Publié : 26/03/2021, mis à jour: 18/05/2022 à 18:52
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Domaine grec

Le domaine grec de la BULAC se compose de près de 20 000 ouvrages provenant à la fois des collections de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales, de dons et d’acquisitions faites par la BULAC. Il rassemble des documents issus des productions éditoriales grecques et chypriotes, ainsi que de pays comme l’Albanie, l’Autriche, l’Italie, la Roumanie, la Turquie, l’Égypte, la Russie où il y a eu une tradition éditoriale en grec. Le reste des publications provient des pays où les études grecques sont développées en dehors du monde grécophone, tels que la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Espagne ou l’Allemagne.

​ '67-'74 antifasistika

Kōsta Valeta, '67-'74 antifasistika : (afiérōma stīn antistasiakī̀ logotechnía kai sto Polytechneío), Athī́na : Ekdoseis "Grammī", 1974.

Présentation générale

Les collections grecques de la BULAC, reconnues en France et à l’étranger, sont le reflet de la production éditoriale en Grèce et à Chypre ainsi que des études internationales sur la Grèce ou le monde hellénophone. Le grec moderne est parlé par environ 15 millions de locuteurs à travers le monde. Il a le statut de langue officielle en Grèce et à Chypre, de langue minoritaire en Albanie, Arménie, Italie, Roumanie, Turquie ou Ukraine, et il est également parlé dans les communautés de la diaspora présentes aux États-Unis, en Australie, au Canada, en Afrique du Sud, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Russie et en Belgique.

La langue grecque

Une des particularités de la langue grecque est d’avoir connu une évolution ininterrompue depuis l’Antiquité et d’être la seule langue européenne dont la première écriture attestée remonte à trois millénaires. Langue administrative dans les royaumes fondés par les successeurs d’Alexandre le Grand pendant la période hellénistique, langue officielle de l’Empire romain d’Orient ou byzantin, langue privilégiée au sein de l’Empire ottoman, sa graphie a inspiré la création des alphabets latin, copte et cyrillique. Cette langue a également été écrite en alphabet latin, notamment pendant l’administration vénitienne en Crète, donnant naissance au créto-vénitien, et à Chios aux XVIIIe-XXe siècles, afin de faciliter les échanges des commerçants de l’île avec leurs partenaires ailleurs en Europe1.

En France, le grec était déjà enseigné au Collège des trois langues créé en 1530 par François Ier. Le grec fait également partie des langues du Levant enseignées aux futurs interprètes (drogmans) et diplomates à l’École des jeunes de langues fondée à l’initiative de Colbert en 1669. L’enseignement du grec était parmi les quatre premiers dispensés par l’École des Langues orientales (avec l’arabe, le turc et le persan). Inauguré par l’helléniste Jean-Baptiste d’Ansse de Villoison, son successeur, Carl Hase, occupa la chaire de grec moderne et de paléographie grecque qui vit officiellement le jour dans cet établissement en 1819.

À cette époque, la question de la langue [γλωσσικό ζήτημα] agite le monde grécophone influençant également l’enseignement du grec. Cette controverse oppose les partisans de l’utilisation comme langue officielle du nouvel État grec établi en 1827, du grec populaire (ou grec démotique) à ceux qui plaident pour une version archaïsante, proche du grec ancien, connue sous le nom de katharévousa. La question linguistique est à l'origine de nombreuses polémiques aux XIXe et XXe siècles et n’est résolue qu’en 1976, lorsque le démotique est finalement choisi comme langue officielle de la République hellénique. Entre-temps, Jean Psichari (1854-1929) [Giánnis Psycharis] apparaît comme l’une des figures de proue du mouvement pro-démotique. Né à Odessa, il s’installe en France après un court séjour à Constantinople. Cofondateur de la Ligue des droits de l’homme, il est directeur d’études à l’École pratique des hautes études et professeur à l’École des langues orientales, de 1903 à 1928. Après un voyage en Grèce, effectué en 1886, il publie Τό ταξίδι μου [Mon Voyage], véritable manifeste en faveur de la langue démotique. Entouré des démoticistes tels que Kōstīs Palamás (1859-1943) ou Georgios Drosinis (1859-1951), il joue un rôle important dans le dépassement de la diglossie2 et la résolution de la question linguistique grecque en faveur du démotique.

Si, au fil du temps, le grec attique consolide sa place auprès des érudits et des lettrés, le grec parlé et écrit continue à se décliner en une série de formes dialectales. C’est finalement la rencontre entre le dialecte dominant dans le Péloponnèse et celui pratiqué dans les îles Ioniennes, qui va donner le ton de la standardisation du grec démotique (à l’instar du toscan en Italie ou du dialecte d'oïl en France).

  • 1 Τα "Φραγκοχιώτικα" βιβλία, de Márkos Fṓskolos, Thessalonique, 2012.
  • 2 En sociolinguistique, la diglossie renvoie à un phénomène où deux variétés linguistiques de la même langue, ou deux langues différentes, coexistent sur un territoire donné ou au sein d’une société, l’une étant souvent perçue pour des motifs idéologiques, comme supérieure et l’autre comme inférieure.

Historique de la collection

Le fonds grec est constitué de près de 20 000 ouvrages provenant des collections de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales (BIULO), d’acquisitions et de dons.

Composition des collections grecques

Ces collections se composent d’un fonds ancien datant de la création de l’École des langues orientales et comprenant également les 1 648 titres du fonds Wladimir Brunet de Presle (1809-1875). Ces collections patrimoniales sont complétées par un fonds général (cotes GEN.I, II, III, IV) constitué d’ouvrages en français, en anglais, en allemand, en italien ou en espagnol sur la langue grecque et la Grèce, et d’un fonds plus récent (cotes en salle de lecture : 15GR et 15CY). Une partie de ces ouvrages (environ 10 000) ne figure pas encore dans le catalogue en ligne, mais est décrite dans le fichier papier de la BULAC des ouvrages en cours de traitement. Ce domaine est le reflet de la personnalité des professeurs qui se sont succédés à la chaire de grec de l'École des langues orientales et qui ont fait don de leurs travaux à la bibliothèque. 

Le rôle des donateurs dans la constitution du fonds

Sto choró tēs Eurṓpēs

Thrásou Kastanákē, Sto choró tēs Eurṓpēs, Athḗnai : AgṓnEstía, 1929.

La collection Brunet de Presle compte par exemple de nombreux ouvrages sur la langue grecque, des grammaires, des dictionnaires et des textes classiques, byzantins et modernes. Lors de son enseignement à l'École (1864-1871), Brunet de Presle aborde cette diversité de sujets de manière très ouverte, sans séparer l’étude du grec moderne de celle du grec ancien, ce qui représente une approche assez novatrice pour l’époque. Une des caractéristiques de cette collection est la présence d’un nombre important de brochures, regroupant 359 documents (discours, sermons, nécrologies, catalogues). Son successeur, Émile Legrand (1871-1903), a poursuivi l’enrichissement du fonds grec par le biais de dons. Plus philologue que linguiste, il publie un grand nombre de textes d’intérêt historique et surtout littéraire. Émile Legrand est également l’auteur d’un inventaire de la production éditoriale grecque, la Bibliographie hellénique, en dix volumes (1880-1913). André Mirambel (1900-1970), professeur de grec moderne à l’École des langues orientales, entre les années 1930 et 1960, a laissé de son côté une œuvre scientifique considérable, comprenant des grammaires, des dictionnaires, des anthologies et un grand nombre d’articles, notamment sur les dialectes néo-helléniques. L’achat de la bibliothèque personnelle de Thrassos Kastanakis (1904-1967) en 1970, chargé de cours en lettres byzantines et grecques modernes à l’École des langues orientales, a notamment enrichi et complété le fonds d’ouvrages de littérature de l’entre-deux-guerres. Lors de son séjour parisien, dans les années 1920, Kastanakis rédige plusieurs romans : Οι Πρίγκηπες [Les Princes, 1924], Στο χορό της Ευρώπης [Au bal de l’Europe, 1929], Το Παρίσι της νύχτας και του έρωτα [Le Paris de la nuit et de l’amour, 1929], dont la BULAC conserve des exemplaires parfois uniques en France.

Dans les années 1980, et dans un contexte d’ouverture de la Grèce après les années de dictature des colonels (1967-1974), le ministère grec de la Culture fait un don important de livres de littérature publiés chez les principaux éditeurs de l’époque (Estia, Kedros, Ermis, Kastaniotis). C’est ainsi que le fonds grec s’est enrichi à travers le temps au gré des dons et des legs. Mais une véritable politique d’acquisition s'amorce à partir des années 1970, avant de réellement se développer à partir de 1989. À la fin des années 1990, ce fonds comprend environ 12 000 titres, ce qui représente alors autour de 2,6 % de l’ensemble des collections de la BIULO.

Le fonds ancien

Cyprianus

Cyprianus. Ιστορία της Κύπρου. Collections de la BULAC, cote BULAC RES MON 4 1182.

Le fonds ancien recèle des documents particulièrement rares et précieux, notamment grâce au legs d’un des enseignants du grec à l'École des langues orientales, Wladimir Brunet de Presle (1809-1875), mais aussi aux apports de ses successeurs, à l’instar d’Émile Legrand (1841-1903) et d’André Mirambel (1900-1970).

Cette partie patrimoniale des collections reflète l’évolution historique et la diffusion spatiale de l’édition grecque dans toute sa diversité. Jusqu’à la création d’un État grec en 1827, l’édition se faisait principalement, hors de ses frontières actuelles, dans des villes telles que Venise, Paris, Rome, Vienne, Odessa, Leipzig, Constantinople, Moscou ou Smyrne. Ce phénomène s’explique par la présence de communautés hellénophones sur les territoires de l’Empire ottoman, sur les domaines de la maison de Habsbourg, au sein de l’Empire russe ou dans des villes de l’Europe de l’Ouest. Les érudits issus de ces pays ont alors la volonté d’étudier les textes grecs de l’Antiquité dans leur version originale en grec ancien.

Avec l’entrée dans l’ère de la typographie (fin du XVe siècle), Venise qui est l’un des principaux foyers historiques de cette activité éditoriale, et qui devient une véritable métropole culturelle ainsi qu’un carrefour commercial incontournable pendant la Renaissance, voit se constituer dans le quartier de Castello, autour de l’église de San Giorgio dei Greci, une importante communauté hellénophone. La BULAC possède plusieurs ouvrages témoignant de cette effervescence éditoriale, comme Αλέξανδρος ο Μακεδών [Alexandre le Macédonien], publié par l’éditeur Francesco Rampazetto, à Venise en 1553, ou la Corona Preciosa, per parlare, leggere, scrivere ed intendere la lingua greca volgare e literale, de Stefano Nicolini da Sabbio, publié à Venise en 1527. Dans ce lexique, les mots en italien de l’époque sont traduits en grec ancien, en grec médiéval et en latin.

Οκτώηχος νεωστι

Οκτώηχος νεωστι. Fonds Brunet de Presles. Collections de la BULAC, cote BULAC RES MON 8 2619.

D’autres ouvrages conservés dans le fonds ancien de la BULAC sont le reflet de ce phénomène diasporique, une spécificité de l’édition hellénophone. C’est le cas de Ιστορία Καισάρων των Τουρκικών [Histoire des Césars Turcs], publié par Zacharias Orthus, à Witeberger en 1568 (cote= RES MON 8 2188), « César » étant le titre revendiqué par les sultans ottomans se considérant comme les successeurs des souverains romains régnant à Constantinople. La grammaire d’Emmanuel Chrysoloras, rééditée à Paris en 1539, (cote = RES MON 8 2505), en est également l’illustration. Son auteur, né à Constantinople au milieu du XIVe siècle, est un des humanistes byzantins, ayant introduit la culture grecque dans la péninsule italique au début de la Renaissance. Sa grammaire, imprimée d'abord à Florence en 1484, puis à Paris, a servi de manuel à des humanistes comme Érasme pour leur apprentissage du grec.

Au XVIIIe siècle, Vienne rivalise avec Venise comme lieu d’édition en langue grecque. Le recueil de physique Φυσικής απάνθισμα [Fysikis apanthisma] (cote = RES 8 2614) illustre cette tendance. Issu en majeure partie d’une traduction d’extraits de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, cet ouvrage est alors publié pour contribuer à la diffusion de la connaissance scientifique auprès des populations hellénophones de l’espace ottoman. Son auteur, Rigas, dit Rigas Velestinlis ou Ferraios, fut l’un des représentants les plus emblématiques de l’esprit des Lumières dans l’ Europe du Sud-Est.

Sièges de grandes écoles, la ville de Yanina [Ioannina] et la région de l’Empire ottoman ont également joué un rôle prépondérant dans la production éditoriale en langue grecque. Originaire de cette région, Anastasios Zosimas, après avoir fait fortune dans le commerce, devient mécène et finance des publications comme Kyriakodromion, (cote = RES 8 MON 4 1497), ce recueil d’extraits des Évangiles lus à l’occasion de la messe dominicale est édité par Nikiforos Theotokis, à Moscou en 1796. D’autres « Yaniotes », à l’instar de Nikolaos Glykis, ont été à l’origine de la fondation d’une dynastie d’imprimeurs à Venise. Certains des ouvrages publiés par leur soin sont conservés à la BULAC, tel que le manuel de musique ecclésiastique byzantine Οκτώηχος νεωστι [Oktoichos neosti] (cote = RES 8 2619). La bibliothèque possède également un exemplaire de la correspondance épistolaire du patriarche Callinique III, publié à Constantinople en 1804, Επιστολάριον πατριάρχου Καλλίνικου [Epistolarion patriarchou Kallinikou], (cote = RES 8 2549).

Dans cet ensemble de documents précieux qui constitue le fonds grec ancien, citons également, la mythologie arabe, Αραβικόν μυθολογικὸν [Aravikon mythologikon], éditée à Venise en 1803 (cote : RES MON 8 2268), traduite en grec moderne de l’original en arabe, à partir du texte intermédiaire en italien ; les Mémoires de l’empereur Marc Aurèle publiés à Vienne en 1831 (cote : RES MON 8 8752), en version bilingue en grec et en persan, par l’orientaliste Joseph von Hammer-Purgstall, et le Nouveau Testament, édité par la Société biblique britannique, à Cambridge en 1866, (cote : RES MON 8 8064).

L’édition grecque moderne dans les collections de la BULAC

Les collections en grec moderne sont également un panorama fidèle de la production éditoriale en Grèce au XXe siècle. La littérature est une des disciplines phares de ce fonds dont l’enrichissement est constant depuis 1945. Les différents courants littéraires des XIXe et XXe siècles y sont représentés notamment à travers les romans et nouvelles d’Aléxandros Papadiamántīs (1851-1911) ou d’Andréas Karkavítsas (1865-1922), figures de proue de l’école naturaliste ; les œuvres de Nikos Kazantzakīs (1883-1957) ou encore les fresques socio-historiques comme Cités à la dérive, de Stratī́s Tsírkas (1911-1980). Les collections grecques donnent également à découvrir les œuvres de la génération littéraire ayant subi la guerre civile et la dictature des colonels (Thanasis Valtinos, Maro Douka , ou Alki Zei, avec son célèbre roman La Fiancée d'Achille), ainsi que les représentants de l’école de Thessalonique, Giorgos Ioannou ou Giṓrgos Skampardṓnīs. Ces collections se font également l’écho de l’éclosion récente du roman policier en Grèce, avec la série de Pétros Márkarīs. Citons également deux incontournables de la littérature grecque contemporaines, l’ouvrage de Rea Galanaki, ˜La œvie d'Ismaïl Férik pacha, premier roman hellénophone classé dans la collection d’œuvres représentatives publiée par l’UNESCO1, ainsi que le roman Z de Vassilis Vassilikos, qui a inspiré le célèbre film éponyme de Costas Gavras. Ce fonds de littérature est complété par un ensemble de recueils de poésie dont on peut citer ceux du poète alexandrin Konstantinos Kavafis, des deux lauréats du prix Nobel de littérature, Giórgos Seféris (1900-1971) et Odysseas Elytis (1911-1996), du poète humaniste Giannis Ritsos (1909-1990), des surréalistes, Níkos Engonópoulos (1910-1985) et Andréas Empeiríkos (1901-1975), ou encore ceux de Kikí Dimoulá (1931-2020) et de Títos Patríkios.

Les œuvres de grands linguistes grecs tels qu’Emmanouíl Kriarás (1906-2014), Manolis Triantafyllidis (1883-1959), Geórgios Babiniotis (1939) côtoient celles de leurs homologues français tels que, Hubert Pernot (1870-1946) ou Henri Tonnet (1942). La linguistique est minoritaire dans ce fonds, en termes de volumétrie, l’essor de cette discipline étant récente en Grèce.

Le domaine des sciences sociales et politiques compte également des études sur le féminisme comme celle d’Efi Avdela, ou les travaux de sociologues comme Konstantinos Tsoukalas ou Nikos Mouzelis. En géographie, citons des textes de référence tels que l’Atlas de la Grèce, publié sous la direction de Michel Sivignon, et les ouvrages des urbanistes Guy Burgel ou Georges Prevelakis sur la ville d’Athènes. Ce fonds est aussi le reflet des différentes écoles historiographiques avec des auteurs phares du récit national comme l’historien Konstantinos Paparrigopoulos (1815-1891), des études sur la trilogie événementielle qui a marqué la société grecque du XXe siècle, et dont les ouvrages analysent la dernière phase de la question d’Orient entre les guerres balkaniques et le traité de Lausanne, les années 1940 (avec l’Occupation, la Résistance et la Guerre civile) et la dictature des colonels (1967-1974), sans faire l’impasse sur certains des adeptes d’une lecture marxiste de l’histoire, tels que Yannis Kordatos. La BULAC dispose d’un exemplaire de son ouvrage majeur sur l’analyse sociale de la révolution grecque de 1821, édité à Montréal Η κοινωνική σημασία της ελληνικής επαναστάσεως του 1821 [I koinōnikī sīmasía tīs ellīnikīs epanastáseōs tou 1821]. Cette publication canadienne témoigne de l'existence d’une édition de l’exil en langue grecque destinée à contourner les contraintes de la censure pratiquée alors par le régime en Grèce.

  • 1 L’UNESCO est à l’origine de la création d’une collection d'œuvres représentatives, classées par langue, ayant pour finalité la traduction de chefs-d'œuvre de la littérature mondiale, principalement d’une langue peu parlée vers une langue internationale.

Les axes de la recherche contemporaine

Plus récemment, des études sur la constitution de l’État grec par Georges B. Dertilis, la période ottomane de l’espace hellénophone ou encore l’histoire publique et la perception du passé, l’histoire des médias et du journalisme, viennent enrichir cette partie des collections. Parmi les tendances actuelles de la recherche, on peut noter un intérêt pour les questions relatives aux droits humains, aux libertés publiques et à la laïcisation de la société grecque, pour les récents phénomènes migratoires ainsi que leurs conséquences, telles que les conditions de vie des immigrés, ainsi que pour la question de la constitution de communautés diasporiques. Des événements ou périodes historiques occultés ou effacés de la mémoire collective et de l’historiographie, car constituant jusqu’à alors les sujets tabous de la société grecque, tels que le collaborationnisme, la Shoah ou la guerre civile, suscitent également désormais l’intérêt des chercheurs.

Dans le même temps, les travaux visant à reconstituer la mosaïque linguistique de la société grecque se multiplient, avec des études sur l’arvanitika, le ladino, l’aroumain, le macédonien ainsi que des dialectes du grec, tels que le pontique ou celui de Constantinople, connu sous le nom de « politika ». Enfin, un ensemble d’ouvrages acquis récemment par la bibliothèque analysent la crise économique qui a frappé la Grèce dans les années 2010 ainsi que les conséquences des politiques d’austérité et de l’émergence d’idéologies racistes et xénophobes émanant de partis d’extrême-droite désormais présents dans le paysage politique grec.

Les tendances éditoriales actuelles

Malgré les résultats dévastateurs pour la société grecque de la récente crise économique et financière, l’édition a relativement bien résisté avec environ 10 000 titres parus chaque année, entre 2006 et 20121. Parmi les maisons d’édition les plus représentées au sein du fonds grec, une place particulière est réservée à Βιβλιοπωλείο της Εστίας [Viliopoleion tis Estias]. Son fondateur, Georgios Kasdonis, originaire de l’île de Tinos et journaliste à Bucarest, avait voulu en faire en 1885, une maison publiant des livres à des prix accessibles se distinguant par leur qualité esthétique. Cette doyenne des maisons d’édition grecques est environnée par des maisons historiques telles que Καστανιώτης [Kastaniotis], Κέδρος [Kedros], Πατάκης [Patakis] ou Ικαρος [Ikaros], et des maisons plus récentes comme Μεταίχμιο [Metaichmio], Πανεπιστημιακές Εκδόσεις Κρήτης [Panepistimiakes ekdoseis Kritis], à Héraklion en Crète et University Studio Press à Thessalonique.

Les nombreuses traductions vers le français permettent de faire connaître la littérature grecque actuelle et classique à un large public francophone. Le français est la langue vers laquelle sont traduites le plus grand nombre d’œuvres littéraires grecques2. Piliers de cette activité, le Centre national du livre, EKEBI [Εθνικό Κέντρο Βιβλίου], le centre de traduction littéraire de l’IFA en son temps, mais aussi des maisons d’édition françaises qui publient de façon régulière les textes d’auteurs actuels ou rééditent des classiques. La maison Cambourakis a par exemple réédité Terres de sang [Ματωμένα χώματα] de Dido Sotiriou. Ce roman classique de la littérature grecque du XXe siècle, paru pour la première fois en 1962, a depuis été réédité 85 fois en Grèce. De son côté, la maison d’édition Le Miel des anges soutient la promotion d’écrivains contemporains comme Dimitris Nollas, auteur de Les histoires sont toujours étrangères, et la maison Bruno Doucey propose à travers une édition bilingue la découverte d’échanges poétiques et idylliques, entre Kostas Karyotakis et Maria Polydouri, dans le recueil Telles des guitares désaccordées. De même que dans le domaine des sciences humaines et sociales, la série « Études grecques » chez l’Harmattan, contribue à la publication d’ouvrages en français, sur l’histoire de la littérature et de la société grecque contemporaine, issus très souvent de travaux académiques ou rédigés par des spécialistes de la Grèce moderne, comme Joëlle Dalègre ou Henri Tonnet.

La presse

Une du journal Βυζαντίς-Τηλέγραφος του Βοσπόρου

Une du journal Βυζαντίς-Τηλέγραφος του Βοσπόρου du 1er février 1861.

Au-delà des livres, le fonds grec propose un ensemble de revues académiques, comme par exemple Νέα Εστία [Néa Estía] ou Journal of modern Greek studies. Dans ce fonds est également conservée une collection d’une centaine de titres de presse anciens, publiés en Grèce et à Chypre depuis le XIXe siècle, tels que les quotidiens Αιών [Aion] (1838-1888), Εστία [Estia] (créé en 1876) (BIULO PER.5193) ou la revue Κυπριακά Γράμματα [Kypriaka Grammata] (1934-1956) (BIULO PER.20528) publiée à Nicosie. Les collections sont également le reflet d’un âge d’or de la diffusion de la presse grécophone dans le bassin de la Méditerranée orientale tout au long du XIXe siècle. La BULAC conserve ainsi des journaux hellénophones publiés en dehors des frontières de l’État grec, le Κλειώ [Kleio] (1861-1883) (BIULO PER.150) à Trieste, le Βυζαντίς-Τηλέγραφος του Βοσπόρου [Byzantis-Tilegrafos tou Vosporou] (1843-1871) (BIULO PER.145) à Constantinople, ville qui avait la plus grande population grécophone au début du XXe siècle (environ 300 000 personnes sur près d’un million d’habitants), l’Αίγυπτος [Aigyptos] (BIULO PER.141) à Alexandrie, ou l’Αμάλθεια [Amaltheia] (1838-1923) (BIULO PER.152) à Smyrne. Par ailleurs, la BULAC dispose d’exemplaires de titres plus anciens, comme la revue Ερμής ο Λόγιος [Ermis o Logios ou Le Mercure savant en français] (1811-1821) (BIULO R.V.93), lancé à Vienne en janvier 1811 par la Philomousos Etaireia [Société des amis des lettres], ou les revues Αθήνα (Athina) (1819) (BIULO MEL.8.155(5,2)) et Μέλισσα (Melissa) (1819-1821) (BIULO R.III.69) éditées à Paris, toutes les deux éphémères mais pionnières dans l’histoire de la presse grécophone. Enfin, les collections comprennent également certains des titres de la presse allophone de Grèce, comme l’Opinion (BIULO PER.21), publié à Salonique, ou le Progrès (BIULO PER.11), publié à Athènes.

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