Publié : 21/07/2021, mis à jour: 18/05/2022 à 18:31
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Domaine (pré-, ex-, post-) yougoslave

Les collections de ce domaine concernent la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie, la Slovénie ainsi que le Kosovo. Les langues représentées sont les langues slaves méridionales (slovène, macédonien et serbo-croate) et l'albanais. Ce fonds est constitué de dictionnaires, de méthodes de langues ainsi que d’ouvrages de littérature, d’histoire, de sociologie et d’histoire de l’art, et totalise plus de 20 000 ouvrages et 40 revues scientifiques et titres de presse.

Monténégro, Bosnie, Herzégovine, détails de l'ouvrage d'H. Avelot & J. de La Nézière, Paris, 1895.

Monténégro, Bosnie, Herzégovine, détails de l'ouvrage d'H. Avelot & J. de La Nézière, Paris, 1895.

Les langues et les enjeux socio-linguistiques

Le domaine ex-yougoslave comprend la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie, la Slovénie ainsi que le Kosovo, et couvre trois sous-groupes de langues : le slovène, le macédonien et le « serbo-croate », désormais désignés par le sigle « BCMS » : bosniaque, croate, monténégrin, serbe. Toutes ces langues appartiennent à la famille des langues slaves méridionales.

Le macédonien est issu de l’évolution du slavon. Langue officielle en Macédoine du Nord, il est également parlé dans des régions limitrophes de Grèce et d’Albanie, ainsi que par des communautés diasporiques en Europe de l’Ouest, en Amérique du Nord et en Australie. 

Avec deux millions et demi de locuteurs dans le monde, majoritairement en Slovénie mais aussi dans des régions limitrophes d’Italie et d’Autriche, le slovène a été influencé par l’allemand et l’italien. Il comprend un grand nombre de dialectes ; il se distingue du groupe des langues BCMS avec lesquelles il partage cependant en partie son vocabulaire. La première grammaire slovène a été publiée en 1808 par Jernej Kopitar (Grammatik der Slavischen Sprache in Krain). 

Les langues BCMS sont actuellement parlées par plus de 20 millions de personnes en Croatie, en Serbie, au Monténégro, en Bosnie-Herzégovine ainsi que par la diaspora en Europe et sur le continent américain. Les premiers documents écrits en « serbo-croate » remontent au XIIe siècle, à l’instar du manuscrit de l’Évangéliaire de Miroslav, disponible à la BULAC sous la forme d’une édition fac-similée de 1897. Cette langue est standardisée au cours du XIXe siècle, dans le cadre d’un mouvement d’affirmation culturelle et d’un projet politique visant à rassembler à l’intérieur d’une seule entité étatique des populations pratiquant la même langue, mais résidant dans des terres soumises à la couronne austro-hongroise ou à l’Empire ottoman. Le terme « serbo-croate » est employé dès 1822 par le philologue slovène Jernej Kopitar (1780-1844), l’un des fondateurs de la langue slovène et de la slavistique. Parmi les personnalités les plus emblématiques du projet linguistique serbe et croate, on peut évoquer Ljudevit Gaj, Vuk Stefanović Karadžić et Josip Juraj Strossmayer. Ljudevit Gaj, chef de file du renouveau national croate, journaliste et linguiste, a adapté un alphabet latin, nommé aujourd’hui d’après son nom « gajica » ou « latinica », qui, avec des légers changements, est toujours employé en Croatie et en Slovénie. Réformateur de la langue et de l’orthographe serbes, compilateur de poèmes populaires serbes, Vuk Stefanović Karadžić rédige également le premier dictionnaire serbe et publie plusieurs anthologies de poèmes, telles que les Српске народне пјесме (Srpske narodne pjesme), datant de 1841 à 1846 environ. L’évêque catholique et parlementaire croate, Josip Juraj Strossmayer, contribue pour sa part à la fondation de l’Académie d’Agram (Zagreb), précurseur de l’Académie croate (yougoslave) des sciences et favorise la publication de journaux, de travaux sur l’histoire, la littérature et le folklore slaves.

Depuis l’éclatement de la fédération yougoslave dans les années 1990, le « serbo-croate » est désigné comme « serbe », « croate », « monténégrin » ou « bosniaque » par les États respectifs de ces différentes langues. Certains linguistes considèrent que ces appellations multiples ne sont que le reflet du volet linguistique des politiques nationalistes des sociétés concernées et estiment plutôt qu’il s’agit d’une langue unique1. Cette dernière serait une langue standard commune de type polycentrique du même type que l’anglais, le français ou d’autres langues, ayant plusieurs variantes locales et dialectales diffusées dans différents pays.

La constitution du fonds yougoslave

C’est André Vaillant (1890-1977), qui développe en France l’enseignement des langues slaves du Sud, en créant en 1927 une chaire à l’École des langues orientales qu’il occupe jusqu’en 1953. Henri Boissin, qui lui succède jusqu’en 1975, initie l’enseignement du macédonien en 1962 et du slovène en 1969. L’enseignement du serbe, introduit dès 1873, à l’initiative de Louis Leger (1843-1923), est suspendu, faute d’élèves avant d'être de nouveau dispensé à partir de la guerre de 1914-1918 par Miodrag Ibrovac et Madame Ibrovac à l’École des Langues orientales, et Antoine Meillet à l’École des hautes études.

Les collections serbe et croate se développent grâce aux nombreux dons d’André Vaillant, ce sont au total 250 volumes qui viennent enrichir la Bibliothèque des langues orientales, entre 1932 et 1948. À la même époque, l’Institut d’études slaves cède ses titres en double à la bibliothèque de l’École des langues orientales. Les dons arrivent aussi par le biais de l’armée d’Orient, l’ambassade de Yougoslavie ou l’Institut français de Zagreb (en 1940). Pour le slovène, les dons de Lucien Tesnière, linguiste français et spécialiste de la langue slovène, effectués entre 1924 et 1927, sont également à signaler.

Le fonds s’est également constitué grâce aux échanges avec des institutions étrangères, comme la bibliothèque Matica Srpska de Novi Sad et la Bibliothèque nationale de Serbie à Belgrade.

Les collections patrimoniales et le fonds ancien

Couverture de l’ouvrage Ispravnik za erei ispovidnici

Couverture de l’ouvrage Ispravnik za erei ispovidnici, Rome, 1635.

 

Les plus anciens documents en langues vernaculaires présents dans les collections de la BULAC datent du XVIIe siècle. Citons par exemple les trois ouvrages suivants Ispravnik za erei ispovidnici i za pokornik prenesen nigda s latinskoga ezika u slovinskij po Popu Simunu Budineu a sada pismenni glagolskimi ispisan i napečaćen o Rafailom Levakovićem [Directoire pour les prêtres tiré du Directoire latin, traduit en 'illyrique' par Simon Budineus, transcrit et imprimé en glagolitique par Levaković] publié à Rome en 1635, Blago jezika slovinskoga illi slovnik u komu izgovarajuse rjeci slovinske [Le trésor de la langue illyrienne ou dictionnaire des termes illyriques] publié en 1649, la Grammatika talianska ukratko illi kratak nauk za naucitti latinski jezik [La grammaire de l’italien], également publié à Rome la même année. Le poème épique sur l’histoire serbe ancienne Сатѵръ или дивій човєкъ [Satyre ou l’homme sauvage], édité à Vienne en 1793, est également à signaler parmi les documents précieux du fonds ancien.

Par ailleurs, certains titres de ces collections témoignent de l’intérêt français pour les Slaves du Sud, comme par exemple : Voyage de Dalmatie, de Grèce et du Levant de George Wheler, 1678, Voyage en Bosnie, dans les années 1807 et 1808 d’Amédée Chaumette-Des-Fossés, Paris, 1816, La Bosnie considérée dans les rapports avec l’Empire Ottoman par Charles Pertusier, Paris, 1822, Bosnie et Herzégovine souvenir de voyage pendant l’insurrection par Charles Yriarte, Paris, 1876.

La composition actuelle du domaine yougoslave et post-yougoslave

Constitué à l’origine principalement de dictionnaires, de méthodes de langue et d’ouvrages de littérature, ce fonds s’est progressivement élargi à d'autres thématiques, telles que l’histoire, la sociologie ou l’histoire de l’art. Les enseignements dans les domaines linguistiques bosniaque, croate, macédonien, monténégrin, serbe et slovène se sont majoritairement orientés vers la linguistique et la sociolinguistique, la grammaire, l’histoire et la civilisation ainsi que la géopolitique. Toutes ces disciplines sont couvertes au sein des collections de la BULAC. Concernant la production littéraire, les romans des auteurs du XIXe siècle à l’instar de Petar Petrović Njegoš (1813-1851), Vuk Stefanović Karadžić (1787-1864), Ivan Mažuranić (1814-1890), Jovan Jovanović Zmaj (1833-1904), Vojislav Ilić (1860-1894), Ivan Tavčar (1851-1923) côtoient les œuvres des figures emblématiques de la littérature yougoslave telles qu’Ivo Andrić (1892-1975, prix Nobel en 1961), Miroslav Krleža (1893-1981), Miloš Crnjanski (1893-1977), Ivan Cankar (1876-1918), Danilo Kiš (1935-1989), Meša Selimović (1910-1982), Kočo Racin (1908-1943)...

Le domaine compte aujourd’hui plus de 20 000 ouvrages et une quarantaine de revues. Il s’est constitué par la réunion des collections de la Bibliothèque inter-universitaire des langues orientales (BIULO) et de la bibliothèque de l’Institut d’études slaves/UMR Eur’Orbem. La cote SHS (créée en 1952) comprend les ouvrages publiés dans les six républiques de l’ex-Yougoslavie, entrées dans les collections avant 2011. Dans la salle de lecture, le domaine post-yougoslave se subdivise en huit entités : 16 Ex-Yougoslavie, 16BA Bosnie-Herzégovine, 16HR Croatie, 16MK Macédoine du Nord, 16ME Monténégro, 16RS Serbie, 16SI Slovénie et 16XK Kosovo. Cet ensemble représente plus de 3 000 ouvrages, pour la plupart en langues originales.

Des titres de revues scientifiques sont également librement accessibles au niveau recherche de la salle de lecture, tels que Most (également disponible en ligne), Prilozi, Balcanica (en ligne), Jezik in slovstvo, etc. Il est aussi possible de consulter les titres suivants : Златна греда, et Mladina. Il est à noter que la BULAC conserve et continue de recevoir les numéros courants de la revue Летопис Матице српске | Letopis Matice srpske, considérée comme la plus ancienne revue littéraire au monde publiée quasiment sans interruption depuis 1824 (à l’exception de la période de la Seconde Guerre mondiale). Un exemplaire original de son premier numéro est également conservé par la bibliothèque.

Certaines publications scientifiques sont également accessibles par le biais des collections en ligne de la BULAC, en accès ouvert ou proposées par la plate-forme Central European Online Library (CEEOL). C’est le cas des revues suivantes : Balcanica, Српска политичка мисао, Театрон, Artum, Časopis za suvremenu povijest, Prilozi, Književni jezik, Fantom slobode, Историјски записи, Филолошки студии, Družboslovne razprave.

Couverture du roman de Miljenko Jergović, Le palais en noyer

Couverture du roman de Miljenko Jergović, Le palais en noyer, 2007.

Page de titre de Letopis Matice srpske

Page de titre du périodique Letopis Matice srpske, 1824.

Les tendances éditoriales et les axes de la recherche

Couverture de After Yugoslavia : the cultural spaces of a vanished land

Couverture de After Yugoslavia : the cultural spaces of a vanished land, 2013.

La guerre en ex-Yougoslavie (1991-2001) a désorganisé le marché du livre. La communication entre les différents pays, dorénavant indépendants, a été rompue pendant un certain temps, chacun revendiquant le patrimoine culturel de l’ancien État fédéral comme sien.

À partir des années 2000, soit dix ans après le début de la guerre, la situation des librairies s’améliore et l’on peut constater l’émergence de nouvelles maisons d’édition. Des aides financières nationales et internationales ont permis de soutenir la diffusion et la circulation des livres entre les différents pays de l’ex-Yougoslavie et ont également contribué à la modernisation des bibliothèques, notamment à travers des programmes de numérisation de leurs collections. Les publications sont alors nettement marquées par l’expérience de la guerre, une certaine volonté « révisionniste » dans l’approche de l’histoire et une perception nationaliste du passé. Cette tendance rend nécessaire l’application de critères rigoureux dans la sélection des ouvrages achetés pour la bibliothèque, afin d’offrir une documentation la plus pertinente, mais aussi la plus objective et impartiale possible. 

À l’étranger, les publications universitaires sur l’ex-Yougoslavie sont désormais plus nombreuses. Elles portent sur son histoire, sa culture et les circonstances qui ont plongé ce pays dans une guerre civile, provoquant sa dissolution.

Dans tous les pays issus de l’ex-Yougoslavie, les maisons d’édition se développent aujourd’hui de manière distincte et autonome. Pourtant, la plupart d’entre elles sont confrontées aux mêmes problèmes : la vente des livres devient de plus en plus difficile, les ouvrages plus spécialisés peinent à dépasser un public restreint, les prix de revient sont peu élevés par rapport aux coûts de production, mais ils restent extrêmement onéreux au regard du pouvoir d’achat de la population. De surcroît, le tracé des nouvelles frontières ralentit la circulation des livres entre pays voisins. S’y ajoutent les effets d’une crise économique durable, causée par la période de transition. Les petits éditeurs sont les plus fragilisés.

Il existe quelques maisons d’édition francophones spécialisées dans ces domaines géolinguistiques : l’Âge d’Homme (pour les traductions d’œuvres littéraires), Xenia, Gaïa, Ollave (pour la traduction de la poésie croate), Prozor, Theatroom (pour la traduction de pièces de théâtres du répertoire dramaturgique croate), l’Espace d’un instant et les Éditions franco-slovènes & Cie (pour les traductions slovènes). 

Dans cette aire géographique, l'édition électronique évolue à des rythmes divers, la Slovénie étant actuellement le pays plus avancé dans ce domaine. La création de plates-formes proposant des livres électroniques exige des investissements considérables et un marché censé assurer des perspectives de rentabilité.

 

Trois ouvrages du domaine (pré-, ex-, post-) yougoslave

Welcome to the desert of post-socialism..., London, 2015 ; La désintégration de la Yougoslavie..., Paris, 2014 et Koka-kola socijalizam..., Beograd, 2012.

 

Consultez également les ressources sélectionnées par le chargé de collections du domaine yougoslave.

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Rencontre avec les maisons d'édition indépendantes L’Ollave, L’Espace d’un instant, Prozor et Les Éditions franco-slovènes

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Sonja Simicevic
Chargée de collections pour les domaines serbe, bosniaque, croate, monténégrin, macédonien et slovène (2005-2022)
sonja.simicevic@bulac.fr