La diffusion des savoirs dans le Japon des Tokugawa
À l’époque des Tokugawa (1600-1868), le Japon voit éclore de nombreuses traditions savantes, s’appuyant sur des publications largement diffusées. Ces livres s’inspirent des apports chinois, mais, au fil du temps, des préférences japonaises se dessinent sous l’effet de l’émulation entre écoles, du goût de l’observation et des besoins économiques. Le souci de faciliter la lecture et le soin apporté aux illustrations sont des traits dominants de cette production.
島田充房, 小野蘭山著, 花彙 | Shimada Mitsufusa et Ono Ranzan, Ka'i [Album de fleurs]. [Kyōto], Ōji Giemon, Meiwa 2 [1765]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.33(5).
Commissariat
Anaïs Delmotte, chargée de la conversion rétrospective pour le domaine japonais (BULAC) et Annick Horiuchi, professeur des universités, historienne des sciences du Japon prémoderne (Université Paris Cité).
蔀關月, 日本山海名産図会 | Shitomi Kangetsu, Nihon sankai meisan zue [Guide illustré des produits renommés des monts et mers du Japon]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.114(1).
宮崎安貞編録, 農業全書 | Miyazaki Yasusada, Nōgyō zensho [Traité complet d’agriculture]. Ōsaka, Kawachiya Shinshichi han, Genroku 9 [1696]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.1256(1).
L’époque des shogun Tokugawa (1600-1868), ou époque d’Edo, ville où les Tokugawa établissent leurs quartiers, est marquée par une rapide diffusion des savoirs dans la société. Celle-ci est soutenue par le développement de l’édition commerciale et des techniques xylographiques. L’activité d’impression se concentre d’abord dans la région centrale de Kyoto et d’Osaka au XVIIe siècle, puis s’étend progressivement à Edo et aux autres villes de province. Des savoirs techniques, jusqu’alors réservés à l’aristocratie de cour et aux moines bouddhistes, vont ainsi être partagés par des lecteurs d’origines sociales diverses : guerriers, marchands ou encore paysans.
Les libraires s’attachent d’abord à importer et à rééditer des classiques chinois de la littérature confucéenne ou bouddhique. Ils se tournent ensuite vers les traités chinois – plus rarement coréens – de médecine, de materia medica (j. honzō, c. bencao), de mathématiques, d’astronomie calendaire, de techniques agricoles, ou encore vers les encyclopédies à usage domestique, qui connaissent un grand succès en Chine sous les Ming (1368-1644).
貝原益軒, 大和本草 [Materia medica du Japon] | Kaibara Ekiken, Yamato honzō. Kyōto [1709]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.39(2).
石田鼎貫, 小兒養育金礎 : 藥王圓能書 [Principes d’or pour la santé des enfants] | Ishida Teikan, Shōni yōiku kogane no ishizue : yaku ōen nōgaki (réédition 1865). Kōto [Kyōto], Ishida Tanbanosuke, Keiō 1 [1865]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.118.
Pour les ouvrages écrits en chinois ou dans une langue savante proche du chinois, les éditeurs de l’archipel font un travail patient consistant à doter les textes de signes diacritiques et de lectures en kana (syllabaire japonais) pour en faciliter l’accès. Enfin, les commentaires en langue vernaculaire des traités continentaux se multiplient, avant de laisser place à des traités écrits en japonais par des savants désormais mûrs pour explorer de nouveaux horizons. Les savants japonais brillent particulièrement par leur inventivité dans le domaine des mathématiques, domaine qui évolue dans le sens d’une plus grande abstraction, mais aussi selon une esthétique qui lui appartient en propre. En médecine, tous les efforts tendent à rapprocher la pratique d’une connaissance empirique du corps humain. Enfin, l’environnement naturel est une source insatiable de curiosité, curiosité tournée aussi bien vers les produits les plus proches que les plus lointains.
Devant l’intérêt grandissant du monde lettré pour ces ouvrages techniques, le bakufu lève en 1720 l’interdiction qui pesait jusqu’alors sur les ouvrages jésuites à contenu scientifique. Les savants découvrent alors les techniques d’astronomie et de mathématiques d’origine occidentale utilisées en Chine pour produire le calendrier. À cette ouverture, viendra s’ajouter, à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, la découverte des traités scientifiques en langue hollandaise. C’est en déchiffrant tant bien que mal ces traités que les lettrés japonais découvriront des champs de savoir dont ils ignoraient jusqu’à l’existence comme la physique ou la chimie.
Commentaire japonais du Tenkei wakumon (1675), ouvrage chinois d’astronomie contenant des éléments d’astronomie occidentale. 入江東阿, 天經或問註解 | Irie Tōa, Tenkei wakumon chūkai [Commentaire du Tenkei wakumon]. Edo, Sūzanbō Kobayashi Shinbē, Kanen 3 [1750]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.41(2).
千葉 胤秀, 千葉 胤秀, 算法新書 | Chiba Tanehide, Hasegawa Hiroshi (sous la supervision de), Sanpō shinsho [Nouveau livre de mathématiques], (rééd. 1873) de l'école Hasegawa. Tōkyō, Nishimiya Yahē [etc.], Meiji 6 [1873]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.374.
Mathématiques et astronomie calendaire
Les mathématiques et l’astronomie connaissent un véritable engouement au Japon à partir du XVIIe siècle. Si la tradition de mathématiques (wasan) emprunte un parcours original, issu des mathématiques chinoises, l’astronomie pour sa part connaît une révolution au contact des connaissances d’origine européenne.
Exposition La diffusion des savoirs dans le Japon des Tokugawa - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Exposition La diffusion des savoirs dans le Japon des Tokugawa - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
天經或問
Dialogue sur les cieux
游子六先生輯 ; 西川先生訓點, 天經或問 [Dialogue sur les cieux] | Yuyi (j. Yūgei), Nishikawa Seikyū (pour l’édition japonaise), Tenkei wakumon. Edo [1730]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.285 (bis).
Édition japonaise du Tianjing huowen [Dialogue sur les cieux], cet ouvrage chinois d’astronomie de Yuyi, daté de 1675, a joué un rôle important au Japon dans la transmission de connaissances d’astronomie occidentale. Il a notamment marqué les esprits par ses explications qualitatives des phénomènes célestes (éclipses, phases de la lune, etc.) et par ses représentations imagées des astres. Bien que d’inspiration jésuite et tombant sous le coup de la censure, le livre a circulé parmi les spécialistes d’astronomie bien avant la levée de l’interdiction de 1720. Il a joué un rôle déterminant dans la conception de la première réforme calendaire du Japon promulguée en 1685. L’édition exposée ici date de 1730. Elle est munie de signes diacritiques facilitant la lecture japonaise. L’édition comporte également un commentaire de Nishikawa Seikyū, auteur de cette édition. D’autres commentaires verront le jour tout au long du XVIIIe siècle.
天經或問註解
Commentaire du Tenkei wakumon
入江東阿, 天經或問註解 [Commentaire du Tenkei wakumon]. Irie Shūkei, Tenkei wakumon chūkai. Edo [1750]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.41(2).
Ce document est un commentaire du Tenkei wakumon (1675), un ouvrage d’astronomie chinois de Yu Yi, qui a connu au Japon un très grand succès en raison des éléments d’astronomie occidentale qu’il contenait. Le commentaire présenté ici est signé Irie Shūkei (1699-1773), un mathématicien de talent, à la tête d’une école à Edo avant de rejoindre le service du seigneur de Kurume, Arima Yoriyuki (1714-1783), lui-même grand spécialiste de mathématiques. Irie n’a pas laissé beaucoup d’ouvrages imprimés, le présent commentaire faisant exception. Il se distinguait par ses explications détaillées des termes et des figures, corrigeant au besoin les erreurs de l’œuvre originale. On peut voir sur la page ouverte un système de pièces découpées, mobiles, utilisé par notre auteur pour faciliter la compréhension des phénomènes d’éclipse lunaire.
算法新書
Nouveau livre de mathématiques
總理長谷川善左衛門寬 ; 編者千葉雄七胤秀, 算法新書 [Nouveau livre de mathématiques]. Chiba Tanehide, Hasegawa Hiroshi (sous la supervision de), Sanpō shinsho, Tōkyō [1873]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.374.
Cette réédition d’un traité de mathématiques, composé en 1830, est datée de 1873. L’ouvrage, qui se présente sous la forme d’un volume compact de plus de deux cents pages, offre un large panorama des méthodes mathématiques enseignées dans l’école Hasegawa (Hasegawa ryū) à Edo. Le fondateur, Hasegawa Hiroshi, est issu de l’école de Seki, célèbre mathématicien, connu pour avoir révolutionné la pratique de cette discipline en y introduisant un niveau de généralité et d’abstraction sans précédent. L’école Hasegawa se distingue par la qualité pédagogique de ses manuels, par son choix de diffuser largement les connaissances sans les réserver aux seuls élèves de l’école, et par une politique active de recrutement des élèves dans les provinces éloignées. Les pages exposées donnent à voir des problèmes d’inscription de formes géométriques, particulièrement affectionnés par les mathématiciens japonais.
和漢三才図会
Encyclopédie sino-japonaise des trois règnes
寺島良安, 和漢三才図会 [Encyclopédie sino-japonaise des trois règnes] | Terajima Ryōan, Wakan sansai zue. Osaka [1713-1715]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF. 315(5).
Cette encyclopédie illustrée en 105 fascicules, (Wakan sansai zue), a été publiée vers 1717 par Terajima Ryōan, médecin de renom d’Osaka. L’ouvrage est conçu sur le modèle de l’encyclopédie chinoise Sancai tuhui [Encyclopédie illustrée des trois règnes], 1607. Puisant aussi bien dans les œuvres anciennes que contemporaines, il propose une synthèse des connaissances portant sur la Chine et le Japon. Les fascicules 1 à 6 (règne du ciel) sont dédiés à l’astronomie, au calendrier, à la divination et à la météorologie. Les fascicules 7 à 54 (règne de l’homme) couvrent le vaste champ du genre humain, des instruments, outils, armements, ustensiles, accessoires, habits, coiffures, chaussures, véhicules ou encore du genre animal : oiseaux, quadrupèdes, coquillages, poissons, insectes, etc. Les fascicules 55 à 104 présentent la géographie des provinces de Chine et du Japon et offrent un inventaire des espèces végétales. Cette encyclopédie, qui demeure unique dans son genre, constitue un outil de référence pour nombre de savants de l’époque.
寺島良安, 和漢三才図会 [Encyclopédie sino-japonaise des trois règnes] | Terajima Ryōan, Wakan sansai zue. Osaka [1713-1715]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF. 315(5).
寺島良安, 和漢三才図会 [Encyclopédie sino-japonaise des trois règnes] | Terajima Ryōan, Wakan sansai zue. Osaka [1713-1715]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF. 315(5).
寺島良安, 和漢三才図会 [Encyclopédie sino-japonaise des trois règnes] | Terajima Ryōan, Wakan sansai zue. Osaka [1713-1715]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF. 315(5).
Médecine et pharmacopée
La médecine et la pharmacopée jouent un rôle pilote dans les sciences à l’époque d’Edo. Sans rompre complètement avec la tradition héritée de la Chine, ces deux champs de savoir entament une lente transformation qui l’en éloignent. On peut relier le phénomène à une plus large place accordée à l’observation et à la découverte de traités européens d’anatomie et d’histoire naturelle.
Exposition La diffusion des savoirs dans le Japon des Tokugawa - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
廣惠濟急方
Premiers remèdes pour le bénéfice de tous
多紀元徳撰, 多紀元簡校, 廣惠濟急方 [Premiers remèdes pour le bénéfice de tous] | Taki Motonori, Taki Motohiro (révision), Kōkei saikyūhō. [Lieu d’édition inconnu] [1789-1790]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.290(1).
Cet ouvrage (Kōkei saikyūhō), en trois fascicules, achevé en 1786 et imprimé en 1791, se compose de remèdes pour 86 maladies ou accidents. Né au sein d’une famille de médecins, Taki Motonori (1732-1801) est le fils de Taki Mototaka, fondateur de l’école de médecine privée Seijukan (躋寿館) ouverte en 1765. En 1791, cette école est reconnue par le Bakufu et devient un établissement public. Elle prend alors le nom d’Igakukan (医学館). Taki Motonori devenu médecin officiel auprès du shōgun Ienari se voit confier la commande de cet ouvrage. Le shōgun, conscient de la difficulté pour de nombreux habitants d’être soignés par un médecin, souhaitait un manuel de premiers secours à diffuser au plus grand nombre, dans lequel seraient examinés différents maux provoqués par des maladies et des accidents divers (noyade, fracture…) et leurs traitements. Les différents remèdes proposés se composent d’ingrédients facilement accessibles et avant tout de plantes, même si cet ouvrage traite également des poissons, mammifères et insectes. La famille Taki pratiquant la médecine Kanpō, médecine sino-japonaise, les remèdes se composent également de moxibustion et d’acupuncture. La place privilégiée de cette famille et la diffusion de ce livre ont permis à ce courant médical d’être dominant dans l’archipel jusqu’au milieu du XIXe siècle, avant que la médecine influencée par l’Occident ne prenne les devants.
多紀元徳撰, 多紀元簡校, 廣惠濟急方 [Premiers remèdes pour le bénéfice de tous] | Taki Motonori, Taki Motohiro (révision), Kōkei saikyūhō. [Lieu d’édition inconnu] [1789-1790]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.290(1).
多紀元徳撰, 多紀元簡校, 廣惠濟急方 [Premiers remèdes pour le bénéfice de tous] | Taki Motonori, Taki Motohiro (révision), Kōkei saikyūhō. [Lieu d’édition inconnu] [1789-1790]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.290(1).
多紀元徳撰, 多紀元簡校, 廣惠濟急方 [Premiers remèdes pour le bénéfice de tous] | Taki Motonori, Taki Motohiro (révision), Kōkei saikyūhō. [Lieu d’édition inconnu] [1789-1790]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.290(1).
多紀元徳撰, 多紀元簡校, 廣惠濟急方 [Premiers remèdes pour le bénéfice de tous] | Taki Motonori, Taki Motohiro (révision), Kōkei saikyūhō. [Lieu d’édition inconnu] [1789-1790]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.290(1).
多紀元徳撰, 多紀元簡校, 廣惠濟急方 | Taki Motonori sen, Taki Motohiro kō, Kōkei saikyūhō [Premiers remèdes pour le bénéfice de tous]. Seijukan, Kansei 1-2 [1789-1790]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.290(3).
小兒養育金礎
Principes d’or pour la santé des enfants
石田鼎貫, 小兒養育金礎 [Principes d’or pour la santé des enfants] | Ishida Teikan, Shōni yōiku kogane no ishizue : yaku ōen nōgaki. Kyōto [1865]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.118.
Ce manuel, présentant les diverses maladies infantiles et leurs traitements, a été écrit par Ishida Teikan, dont on peut voir le portrait à l’âge de 93 ans sur la page de droite. Une première édition fut publiée en 1813, mais l’ouvrage connut un succès certain et fut réédité plusieurs fois entre 1851 et 1874. Rédigé en langue vernaculaire et comportant des furigana (aide à la lecture des kanji), il avait été conçu pour toucher un public large, ce qui dut également participer à son succès. Édité par un pharmacien de Kyōto, ce manuel propose des remèdes qui y étaient vendus. Sur l’illustration de la page gauche sont présentés divers vers et parasites pouvant toucher les cinq organes de stockage selon la médecine chinoise (cœur, foie, rein, rate et poumon). Toujours selon les principes de cette dernière, neuf vers étaient responsables de maladies humaines. Cette notion une fois entrée au Japon fut reprise et développée, le nombre de vers augmentant. Si en médecine chinoise cette théorie repose sur l’observation de parasites, Ishida Teikan, dont nous ne connaissons que peu de choses si ce n’est qu’il n’était pas médecin, semble avoir représenté des parasites et vers fictionnels dans son manuel.
石田鼎貫, 小兒養育金礎 [Principes d’or pour la santé des enfants] | Ishida Teikan, Shōni yōiku kogane no ishizue : yaku ōen nōgaki. Kyōto [1865]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.118.
石田鼎貫, 小兒養育金礎 [Principes d’or pour la santé des enfants] | Ishida Teikan, Shōni yōiku kogane no ishizue : yaku ōen nōgaki. Kyōto [1865]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.118.
大和本草
Materia medica du Japon
貝原益軒, 大和本草 [Materia medica du Japon] | Kaibara Ekiken, Yamato honzō. Kyōto [1709]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.39(2).
Ce traité de materia medica (j. honzō) en 20 fascicules est une œuvre majeure du lettré confucéen Kaibara Ekiken, imprimée en 1709. Kaibara le présente comme une version abrégée, adaptée au public japonais, du célèbre traité chinois Bencao gangmu [Classement raisonné de la materia medica], publié en 1596. Avec ses quelques 1800 entrées illustrées et ses citations tirées de plus de 900 titres, cet ouvrage encyclopédique chinois réunissait une somme de connaissances inégalée sur les substances naturelles utiles à l’homme. En réalité, le Yamato honzō [Materia medica du Japon] va plus loin que le projet annoncé, puisqu’il entreprend de consolider les fondations de cet ouvrage, en corrigeant d’une part des confusions héritées du passé et en prenant en compte, d’autre part, les particularités de l’environnement japonais. La grande majorité des 1362 entrées du Yamato honzō sont consacrées aux végétaux (9 fasc.), les animaux (4 fasc.) et minéraux (1 fasc.) occupant une part plus modeste. Le livre est rédigé en langue vernaculaire, ce qui contribue grandement à rapprocher ce savoir du public japonais. Les illustrations regroupées dans des volumes séparés sont moins nombreuses que dans le Bencao gangmu, mais plus détaillées.
貝原益軒, 大和本草 [Materia medica du Japon] | Kaibara Ekiken, Yamato honzō. Kyōto [1709]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.39(2).
Techniques de production
Même si la transmission directe entre professionnels est demeurée la règle, l’époque d’Edo a néanmoins vu la diffusion d’ouvrages imprimés divulguant des savoir-faire spécifiques à certains métiers. Cela concerne notamment des domaines de production où les méthodes utilisées présentaient une certaine disparité selon les régions, comme l’agriculture, l’élevage des vers à soie, ou la fabrication du thé.
Exposition La diffusion des savoirs dans le Japon des Tokugawa - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
Exposition La diffusion des savoirs dans le Japon des Tokugawa - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
養蚕秘録
Les arcanes de la sériciculture
上垣守國作, 養蚕秘録 [Les arcanes de la sériciculture] | Uegaki Morikuni, Yōsan hiroku. Edo [etc.] [1803]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.105(2).
La sériciculture ou élevage du ver à soie se développa réellement au Japon à partir du XVIIIe siècle, avec les encouragements du Shogunat, lorsque les importations en soieries furent restreintes suite à la décision du gouvernement de porter un coup d’arrêt aux importations très coûteuses de la soie grège chinoise. De nombreux ouvrages traitant de la pratique de la sériciculture furent alors publiés entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Contrairement à d’autres disciplines dont les secrets étaient bien gardés et dont les manuels ne circulaient que peu, les ouvrages sur la sériciculture étaient destinés au plus grand nombre, afin de pallier aux besoins importants en soie de l’archipel. Cet ouvrage en trois volumes richement illustrés par Nishimura Chūwa et Hayami Shungyōsai fut publié en 1803. Son auteur, Uegaki Morikuni (1753-1808) était lui-même un sériciculteur qui s’attacha à étudier les techniques et les vers dans les différentes régions du Japon. Ainsi, ici il s’attacha à décrire tous les aspects de la sériciculture dans une approche encyclopédique : les différentes espèces de vers à soie et leur élevage, les différents mûriers et leur entretien, ainsi que la filature pour transformer le cocon en soie. Mais loin d’être uniquement un livre consacré aux méthodes, il aborde également l’histoire de la sériciculture au Japon, ainsi que les célébrations l’entourant, et son aspect religieux. Moins de cinquante ans après sa publication, ce manuel fut traduit en français en 1848 sous le titre L’art d’élever les vers à soie. L’ouvrage japonais fut ramené en Occident par Philipp Franz von Siebold, et sa traduction permit de faire découvrir la sériciculture japonaise en Europe.
上垣守國作, 養蚕秘録 [Les arcanes de la sériciculture] | Uegaki Morikuni, Yōsan hiroku. Edo [etc.] [1803]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.105(2).
日本山海名産図会
Guide illustré des produits renommés des monts et mers du Japon
蔀關月, 日本山海名産図会 | Shitomi Kangetsu, Nihon sankai meisan zue [Guide illustré des produits renommés des monts et mers du Japon]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.114(1).
Ouvrage en cinq fascicules, imprimé en 1799, il a été réédité à de nombreuses reprises jusqu’à la fin du XIXe siècle. Son succès réside avant tout dans le nombre (plus de 70) et la qualité des planches représentant les scènes de production (fabrication de saké, de céramiques, de chaux, de miel, pêche, etc.). L’auteur des planches, Shitomi Kangetsu, est un artiste renommé d’Osaka, qui brille ici par son talent à restituer l’ambiance du lieu de production et les gestes des ouvriers. Le texte procure nombre d’informations techniques recueillies sur place ou par le biais de témoins. Il puise aussi dans une variété de titres, allant des anthologies de poésie ou des annales historiques du Japon, aux traités chinois emblématiques du renouveau des savoirs à l’époque Ming, tels que le Bencao gangmu [Classement raisonné de la materia medica], 1596 ou le Tiangong kaiwu [Œuvres du Ciel et exploitation des choses], c.1637. L’ouvrage se rattache au genre des « collections illustrées de lieux célèbres » (meisho zue) qui connaît une grande vogue à cette époque.
蔀關月, 日本山海名産図会 | Shitomi Kangetsu, Nihon sankai meisan zue [Guide illustré des produits renommés des monts et mers du Japon]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.114(1).
農業全書
Traité complet d’agriculture
宮崎安貞編録, 農業全書 | Miyazaki Yasusada, Nōgyō zensho [Traité complet d’agriculture]. Ōsaka, Kawachiya Shinshichi han, Genroku 9 [1696]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.1256(1).
Ce traité d’agriculture de Miyazaki Yasusada, en onze fascicules, a été publié en 1697. Premier spécimen imprimé d’un genre peu répandu au Japon, il présente pour la première fois l’activité agricole comme un savoir structuré et noble, digne de l’attention des dirigeants et des lettrés confucéens. L’ouvrage écrit en japonais connaîtra un grand succès et contribuera, à travers ses nombreuses rééditions, à diffuser un nouveau savoir-faire dans le monde rural. Quatre éléments contribuent à son succès :
- son érudition qui s’inspire du modèle chinois du Nongzheng quanshu [Traité complet d’administration agricole], 1639 ;
- les quarante ans d’expérience de l’auteur dans le travail de la terre ;
- l’observation des techniques agricoles des régions centrales du Japon ;
- le japonais très accessible dans lequel le livre est écrit.
Les dessins placés en début d’ouvrage, comme le discours de Miyazaki, s’attachent à présenter l’activité agricole comme une source d’enrichissement pour les paysans, dès lors que le travail est accompli consciencieusement.
宮崎安貞編録, 農業全書 | Miyazaki Yasusada, Nōgyō zensho [Traité complet d’agriculture]. Ōsaka, Kawachiya Shinshichi han, Genroku 9 [1696]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.1256(1).
Histoire naturelle, zoologie
La science de la materia medica (honzō en japonais) était un savoir au départ très tourné vers les usages pharmacologiques des produits de la nature. Avec le temps, l’intérêt des savants s’est porté vers les produits naturels en général, et plus particulièrement vers les plantes et les animaux.
Exposition La diffusion des savoirs dans le Japon des Tokugawa - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
桃洞遺筆
Notes posthumes de Tōdō
小原桃洞先生遺編, 小原蘭峡先生輯録, 桃洞遺筆 [Notes posthumes de Tōdō] | Ohara Tōdō, Ohara Rankyō (éditeur), Tōdō ihitsu. Wakayama [1833]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.285(3).
Le Tōdō ihitsu [Notes posthumes de Tōdō] qui rassemble une partie des notes d’Ohara Tōdō dans le domaine du honzō (materia medica) a été publié à Wakayama par son petit-fils, Ohara Rankyō, à titre posthume. La science du honzō, héritée de la Chine, s’est beaucoup étoffée à l’époque d’Edo en s’enrichissant de la lecture critique des textes anciens et d’une observation assidue de l’environnement naturel. Samouraï au service du fief de Kii (actuel département de Wakayama), Ohara Tōdō a étudié auprès d’un spécialiste renommé de l’époque, Ono Ranzan (1729-1810), entré sur le tard au service du bakufu. Ohara a accompagné son maître dans son voyage d’observation du fief de Kii, et plus particulièrement de la région de Kumano, connue pour sa flore et sa faune. Le Tōdō ihitsu a été publié en deux temps. Le document exposé correspond à la première série, composée de trois fascicules (kan). Les notes qui se succèdent sans ordre apparent procurent des précisions sur la morphologie et les dénominations de produits peu répandus, en s’appuyant sur une riche érudition et des témoignages rares. Les illustrations visibles ici sont des représentations du champignon chenille, appelé tōchū kasō (« herbe l’été, larve l’hiver »). Ce champignon est un parasite qui prend possession d’un hôte vivant pour se développer. Le champignon arrivé à maturité sort ici du corps de la chenille.
小原桃洞先生遺編, 小原蘭峡先生輯録, 桃洞遺筆 [Notes posthumes de Tōdō] | Ohara Tōdō, Ohara Rankyō (éditeur), Tōdō ihitsu. Wakayama [1833]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.285(3).
鯨志
Description des baleines
楫取屋次右衛門, 鯨志 [Description des baleines] | Kandooriya Jiemon, Geishi. [Ōsaka], Taikandō, Kansei 6 [1794]. Collections de la BULAC, JAPAF.36.
Publiée en 1760 dans sa première édition, la Description des baleines (Geishi) est la plus ancienne monographie japonaise imprimée traitant des baleines. La version exposée est une réédition datée de 1794. Son auteur, Kandoriya Jiemon, également connu sous le nom de Yamase Harumasa, était originaire de la province de Kii (actuel département de Wakayama). Il aurait étudié la science de la materia medica (honzō) auprès du grand érudit de Kyoto Inō Jakusui (1655-1715). Afin de rédiger son ouvrage, il aurait fait de nombreuses observations de baleines dans la province de Kii, qui s’étendait au niveau de l’actuel département de Wakayama. Il aurait également assisté à des chasses et recueilli les témoignages de pêcheurs. Mais selon d’autres sources, ces dessins seraient des copies d’un ouvrage datant du début du XVIIIe siècle. Ainsi, son ouvrage recense quatorze espèces de baleines, soigneusement illustrées, dont le rorqual commun, la baleine à bosse et le grand cachalot. L’illustration présentée ici serait celle d’une baleine franche du Pacifique Nord également connue sous le nom de Eubalaena japonica. La chasse à la baleine est une pratique très ancienne dans l’archipel et il en est fait mention dès le VIIIe siècle dans le Kojiki. Le département de Wakayama fait partie des régions où cette pratique était très répandue.
Baleine (kujira). 楫取屋次右衛門, 鯨志 | Kandooriya Jiemon, Geishi. [Ōsaka], Taikandō, Kansei 6 [1794]. Collections de la BULAC, JAPAF.36.
Circulation des savoirs entre Orient et Occident
Depuis le XVIIe siècle, le domaine des plantes a toujours suscité la curiosité des savants occidentaux ayant résidé au Japon. Leurs homologues japonais ont, de leur côté, cherché à intégrer dans leur répertoire des plantes d’origine occidentale qu’ils découvraient directement ou à travers les traités de materia medica occidentaux. Au XIXe siècle, les échanges entre Orient et Occident se multiplient, et c’est à travers la traduction des œuvres que les savoirs tendent à se diffuser. Cet intérêt européen pour les savoirs japonais est également à l’origine de la constitution de riches fonds de bibliothèques.
Exposition La diffusion des savoirs dans le Japon des Tokugawa - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).
花彙
Album de fleurs
島田充房, 小野蘭山著, 花彙 | Shimada Mitsufusa et Ono Ranzan, Ka'i [Album de fleurs]. [Kyōto], Ōji Giemon, Meiwa 2 [1765]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.33(5).
Cet ouvrage, composé au total de huit fascicules, a été publié en deux temps : 2 fascicules en 1759, puis 6 fascicules en 1763, l’ensemble ayant été réédité en 1765. C’est le fruit de la collaboration entre Shimada Mitsufusa, marchand à la retraite de Kyoto, et Ono Ranzan, maître incontesté dans la science de la materia medica (honzō). Dans sa préface, Shimada explique que, trouvant insatisfaisantes les illustrations des anciens livres japonais et chinois consacrés aux plantes, il souhaitait offrir un ouvrage permettant une identification aisée des espèces. Pour chaque fleur, on trouve au recto une illustration d’après nature et au verso une courte note avec le nom chinois, le nom japonais, sa morphologie et ses principales caractéristiques. Les illustrations d’une grande précision démontrent les techniques de représentation acquises par les spécialistes japonais de cette époque. Ludovic Savatier, médecin de la Marine et amateur de botanique, en poste au chantier de construction du chantier naval de Yokosuka durant une dizaine d’années, publia en 1873 sa traduction de cet ouvrage, sans les illustrations, sous le titre Botanique japonaise, Livres Kwa-wi.
島田充房, 小野蘭山著, 花彙 | Shimada Mitsufusa et Ono Ranzan, Ka'i [Album de fleurs]. [Kyōto], Ōji Giemon, Meiwa 2 [1765]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.33(5).
島田充房, 小野蘭山著, 花彙 | Shimada Mitsufusa et Ono Ranzan, Ka'i [Album de fleurs]. [Kyōto], Ōji Giemon, Meiwa 2 [1765]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.33(5).
成形図説
Catalogue illustré de la création
曽, 占春, 白尾, 国柱, 島津, 重豪, 成形図説 [Catalogue illustré de la création] | Sō Senshun, Shirao Kunihashira, Shimazu Shigehide, Seikei zusetsu. Fief de Satsuma [1804]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.404(5).
Ce catalogue, le Seikei zusetsu, a été au départ conçu comme une encyclopédie, la première de ce genre, offrant un panorama des savoirs utiles pour l’exploitation de l’environnement naturel du fief de Satsuma. Son commanditaire, Shimazu Shigehide, daimyô du fief de Satsuma, souhaitait développer l’agriculture de sa région en s’appuyant sur ce document. Pour mener son projet à bien, il fait appel au spécialiste de materia medica d’Edo, Sōhan ou Sō Senshun (1758-1834), et à Shirao Kunihashira (1762-1821), spécialiste d’études nationales (kokugaku).
L’ouvrage qui devait compter 100 fascicules (kan) ne sera jamais achevé, en raison de sinistres répétés. Les trente premiers fascicules seront imprimés en 1804 puis réédités à plusieurs reprises. Le Seikei zusetsu n’est pas un simple inventaire des produits naturels, il traite également de tous les aspects de la vie agricole, qu’il s’agisse des cérémonies et festivals, des méthodes de plantation et d’irrigation, de contrôle des inondations, ou des outils. Il permet ainsi de se faire une idée de la vie dans les campagnes du Kyūshū au XIXe siècle. Philipp Franz Von Siebold, médecin et naturaliste bavarois, qui séjourna de nombreuses années au Japon où il fut le premier occidental à enseigner officiellement la médecine, reçut de Katsuragawa Hoken une édition de cet ouvrage. Sa copie est à présent conservée au sein de la bibliothèque de l’université de Leiden.
曽, 占春, 白尾, 国柱, 島津, 重豪, 成形図説 [Catalogue illustré de la création] | Sō Senshun, Shirao Kunihashira, Shimazu Shigehide, Seikei zusetsu. Fief de Satsuma [1804]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.404(4).
曽, 占春, 白尾, 国柱, 島津, 重豪, 成形図説 [Catalogue illustré de la création] | Sō Senshun, Shirao Kunihashira, Shimazu Shigehide, Seikei zusetsu. Fief de Satsuma [1804]. Collections de la BULAC, BIULO JAPAF.404(4).
La vie culturelle à l'époque des Tokugawa
Découvrez différents aspects de la vie culturelle japonaise pendant le shogunat Tokugawa (1603-1867) : arts, livres, estampes, cartes, sciences...
Empires en marche
Edo culture
Cultivating femininity
Du pinceau à la typographie
Estampes bouddhiques japonaises
Epidemics and mortality in Early Modern Japan
Confucianism and Tokugawa culture
A history of Japanese astronomy
Sélection bibliographique La vie culturelle à l'époque des Tokugawa (Juliette Pinçon / BULAC).
Sélection bibliographique La vie culturelle à l'époque des Tokugawa (Juliette Pinçon / BULAC).
Cet atelier, organisé à la BULAC en partenariat avec l'Université Paris Cité, propose une première approche du travail sur la documentation patrimoniale japonaise. Il est plus spécifiquement consacré à l'étude de la relation entre texte et image au travers de...
Nos intervenants
Chargée de la conversion rétrospective pour le domaine japonais de 2018 à 2022.
Découvrir le portrait d'Anaïs Delmotte sur le Carreau de la BULAC
Professeur des universités à l'Université Paris Cité, historienne des sciences du Japon prémoderne