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Les poètes du Moulin : une entreprise de traduction singulière, à la croisée de la poésie taïwanaise et japonaise

Organisateur(s) :BULAC

Dans les années 1930, la société du Moulin réunissait quatre jeunes poètes surréalistes taïwanais. Rencontre avec Isabelle Rabut, qui a rassemblé dans un recueil leurs œuvres poétiques, et Makiko Andro-Ueda, une de ses deux traductrices.

Les intervenantes évoqueront les étapes et enjeux du travail de traduction croisée auxquels elles ont pu être confrontées lors de l’édition de ce singulier ouvrage trilingue (japonais, chinois et français), tout en nous faisant partir à la rencontre de ce cercle de poètes, à une époque où Taïwan était alors sous domination japonaise.

Les poètes du Moulin : une entreprise de traduction singulière, à la croisée de la poésie taïwanaise et japonaise

De la revue Le Moulin, qui n’était imprimée qu’à très peu d’exemplaires, il ne subsiste que le numéro trois, aujourd’hui conservé au Musée national de la littérature de Taiwan dans la ville natale des poètes du Moulin, à Tainan. Collections du National Museum of Taiwan Literature.

Quand : 12 novembre 2026 – 18:30 > 20:00 Où : Auditorium du Pôle des langues et civilisations

À la table du traducteur

Rencontrer les poètes du Moulin – Yang Ch'ih-ch'ang, Li Chang-jui, Lin Hsiu-er et Chang Liang-tien –, c’est découvrir une littérature audacieuse, inventive et moderne. C’est aussi l’occasion de parcourir des textes inédits, jusqu’ici non traduits. Les poèmes, écrits en japonais et empreints de surréalisme, avaient pour vocation de renouveler la littérature taïwanaise, alors plus réaliste, témoignant d’une énergique volonté de renouveau de la part de ces jeunes poètes. Cette soirée sera également l’occasion d’explorer la diversité linguistique telle qu'elle peut s’exprimer en contexte colonial.

La rencontre sera suivie d’un cocktail proposé par le Centre culturel de Taïwan à Paris. 

Les poètes du Moulin

Photographie issue des collections du National Museum of Taiwan Literature. Où l'on voit les poètes Chang Liang-tien et Yang Ch’ih-ch’ang (en haut) ainsi que Li Chang-jui (en bas à gauche).

Photographie issue des collections du National Museum of Taiwan Literature. Où l'on voit les poètes Chang Liang-tien et Yang Ch’ih-ch’ang (en haut) ainsi que Li Chang-jui (en bas à gauche). 

Au printemps 1933, de jeunes poètes taïwanais fondent à Tainan, leur ville natale, la société poétique Le Moulin, qui publie une revue ronéotée du même nom. Ayant grandi à Taiwan au temps de la domination coloniale japonaise, ces quatre jeunes gens – Yang Ch’ih-ch’ang (1908-1994), Lin Hsiu-er (1914-1944), Li Chang-jui (1911-1952), Chang Liang-tien (1915-2014) – avaient reçu une éducation en langue japonaise, et c’est par le Japon et le japonais qu’ils ont découvert la littérature mondiale et se sont engagés sur la voie de la création littéraire. Ils se sont fixé pour but de stimuler le renouveau de la littérature sur l’île en pratiquant une poésie pure, d’inspiration moderniste, qui tranche avec les préoccupations politiques et sociales de la littérature de gauche en plein essor dans les années 1920.

Souvent qualifiée de surréaliste, leur poésie doit en réalité, davantage qu’au mouvement initié par André Breton, à la version intellectualiste qui en a été donnée au Japon. Leurs créations recèlent également une critique implicite de la réalité coloniale taïwanaise et des traditions féodales, mais en empruntant les voies du modernisme plutôt que celles du réalisme.

Les quelques traductions existantes des poètes du Moulin, en anglais, avaient été effectuées à partir du chinois. Présentés en version trilingue, les poèmes sélectionnés ici ont été traduits depuis leur version originale en japonais. Aujourd’hui, près de cent ans après la création de la société du Moulin, les poèmes écrits en japonais par ces poètes ont inversé la trajectoire par laquelle le surréalisme était arrivé à Taiwan via le Japon, et arrivent enfin, traduits et publiés, entre les mains des lecteurs français. La première étape de ce parcours incroyable a été la présentation en 2023, à Paris et à Bordeaux, par le réalisateur Huang Ya-li, de son documentaire Promeneur comme un dimanche.

La société poétique du Moulin a été comme une étoile filante, brillante mais éphémère. En 1944, Lin Hsiu-er est mort de tuberculose, à l’âge de 30 ans. En 1952, Li Chang-jui a été exécuté sous le régime de la Terreur blanche, à l’âge de 41 ans. Après la guerre, Yang Ch’ih-ch’ang, qui avait été emprisonné pour son implication dans l’Incident du 28 février, a cessé d’écrire, profondément attristé par la perte de son ami. Chang Liang-tien a exercé le métier de médecin et il est décédé à l’âge de cent ans en 2014, sans jamais avoir renoué avec la création poétique. 

Leur existence n’a été progressivement révélée qu’à la fin des années 1970, avec la découverte, la traduction, la publication et l’étude de documents historiques en japonais.

Le livre

Les Joues en feu : les poètes du Moulin

Traduit du japonais par Makiko Andro-Ueda, Makiko Nakazato, sous la direction d'Isabelle Rabut, collection Poésie de Taïwan, éditions Circé, 2026. 

Les joues en feu : les poèmes du Moulin

Au printemps 1933, à Tainan, de jeunes poètes taïwanais fondent la société poétique du Moulin, qui publie une revue du même nom. Ayant grandi sous la domination coloniale japonaise, ils produisent une poésie en langue nippone pour stimuler le renouveau de la littérature insulaire, tranchant avec les préoccupations politiques et sociales de la littérature de l'époque. 

Nos intervenants

Isabelle Rabut
PICTO intervenant extérieur

Professeur émérite de littérature chinoise à l’Inalco et membre de l’IFRAE (Institut français de recherche sur l’Asie de l’Est, UMR 8043). Isabelle Rabut dirige la collection « Lettres chinoises » des éditions Actes Sud et a co-fondé la collection « Lettres taïwanaises ».

Makiko Andro-Ueda
PICTO intervenant extérieur

Docteur ès lettres en littérature française et maître de conférences en littérature japonaise moderne à l'Inalco. Représentante du projet « Poésie moderne et contemporaine » de l'IFRAE (Institut français de recherche sur l’Asie de l’Est) de l’Inalco.