Le paysage éditorial

Depuis les années 1990, l'industrie du livre a connu un développement inédit au Moyen-Orient. L'essor sans précédent qui en a découlé a rendu plus largement accessible à la population des produits culturels traditionnellement réservés à la classe intellectuelle. Mais l'instabilité récurrente liée au contexte géopolitique de la région constitue un ensemble d'obstacles au bon développement économique de ce secteur, cette région se caractérisant par des tensions et des bouleversements incessants depuis plusieurs décennies. La liste (non exhaustive) ci-dessous parle d’elle-même :

Guerre civile  libanaise de 1975 à 1990 ; révolution islamique d’Iran en 1979 ; coup d’État militaire en Turquie en 1980 ; guerre Iran-Irak de 1980 à 1988 ; guerre du Golfe en 1990-1991 ; chute des cours du pétrole, embargos internationaux contre l’Irak, l’Iran et la Lybie en 1986 ; indépendance des républiques musulmanes (pays d'Asie centrale) de l’ex-URSS à partir de 1991 ; crise algérienne aggravée et prise du pouvoir du Front islamique au Soudan et guerre civile en Afghanistan à partir de1992, guerre d’Afghanistan en 2001, invasion d’Irak et crise au Kurdistan  en 2003 [1].

L'activité éditorial au Moyen-Orient se caractérise par une forte ingérence des pouvoirs publics. L’État est l’éditeur le plus important dans la plupart des pays de cette région et le livre demeure une des cibles privilégiées de la censure étatique. Un contrôle étroit est en effet exercé sur l'ensemble des acteurs de la chaîne du livre qu’ils soient écrivains, éditeurs ou libraires.

Quelques caractéristiques de l’édition

celles-ci s’appliquent, à quelques exceptions près, à tous les pays de la région

Des éditions religieuses islamiques foisonnantes ; une profusion d’éditions pirates ; une faiblesse des tirages qui dépassent rarement les 2 000 exemplaires ; des activités universitaires soumises à de fortes pressions ; une censure étatique active qui entraîne un phénomène d’autocensure chez les éditeurs ; des tirages qui pour les éditions du secteur privé dépassent rarement les 500 à 1 000 exemplaires ; une production qui reste réservée à un public choisi ; une pénurie de papier récurrente ; le coût élevé de l’impression ; un tissu éditorial peu homogène ; des réseaux de distribution du livre peu structurés et souvent défaillants en dehors des grandes villes ; le rôle important joué localement par les foires et salons du livre (le Salon du livre de Beyrouth, la Foire du livre du Caire… ) pour dynamiser le secteur ; la faiblesse du pouvoir d’achat et le faible lectorat qui en découle.

Un secteur d'activité sous contrôle

des critères souvent communs à l’ensemble des pays de la région

- le contrôle des contenus se fait généralement via la délivrance d’un permis d’imprimer et d’un permis de distribution ;

- une autorisation préalable de l’État est nécessaire pour publier et vendre des livres ;

- en règle générale le livre ne doit pas aborder des sujets concernant la sexualité, la religion, « dénigrer l’État », « porter atteinte à l’honneur des forces militaires » (Turquie), « faire de la propagande visant à rompre l’unité nationale », « perturber la sécurité nationale », « contredire les enseignements islamiques », « aller à l’encontre des valeurs éthiques de la communauté », ni « encourager le communautarisme ethnique » (Iran).

Ladan Taheri, chef du service Moyen-Orient, Maghreb, Asie centrale


[1] The Modern Middle-East : a reader, Albert Hourani, Philip S. Khoury and Mary C. Wilson, éditions The University of California Press, Berkeley and Los Angeles,1993.

 
 


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