Publié : 26/03/2021, mis à jour: 18/05/2022 à 18:20
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Domaines tchèque et slovaque

Le tchèque et le slovaque font parties des langues slaves occidentales, avec le kachoube, le polonais et le sorabe. Parlés par 15 millions de locuteurs, ils sont également diffusés au sein des communautés diasporiques. Les deux fonds sont aujourd’hui traités de manière séparée, et présentent actuellement plus de 24 000 titres dans le catalogue de la BULAC.

Česká poesie XIX

Česká poesie XIX. věku / Máj, 1897-98.

Présentation générale

Le tchèque et le slovaque

Le tchèque et le slovaque font partie des langues slaves occidentales, avec le kachoube, le polonais et le sorabe. Parlés principalement en République tchèque et en Slovaquie, par environ 15 millions de locuteurs, ils sont aussi véhiculés au sein des communautés diasporiques aux États-Unis, au Canada, en Allemagne ou en Autriche. Des minorités slovaques existent en République tchèque, en Voïvodine (Hongrie), en Ukraine, en Autriche, en Pologne et en Roumanie. La plupart des adultes tchèques et slovaques sont capables de se comprendre sans difficulté car à l'époque de la Tchécoslovaquie (1918-1992), ils ont été en contact permanent avec les deux langues par l'intermédiaire de la radio, de la télévision et de l’école.

Au Moyen-Âge, le tchèque commence à se distinguer du vieux slave. La littérature tchèque écrite connaît un important développement après la découverte de l'imprimerie au XVIe siècle. Entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, le tchèque dans la langue écrite connaît un certain déclin, face à l’allemand des élites et tend à devenir la langue de l'éducation et de la science dans la région de la Bohême. Grâce aux efforts des partisans d’une renaissance nationale, la langue tchèque revient au premier plan aux XVIIIe et XIXe siècles. L'école fait d'importants efforts pour lui redonner le statut de langue littéraire. C'est à cette époque que le tchèque littéraire acquiert sa forme actuelle. La question des langues tchèque et slovaque agite par ailleurs la vie politique de l’Autriche-Hongrie ; elles finissent par devenir langues officielles sous la dénomination « langue tchécoslovaque » de la République tchécoslovaque au lendemain de la Première Guerre mondiale.

La première tentative importante de standardisation du slovaque est due au prêtre catholique Anton Bernolák, qui publie en 1790 l’ouvrage Grammatica slavica. Une nouvelle tentative suivra, en 1846, initiée par L̕udovít Štúr. Il publie Nauka reči slovenskej (« Apprentissage de la langue slovaque ») et Nárečja slovenskuo alebo potreba písaňja v tomto nárečí (« Le dialecte slovaque ou la nécessité d’écrire dans ce dialecte »), dans lesquels il plaide en faveur d’une langue littéraire unissant les Slovaques. Lors de la proclamation de la Première République tchécoslovaque en 1918, les Slovaques sont autonomes pour la première fois depuis un millénaire, mais la constitution de 1920 stipule que la langue officielle est la « langue tchécoslovaque », dont le tchèque et le slovaque ne seraient que des variantes. En 2004, la Slovaquie adhère à l’Union européenne (UE) et le slovaque en devient l’une des langues officielles.

L’enseignement à l’École des langues orientales

L’enseignement du tchèque à l’École des langues orientales remonte au cours libre dispensé de 1916 à 1918 par Edouard Beneš, futur président de la République tchécoslovaque. La chaire de la langue tchèque est officiellement créée en 1921. À cette époque, les collections tchèque et slovaque sont presque absentes de la bibliothèque des langues orientales. Longtemps rapprochés, dans l’esprit français, du monde germanique, ces deux domaines n’étaient pas associés à la mouvance orientaliste du XIXe siècle. Les premiers dons viennent d’Antoine Meillet (1866-1936), en 1912. Il faudra ensuite attendre l’année 1922 et les dons généreux du gouvernement tchécoslovaque pour enrichir cette nouvelle collection. Ils sont relayés par ceux de l’Institut d’études slaves, fondé en 1920 avec le soutien actif de la jeune République, pour que ce fonds se développe. La cote « TCH » est créée en 1950 ; elle abrite également les ouvrages du domaine slovaque.

Composition et enrichissement de la collection

Parmi les documents les plus anciens de ce fonds, on peut citer le dictionnaire Slownjk česko-německý de Josef Jungmann, publié à Prague, 1835-1839, Institutiones linguae slavicae dialecti veteris : quae quum apud Russos, Serbos aliosque ritus graeci tum apud Dalmatias Glagolitas ritus latini Slavos in libris sacris obtinet de Joseph Dobrowsky publié à Vienne en 1822, et l’ouvrage d’Hippolyte Desprez, Les peuples de l’Autriche et de la Turquie (Paris, 1850).

À partir des années 1950, les acquisitions se multiplient et viennent enrichir ces deux domaines, à côté des dons conséquents de l’ambassade tchécoslovaque, de la Bibliothèque nationale de Prague, de l’Unesco et de l’Institut d’Études slaves. Les collections de la BULAC retracent l’histoire de la littérature tchécoslovaque entre le XIXe et le XXe siècle. Les œuvres des auteurs majeurs de cette période y figurent telles que celles de Franz Kafka et de Milan Kundera ainsi que les romans de Karel Čapek tels que Válka s Mloky (La Guerre des salamandres), les nouvelles Povídky malostranské (« Contes de Mala Strana ») de Jan Neruda, l’univers satirique de Jaroslav Hašek avec Osudy Dobrého vojáka Švejka za první světové války (« Les Aventures du brave soldat Švejk pendant la Grande Guerre ») ou les pièces de théâtre de Vaclav Havel. Ce fonds comprend également une part importante des écrits de Tomáš Garrigue Masaryk, personnalité politique fondamentale pour l’histoire de l’État tchécoslovaque.

Détail de l’ouvrage Povídky : výbor

Détail de l’ouvrage Povídky : výbor / Karolína Světlá ; uspořádala a studií a poznámkami doplnila Věra Lišková (page 9).

Détail de l’ouvrage Povídky : výbor

Détail de l’ouvrage Povídky : výbor / Karolína Světlá ; uspořádala a studií a poznámkami doplnila Věra Lišková (page 351).

Traités historiquement au sein d’un seul ensemble, les fonds tchèque et slovaque sont distingués depuis la séparation des deux pays en 1992. En 2003, les deux domaines totalisaient 10 000 ouvrages, quinze ans plus tard, leur nombre dépasse les 24 000 titres (dont 1 500 pour le domaine slovaque). Dans cet ensemble, 80 % des documents sont publiés en langues vernaculaires, 20 % en langues occidentales, dont 18 % en français. Parmi les thématiques les plus représentées, la littérature se distingue (58 % des ouvrages), avec la linguistique, les sciences sociales et l’histoire.

Pour le domaine tchèque, il y a environ 1 000 ouvrages en libre accès au niveau étude (RDC) et 2 000 au niveau recherche (RDJ) sous la cote 13CZ ; pour le domaine slovaque, 200 au niveau étude (RDC) et 400 au niveau recherche (RDJ) sous la cote 13SK. Ce décalage reflète l’importance de l’ activité éditoriale en République tchèque, même si le domaine éditorial slovaque est également en pleine expansion. La publication d’ouvrages sur l’histoire sociale et politique récente des deux pays, comme Sametová revoluce, à l’occasion de l’anniversaire des événements de 1989, fait ressurgir des sujets qui ont façonné les sociétés tchèques et slovaques contemporaines. Parmi les sujets de prédilection de l’édition actuelle dans les deux pays, on peut évoquer les biographies de personnalités politiques, y compris sous forme de bandes dessinées, comme celle consacrée à la vie de Jan Masaryk Češi 1918, Jak Masaryk vymyslel Československo (« Les Tchèques, comment Jan Masaryk imaginait la Tchécoslovaquie »), la réflexion sur le développement de la société démocratique, ou encore les études ethnographiques telles que Čo je to sviatok v 21. storočí na Slovensku? (« Quelle est la Slovaquie au 21e siècle ? »)Lidová kultura : národopisná encyklopedie Čech, Moravy a Slezska (« Culture populaire : encyclopédie ethnographique de la Tchèquie, Moravie et de la Silésie ») (13CZ 307 LID 1-3), sur le théâtre.

La présence et l’histoire de la communauté Rom, au sein de ces deux pays de l’Europe centrale, est aussi abordée dans les publications récentes. Celles-ci s’intéressent également à la communauté juive, composante historique aussi bien de la société slovaque, Slovenské pohľady na Židov, alebo Židia v Slovenských pohľadoch, que de la société tchèque. Le sujet de la Shoah est aussi abordé dans le cadre d’ouvrages tels que Tobě zahynouti nedám... : česká časopisecká šoa povídka 1945-1989

Dans la salle de lecture aux côtés des livres sont proposés des titres de presse et des revues académiques telles que Respekt ou Literární noviny, dans le kiosque au niveau étude (RDC), et Česká literatura ou Český časopis historický au niveau recherche (RDJ).

 

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Monika Merlin
Chargée de collections pour les domaines polonais, tchèque, slovaque et sorabe
monika.merlin@bulac.fr