir du fichier général des collections de la BIULO, refonte du fichier « matières », élaboration d’un nouveau cadre de classement, début du catalogage rétrospectif du fonds ancien en 1976, publication du Catalogue collectif des ouvrages arabes acquis par les bibliothèques françaises : 1952-1983, tentatives de création d’un réseau de collaborations entre bibliothèques arabisantes. Cette nouvelle impulsion est déterminante pour les collections, puisque c’est 18,63 % du fonds arabe qui est acquis entre 1966 et 1976, et 19,57 % entre 1976 et 1985. De surcroît, en 1979, la bibliothèque de Georges Séraphin Colin (1893-1977), titulaire de la chaire d’arabe maghrébin de 1927 à 1963, est achetée, représentant plusieurs milliers d’ouvrages. 

De 1981 à 2011, le domaine est géré par plusieurs bibliothécaires, permettant aux acquisitions de continuer sur un rythme soutenu. En 1994, le don Marius Canard (1888-1982), historien et orientaliste arabisant français, reconnu pour ses travaux sur l'histoire de la dynastie des Hamdanides et ses études sur le califat fatimide, permet de combler des lacunes. Il enrichit la collection de plus de 500 volumes.

Alors qu'entre 1874 et 1945 la part des dons était de 24,3 % et celle des acquisitions de 75,6 %, ce rapport s'inversa après 1945, les acquisitions représentant désormais 77,59 % contre 22,41 % de dons. Fin 2001, le fonds comptait près de 49 000 ouvrages, toutes langues confondues. Les périodiques anciens (revues académiques et titres de presse) comptaient, en 2003, 73 titres arabes publiés entre 1875 et 1920, soit en numéros isolés, soit en collections complètes. Les acquisitions de publications courantes et de titres nouveaux ont lieu durant toute la période d’activité de la BIULO.

Deux grands dons viennent alimenter le domaine arabe durant les années 2000. Les ouvrages arabes de Michel Seurat (1947-1986) sont donnés à la bibliothèque en 2001. Ils concernent surtout la politique et l’économie de la Syrie et du Liban et l’histoire du mouvement des Frères musulmans. En 2005, le don Charles (1871-1949) et Vincent-Mansour Monteil (1913-2005) contribue à enrichir le fonds.

Frontispice avec enluminures multicolores : vases, fleurs, rosaces, colonnes, losanges dorés

Les collections de la Bibliothèques des langues orientales constituent le cœur des collections de la BULAC ; elles représentent près de 80 % des collections transférées à l'établissement à son ouverture. Leur constitution est étroitement mêlée à l'histoire...

Revue Hizb al Ba’th al-’Arabi al-Isthtiraqi

La collection de livres arabes remise en 2001 à la BULAC par Marie Seurat, après la mort de son mari, est composée d’environ 800 ouvrages et périodiques, majoritairement en arabe.

Jean-Charles Coulon. Grégoire Maisonneuve.

Les travaux de recherche de Jean-Charles Coulon portent sur la littérature magique de langue arabe du Moyen Âge, un domaine sur lequel travaillent peu de chercheurs en France. Sa façon de travailler sera considérablement modifiée en fin de thèse...

Axes thématiques du fonds

À l’arrivée d’Ernest Lambrecht (1846-1898) comme secrétaire-bibliothécaire en 1884, les axes thématiques de la collection étaient répartis ainsi : la religion occupait la première position (26,39 %), suivie de la littérature (22,56 %), de la linguistique (21,71 %) et de l’histoire-géographie (17,29 %). À la fin des années 1990, le fonds est consacré principalement à la littérature (30,35 %), la philosophie et la religion (25,83 %), l’histoire et la géographie (16,58 %) et les sciences sociales (14,94 %).

Couvertures d'ouvrages du domaine arabe

Détails de couvertures d'ouvrages du domaine arabe. Luca Mozzati, Islam, 2009. Mohammad Ali Amir-Moezzi, Guillaume Dye (dir), Le Coran des historiens, 2019. Zaki Bouzid (ed.), Ziani : les lumières de l'histoire (entretien avec François Pouillon), 2003.

Depuis 2011, les acquisitions restent soutenues. La répartition par grandes disciplines est globalement la même que par le passé : la langue et la littérature arabes sont redevenues le premier poste d’acquisition au sein de la bibliothèque, grâce à la vigueur de la langue et de ses dialectes et la littérature classique, toujours largement éditée, commentée et étudiée. Viennent ensuite les sciences humaines, englobant la politique et l’histoire-géographie, la sociologie, le droit (majoritairement islamique), l’économie. Ces domaines bénéficient d’une recherche très active et le rythme des publications académiques en toutes langues nourrit les acquisitions de la BULAC de façon continue. En troisième position vient la religion islamique. Là encore, les publications sur la théologie, le Coran, la sunna (tradition islamique, ensemble des hadiths rapportant les paroles du prophète), le fiqh (droit islamique) gagnent en qualité, surtout dans les publications occidentales et dans celles des pays du Golfe.

Enfin, les arts, l’architecture, les sciences et techniques (notamment la médecine et l’astrologie anciennes) sont également représentés dans le fonds arabe de la BULAC. Ces disciplines étant de plus en plus étudiées, la production éditoriale s’intensifie. Les acquisitions courantes continuent de refléter ce choix documentaire grâce aux efforts constants de l’unique fournisseur de la bibliothèque, implanté dans tous les pays du monde arabe. Les abonnements aux revues scientifiques, qui ont perduré, sont parfois couplés (imprimés et en ligne), de manière à offrir le plus large choix de ressources.

Les collections patrimoniales du domaine arabe

Les manuscrits arabes

Manuscrit arabe

Recueil de poèmes, reliure en velours noir brodée au fil d'or. Collections de la BULAC, MS.ARA.636 BIS.

Manuscrit arabe

Traduction arabe des Éléments d'Euclide. Collections de la BULAC, MS.ARA.606. Document numérisé disponible sur bina.bulac.fr

Avec ses 2 479 manuscrits, la collection patrimoniale arabe de la BULAC est la deuxième plus importante de France, après celle de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Elle rassemble des documents en langue arabe ainsi qu’un petit nombre de textes en berbère ou d’autres langues africaines utilisant l’écriture arabe (manuscrits adjami). Ce fonds a été constitué à l'origine pour accompagner les enseignements et les activités de l'École des Jeunes de langues, fondée en 1669, qui devient en 1795 l'École des langues orientales. Les pièces les plus anciennes sont un fragment coranique koufique estimé au VIIIe siècle, un recueil de notes de droit musulman sur parchemin du Xe siècle de l’ère chrétienne et une traduction arabe des Éléments d’Euclide, copiée au début du XIIIe siècle (document numérisé). L’essentiel de la collection couvre les XVIIe et XIXe siècles. La plupart des manuscrits ne sont toutefois pas datés.

Outre des manuscrits originaux, la collection de l’École des Jeunes de langues est composée de recueils de travaux rédigés par des élèves ou des enseignants, de dictionnaires et de grammaires qui servaient à la formation des futurs drogmans au sein de la classe des Orientaux du Collège Louis le Grand. Cette collection a été enrichie grâce à Joseph-Marie Jouannin (1783-1844) qui dirigea l’école de 1829 à sa mort.

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la collection des manuscrits arabes de la Bibliothèque de l’École des langues orientales n’a cessé de s’étoffer, aussi bien grâce aux dons d’anciens élèves ou de professeurs attachés à l’établissement, que par des achats réguliers. Ce fonds comprend non seulement des volumes venant d’Afrique du Nord ou des boutiques de libraires parisiens, mais aussi des centaines de feuillets non reliés. Plusieurs documents provenant de la bibliothèque du Cheikh Muḥammad Amizyāne ibn al-Ḥaddād et de son fils Si Azīz, notables réputés originaires de Grande Kabylie, ont également été identifiés.

Versets inscrits dans un profil de semelle colorée

Relique de la sandale du Prophète Muḥammad, feuillet conservé dans un recueil maghrébin de prières en l’honneur du Prophète. Collections de la BULAC, MS.ARA.220

Parmi les entrées remarquables dans ce corpus, il convient de mentionner :

  • La vente Belin de juillet 1879, comprenant une vingtaine de manuscrits en caractères arabes collectés par Alphonse Belin (1817-1877), surveillant à l’École des Langues orientales, de 1838 à 1843, puis secrétaire-interprète à l’ambassade de France à Istanbul.
  • Le legs Duveyrier effectué en 1893, dans lequel figure une dizaine de manuscrits arabes ; Henri Duveyrier (1840-1892) fut un explorateur du Sahara.
  • L’achat en 1885 de la riche bibliothèque d’un ancien répétiteur de l’École, Sulaymān al-Ḥarāʾirī (1824-1877). En érudit avisé, Ḥarāʾirī avait su recueillir les ouvrages des bibliothèques de plusieurs savants peu connus. Il avait aussi recopié lui-même ou fait réaliser des copies de textes de grammaire, de droit ou de sciences qu’il estimait importants.
  • En 2016, la bibliothèque a fait l’acquisition de la collection du libraire Paul Geuthner et de son épouse Warburga Seidl, enrichie par Frédéric Seidl-Geuthner, comprenant près de 80 volumes. En langue arabe ou berbère, ces manuscrits font écho au noyau historique, composé essentiellement de documents originaires du Maghreb.

La collection des manuscrits arabes de la BULAC reflète les multiples facettes de la culture islamique. La religion est très représentée (Coran, livre de prières, droit musulman). Constituant jusqu’à nos jours le socle de l’apprentissage de la langue arabe, ces textes sont souvent associés à la grammaire, à la poésie et à la rhétorique. Figurent aussi des ouvrages de philosophie (surtout de logique), des fables (notamment Kalīla wa-Dimna), des ouvrages d’histoire, de géographie, des traités de mathématiques et de médecine, sans oublier les manuscrits d’alchimie et de multiples feuillets de magie.

Cette collection de manuscrits a fait l’objet de plusieurs cataloguesLe premier, inédit, a été rédigé par l’érudit stambouliote Abraham Danon (1857-1925). L’auteur a adopté un classement par matière (grammaire, rhétorique, encyclopédies, Coran, etc.) et a couvert les cotes de 1 à 683. Jakoba Van Der Lee (1890-1943), lectrice d’arabe à l’École des langues orientales, y a ajouté la description de 29 manuscrits. Georges Vajda (1908-1981), qui a procédé à la refonte du catalogue des manuscrits arabes de la BnF, a, de son côté, laissé des notices manuscrites ou dactylographiées reprenant et complétant le travail de Danon et allant jusqu’à la cote 651. Mais le système de cotation des manuscrits était complexe, par la multitude de ses sous-cotes (bis, ter, lettres minuscules, majuscules), et rendait difficile l’identification des différentes pièces. Pour pallier cet inconvénient, Abdelghani Ahmad-Bioud (1913-1989) a entrepris un index des manuscrits (titres, auteurs) jusqu’à la cote 816, resté lui aussi sur fiches.

Cependant, à la lumière du bilan réalisé en 2005 par les bibliothécaires Marie-Geneviève Guesdon et Nathalie Rodriguez, complété par les volumes décrits par Abraham Danon, Vajda et Bioud, est apparue une masse considérable de cahiers, de feuillets ou de documents rassemblés dans des boîtes oubliées pendant des années, en mauvais état et dont l’identification restait à faire. Depuis 2013, près de 700 documents ont été cotés, récolés et décrits. Ce travail, toujours en cours, est publié au fur et à mesure de son avancement, sur Calames, le catalogue en ligne des archives et des manuscrits de l’enseignement supérieur. Parallèlement, un vaste projet de numérisation des manuscrits moyen-orientaux se poursuit avec un enrichissement continu de la BiNA, la Bibliothèque numérique aréale de la BULAC, et de la plate-forme Internet Archive.

Cheikh El Haddad et l’insurrection de la Kabylie. Des vestiges de papier, 1871-2021
7 septembre 2021 > 29 octobre 2021

À l’occasion du 150e anniversaire du soulèvement de la Kabylie, la BULAC présente des manuscrits issus de la bibliothèque du cheikh El Haddad (Muhand Amezyan Aheddad), figure centrale de la révolte algérienne de 1871 contre la présence coloniale française.

Portrait de Noëmie Lucas

D’octobre 2020 à août 2021, la BULAC a accueilli Noëmie Lucas, post-doctorante auprès du GIS MOMM, pour organiser et animer une série de hackathons et de colloques autour des enjeux de philologie numérique des textes en écriture arabe, et...

Numériser : en route pour l’éternité ?
23 novembre 2018 – 18:30 > 20:30

À l'occasion de la 3e édition du Festival des idées Paris USPC, sur le thème « Jeunesse éternelle », la BULAC ouvre un espace de dialogue entre professionnels des bibliothèques, experts de l’archivage numérique et utilisateurs, autour des enjeux de la numérisation des collections.

Les imprimés anciens

Ce fonds patrimonial est l’un des plus riches de France. Il compte plusieurs milliers d’ouvrages, parmi lesquels figurent plus de 300 titres des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, majoritairement publiés en Europe. Du fait de l’ancienneté des contacts et de l’intérêt porté par les Européens au Proche-Orient, de nombreux textes arabes ont été publiés tant en Italie qu’en France, aux Pays-Bas, puis en Allemagne ou au Royaume-Uni : ainsi, le plus ancien imprimé arabe du fonds a été publié en Italie en 1516 (Psalterium, Hebraeum, Graecum, Arabicum, & Chaldaeum, cum tribus Latinis interpretationibus & glossis…).

Imprimé arabe ancien

Psalterium, Hebraeum, Graecum, Arabicum, & Chaldaeum, cum tribus Latinis interpretationibus & glossis...., Genova, 1516. Collections de la BULAC, BULAC RES MON Fol 217.

Imprimé arabe ancien

Ğaʿfar ibn Muḥammad ibn ʿUmar Abū Maʿšar al-Balẖī, traduit par Hermann de Carinthie, Introductorium in astronomia[m] Albumasaris Abalachi octo continens libros partiales, 1489. Collections de la BULAC, BULAC RES MON 8 1397.

Figurent également dans les collections trois incunables occidentaux (Introductorium in astronomia[m] Albumasaris Abalachi octo continens libros partiales, datant de 1489), premiers imprimés relatifs à la civilisation arabo-musulmane. Il s’agit de traductions en latin d’un ouvrage d’astronomie d’Al-Balkhi. On peut aussi signaler la présence de textes arabes chrétiens imprimés en Roumanie ou à Malte.

Pour des raisons techniques, religieuses, politiques, économiques et culturelles, l’imprimerie s’implanta très tardivement au sein des pays arabes. Si les premières impressions à caractères mobiles datent de 1706 en Syrie, à l’initiative de communautés juives et chrétiennes (Psaume de David), et 1733 au Liban, dans des proportions encore modestes (réimpression du même ouvrage, à Choueir, en 1735), il faut attendre le XIXe siècle et la Nahda (Renaissance arabe) pour que la typographie se développe, à partir de 1822 en Égypte et 1830 en Irak. La bibliothèque est riche de ces « incunables orientaux ». En 1838, l'École des Jeunes de langues de Paris rassemble 26 ouvrages qui avaient été imprimés au Caire à partir de 1822. Après l’enrichissement d'Alix Desgranges (1793-1854), ce fonds s’élève à 133 ouvrages. Lors de la constitution des collections de l'ELO qui précèdent son installation rue de Lille en 1873, Charles Schefer négocie des dons auprès du Vice-Roi d'Égypte.

La première imprimerie officielle et gouvernementale établie en Égypte, en 1820, par Muhammad ʿAli, est celle du quartier Bulaq, appelée aussi « al-Amīriyyaẗ ». La bibliothèque possède une des plus anciennes éditions (1823) de Qānūn al-ṣibāġẗ fī ṣināʿaẗ ṣibāġẗ al-ḥarīr, le premier livre sorti de cette presse datant de 1822. Elle conserve également des ouvrages lithographiés qui sont souvent les premières véritables manifestations locales de l’imprimerie arabe, en particulier au Maghreb, telle la cinquantaine d’éditions de Fez : Šarḥ Muḥammad al-H̱arašī ʿalá muẖtaṣar al-šayẖ... H̱alīl ibn Isḥāq (1870).

Outre ces éditions rares, la BULAC détient de nombreuses impressions d’Istanbul : Šarḥ iẓhār al-asrār (1804), d’Inde : Al-muʿǧam fī āt̲ār mulūk al-ʿaǧam (1809) ou d’Iran : Maǧmaʿ al-baḥrayn wa-maṭlaʿ al-nayyirayn (1847), ainsi que des éditions de Kazan et de Zanzibar. Ces éditions zanzibarites ont été offertes par le Sultan de Zanzibar au consul de France au début du XXe siècle. Datant du milieu et de la fin du XIXe siècle, ces textes portent sur le courant religieux minoritaire qu’est l’ibadisme et sont issus de l’imprimerie sultanienne implantée sur l’île pour assurer la diffusion la plus large de la pensée ibadite en Afrique de l’Est.

Imprimé arabe ancien

مصطفي ابن حمزة, شرح إظهار الأسرارMuṣṭafá ibn Ḥamzaẗ, Šarḥ iẓhār al-asrār. [Constantinople], Dār al-ṭibaʿ al-ʿāmiraẗ, 1804. Collections de la BULAC, BULAC RES MON 8 322.

Imprimé arabe ancien

Evangelium Jesu Christi quemadmodum scripsit Mar Mattheus unus ex duodecim discipulis ejus, 1591.

Au sein de cet ensemble patrimonial, les documents portant sur la religion sont majoritaires (25 %). C’est en effet un élément essentiel de la vie arabo-musulmane et une source inépuisable d’éditions à grand tirage : exégèse coranique, biographies du Prophète, ouvrages de théologie et de mystique ou fiqh (jurisprudence et droit canon). Cet ensemble est complété par des documents sur les communautés juives et chrétiennes du monde arabophone ainsi que par un nombre important d’ouvrages de théologie des Églises d’Orient.

La littérature vient en seconde position (20 %), et elle représente une des tendances majeures de la production intellectuelle du monde arabe, avec des caractéristiques originales : la poésie (Šiʿr al-Aẖṭal), l’adab ou littérature au sens occidental (Ḥalbaẗ al-kumayt fī al-adab wa-al-nawādir wa-al-fukāhāt al-mutaʿallaqaẗ bi-al-ẖamrīyāt), les anthologies (Muẖtārāt al-Bārūdī), les recueils d’anecdotes historiques (Hāḏā Kitāb qiṣṣaẗ al-Bahnasā wa-mā fīhā min al-ʿaǧāʾib wa-al-ġarāʾib wa-mā waqaʿa lil-ṣaḥābah fīhā) ou religieuses (Haḏā dīwān al-ḥaqāʾiq wa-maǧmūʿ al-raqāʾiq), les traités de morale (Aṭbāq al-ḏahab), de critique littéraire (Al-maṯal al-sāʾir fī adab al-kātib wa-al-šāʿir), les manuels de rhétorique (Durūs al-balāġaẗ).

Vient ensuite l’histoire-géographie (18 %). On peut mentionner la traduction arabe des Annales des guerres saintes dites en Orient guerres de la Croix, de Maxime Fourcheux de Montrond : Min tārīẖ al-ḥurūb al-Muqaddasaẗ fī al-mašriq, al-madʿūwaẗ Ḥarb al-Ṣalīb. Le fonds comprend la plupart des chroniques célèbres des historiographes arabes (Tārīẖ al-kāmil) et ottomans (Maḥāsin al-aṯār wa-ḥaqāʾiq al-aẖbār). Il est également riche en récits de voyages (riḥla) (Riḥlaẗ Ibn Baṭṭūṭah al-musammāẗ Tuḥfaẗ al-nuẓẓār fī ġarāʾib al-amṣār wa-ʿaǧāʾib al-asfār).

TYPOGRAPHIAe ARABICAe
15 juin 2015 > 7 août 2015

Cette exposition présente, pour la première fois en France, une histoire de la typographie arabe. Elle propose au grand public de découvrir les formes et les valeurs investies par la lettre arabe imprimée et ses techniques, de la Renaissance à...

Méhémet Ali, fondateur de l’Égypte moderne
8 septembre 2020 > 16 octobre 2020

À l'occasion des 250 ans de la naissance de Méhémet Ali, l'exposition vous propose de redécouvrir cet acteur clé de l'histoire de l’Égypte du XIXe siècle. Un choix de documents en arabe, en turc ottoman et en français vous...

Le rôle des revues égyptiennes dans la Nahda
11 avril 2022 > 17 juin 2022

La Nahda constitue une étape fondatrice de l'histoire arabe du XIXe et du début du XXe siècle, qui marque un mouvement de renaissance et de reconfiguration de la pensée arabe.

L’édition dans le monde arabe

L’histoire du livre arabe reflète les évolutions et les tournants politiques des différents pays. Le développement du secteur privé de l’édition arabe a été tardif et concentré au Caire et à Beyrouth. Même dans ces deux villes, il faut attendre la deuxième moitié du XXsiècle pour que l’édition et l’imprimerie deviennent deux activités distinctes. De plus, un contrôle étatique est mis en place dans la plupart des pays. En Égypte, de nombreuses maisons d’édition sont nationalisées sous le régime de Nasser et, dans beaucoup d’autres pays de la péninsule arabique, l’édition publique est prédominante. C’est au Liban que l’édition privée connaît un véritable essor et le pays exerce au sein du monde arabe une position dominante dans le domaine du livre. Les collections de la BULAC sont ainsi composées en grande partie d’ouvrages publiés au Liban et en Égypte.

Le monde du livre arabe se pense dans sa globalité, mais le paysage éditorial est très contrasté selon les régions. Les guerres internes en Irak, en Syrie, en Libye et au Yémen ont créé des situations catastrophiques : la fermeture ou la destruction d’imprimeries et de maisons d’édition sont nombreuses. Cependant, durant ces dix dernières années, de nouveaux acteurs de l’édition ont émergé, porteurs d’un nouveau panarabisme culturel. Les différentes foires du livre dans le monde arabe donnent à voir la richesse de la production des maisons d'édition. Par ailleurs, il est à noter que les éditions pirates sont nombreuses (jusqu’à 25 % de la production égyptienne des années 1980) et le contrôle politique plus ou moins marqué selon les pays. La propagande islamiste répandue dans la péninsule arabique impose dans ces pays une vigilance renforcée et des achats plus sélectifs.

Bien que pluraliste, l’édition arabe demeure confrontée à une réelle censure étatique variable dans ses formes et expressions d'un pays à l'autre. La publication sous contrainte structure le système éditorial arabe tout en le modifiant de façon variable, notamment par le biais d'une autocensure non quantifiable. C'est ainsi que le champ éditorial est déterminé et se recompose à l'intérieur de frontières coercitives très mouvantes d'un pays à l'autre : un texte frappé d'interdiction quelque part peut ainsi bénéficier d'une publication ailleurs dans le monde arabe. Dans un tel contexte, l'activité éditoriale, faute de pouvoir prendre vraiment son essor, parvient à se maintenir. Si de nouvelles maisons d’édition ont réussi à émerger depuis les révolutions du Printemps arabe, celles-ci ne représentent que des cas isolés, les deux principaux pôles éditoriaux demeurant Le Caire et Beyrouth.

Les collections arabes de la BULAC sont le reflet de la vitalité des grandes maisons d'édition libanaises, telles que دار الآداب للنشر والتوزيع Dār al-ādāb li-l-našr wa-al-tawzīʿ (Éditions de littérature), دار الحداثة Dār al-ḥadāṯaẗ (Éditions du Modernisme) et دار المشرق Dār ʾal-mašriq (Maison de l’Orient). La production en provenance du Caire représente également une part importante de ces collections, à travers les publications d’éditeurs comme مطبعة دار الكتب المصرية Maṭbaʿaẗ Dār al-kutub al-miṣriyyaẗ (Éditions des livres égyptiens), جامعة القاهرة Ǧāmiʿat al-Qāhiraẗ (Université du Caire), كلية دار العلوم Kulliyyaẗ Dār al-ʿulūm (Faculté de la Maison des sciences) et دار المعارف Dār al-maʿārif (Éditions du savoir). Cette production éditoriale libanaise et égyptienne couvre toutes les thématiques du fonds arabe de la BULAC.

Dans une moindre mesure, l’édition jordanienne, irakienne, syrienne ou omanaise est également sollicitée. Les publications saoudiennes, majoritairement religieuses, proposent de plus en plus de littérature contemporaine. Enfin, l'édition du Maghreb se développe depuis dix ans et les enrichissements de la collection bénéficient de la relative bonne santé de ce secteur. Il est important de signaler que trois pays font exception dans ce paysage éditorial, leur production étant devenue quasiment inexistante à cause des conflits qui les ravagent. C'est le cas de la Syrie (depuis 2011), de la Libye (depuis 2012) ainsi que du Yémen (depuis 2015). Cependant, des publications en provenance de la Syrie et de la Libye réapparaissent progressivement sur le marché du livre arabe, sans atteindre encore leur niveau de production d’avant 2011.

Axes de développement du fonds

Le fonds arabe de la BULAC est représentatif de l’ensemble de la production actuelle de la région grâce à son fournisseur égyptien, qui a pignon sur rue dans tous les pays du monde arabe. Une sélection est faite par la BULAC en fonction de la pertinence des thèmes traités, de la notoriété des auteurs ou des maisons d’édition, du prix ou de la rareté de l’ouvrage. Les abonnements aux périodiques sont stables (2 à 3 nouvelles publications chaque année) et représentent environ 60 titres vivants. Autant que possible, leur accès est proposé à la fois en formats papier et électronique, comme pour la revue de référence Arabica, consultable en ligne ou en salle de lecture.

Espace des revues scientifiques, rez-de-jardin

Espace des revues scientifiques, rez-de-jardin. Grégoire Maisonneuve / BULAC.

Formation aux ressources du domaine arabe

Formation aux ressources du domaine arabe (Maxime Ruscio / BULAC).

Depuis la fin des années 1990, des librairies en ligne proposent les grands classiques de l’édition en version électronique. En parallèle de ce nouvel essor, dès les années 2000, on a vu aussi se développer le piratage en ligne. De nombreux sites proposent des copies d’œuvres en formats texte ou PDF de qualité variable. L’offre légale se structure également. Il existe ainsi des portails, comme le site DAR (Digital Assets Repository ou Répertoire des fonds numériques) de la Bibliothèque d’Alexandrie qui propose des livres entrés dans le domaine public et un accès réduit à certains livres protégés par le droit d’auteur. Il est donc difficile, en l’état, d’acquérir des livres électroniques arabes au titre à titre, mais la production et la distribution sont notables avec des sites tels que KotobArabia, qui offre des ePubs ciblés pour une clientèle principalement occidentale, ou Foulabook et Archive.org qui sont deux plates-formes de téléchargement légal de références de livres électroniques en arabe.

Enfin, al-Maktaba al-Shamela (que l'on pourrait traduire par « La bibliothèque universelle ») est un site entièrement écrit en arabe et dédié aux seules œuvres rédigées dans cette langue. C’est un site non universitaire qui présente une base de textes ainsi que le logiciel « thawab » permettant de les lire au format « .bok ». On ne trouve donc pas de ressources directement disponibles en ligne, mais bien des fichiers à télécharger et à consulter sur son poste de travail. Enfin, citons Arabic Collections Online, une bibliothèque numérique contenant plus de 17 000 volumes du domaine public en accès ouvert et provenant des fonds de bibliothèques universitaires renommées.

Le livre électronique semble incontournable dans les pays arabes, notamment parce que l’édition imprimée reste difficilement accessible à une partie de la population rurale et pauvre, alors que toutes les couches de la société arabe sont connectées à Internet. L’enrichissement du fonds arabe en documentation électronique était donc indispensable, tant en ouvrages qu’en périodiques. En 2021, ce fonds comptait 71 abonnements à des titres de revues accessibles en ligne.

La BULAC donne également accès aux bases des éditions Brill, une plate-forme de référence pour l'accès aux sources et aux documents sur le monde arabe tels que l’Encyclopédie de l’Islam, ainsi que les bouquets de livres numériques Brill Middle East and Islamic Studies qui contiennent tous les titres publiés chez Brill depuis 2005, et dont la plupart sont en anglais.

Dans le domaine de la documentation imprimée, un effort est en cours depuis 2016 pour combler les lacunes du fonds arabe en économie, en art et en archéologie. Les ouvrages sur l’économie des pays arabes et la finance islamique sont plus nombreux. Les bouleversements politiques récents ont aussi suscité la publication de nombreux titres traitant de la géopolitique du monde arabe. La production éditoriale traitant de religion est de meilleure qualité car elle bénéficie d’un grand nombre de publications académiques sur l’islam, ce qui facilite le travail de sélection. Les ouvrages traitant de l’art dans les pays arabes sont aussi plus nombreux et diversifiés : les musiques actuelles et le street art sont étudiés par des chercheurs occidentaux et font l’objet d’intéressantes publications. Les études de genre et du féminisme sont aussi en plein essor.

Enfin, les différents prix littéraires du monde arabe, dont l’impulsion est aussi donnée par les pays de la péninsule arabique, rendent les œuvres de fiction plus visibles et leur permettent d’être plus souvent et mieux traduites. Cependant, les traductions en langues occidentales de romans arabes restent très limitées par rapport à l’offre éditoriale en langue originale. Actes Sud publie de façon systématique des traductions de romans arabes dans sa collection dédiée « Bibliothèque Arabe ». Mais la jeune génération littéraire arabe demeure très peu médiatisée en Europe. Bien qu’ils subissent la censure qui continue de sévir dans les pays arabophones, ces jeunes auteurs parviennent désormais à la contourner, et à faire leur autopromotion, en utilisant les réseaux sociaux.

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Collection « La Bibliothèque arabe » - Actes Sud.

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Marine Defosse
Responsable adjointe du pôle Développement des collections, chef de l'équipe AMOMAC et chargée de collections pour le domaine Afrique
marine.defosse@bulac.fr