Orientalisme et colonisation en Algérie : René Basset et ses archives
L'orientaliste René Basset (1855-1924), spécialiste des langues arabe et berbère ayant fait toute sa carrière à l’université d’Alger, a laissé derrière lui une vaste correspondance, universitaire, familiale et politique. L'étude de ces archives, conservées par l'EHESS depuis 2014, révèle un pan méconnu de l'histoire coloniale et donne à voir une science qui se développe sur le terrain colonial.
Cette exposition permet de saisir cet orientalisme en train de se faire au quotidien sur le terrain colonial. Elle renseigne sur les façons dont les savants collaborent à l’entreprise coloniale de la France. Elle met en lumière comment les diverses opérations politiques et universitaires de Basset ont participé à faire d'Alger l’un des principaux centres de l’orientalisme savant dans le monde au tournant du XXe siècle.
Enveloppe adressée à « Monsieur René Basset en mission scientifique », mars 1885, recto. De Ouargla à Biskra, en passant par Touggourt, ces noms de ville biffés montrent que cette lettre échoue d’abord à atteindre René Basset dans la mission qu’il effectue au Nord du Sahara algérien au printemps 1885. C’est à Constantine qu’elle lui parvient finalement. Archives de l'EHESS.
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Aux origines de l'exposition : une enquête collective
La correspondance de René Basset, créateur de l’école d’Alger puis doyen de sa faculté des lettres, révèle un pan méconnu de l’histoire coloniale, par le biais de courriers tout autant universitaires que familiaux ou encore politiques.
Ces archives donnent à voir une science qui se développe sur le terrain colonial, et grâce à lui, mais aussi la constitution d’un milieu savant européen. Juillet 2014 : un camion venu des Vosges arrive à Paris. Il contient deux coffres en bois et des dizaines de cartons : ce sont les archives de l’orientaliste. Dans celles-ci, nous retrouvons les multiples correspondances du linguiste, spécialiste des langues arabe et berbère, ayant fait toute sa carrière à l’université d’Alger. Pilier de l’entreprise coloniale française, cet établissement était alors le terrain d’une expertise scientifique concernant le Maghreb et ses langues. Avec les diverses opérations politiques et universitaires de Basset, Alger devient l’un des principaux centres de l’orientalisme savant dans le monde au tournant du XXe siècle.
Ce fonds permet donc de saisir cet orientalisme en train de se faire, au quotidien, sur le terrain colonial, dans les salles de classe, et jusque dans la confidence des familles. Au terme d’une enquête au long cours menée par des historiennes et des historiens, des étudiantes et des étudiants, des archivistes et des bibliothécaires, cet ouvrage propose une relecture de l’histoire des études orientales. Il invite à repenser la notion d’orientalisme depuis l’Algérie coloniale, dans la perspective d’une histoire sociale.
L'Orientalisme, science coloniale ? Racines et actualité d'un débat
Depuis la publication en 1978 de l'ouvrage d'Edward Saïd, L'orientalisme. L'Orient créé par l'Occident, la question de la relation entre études des civilisations orientales et colonialisme fait débat.
Cette sélection dresse un état des lieux des travaux qui s'attachent à la conduite de la science en terrain colonial.
Culture et impérialisme
Corps noirs et médecins blancs
Autour du fonds Poinssot
An empire of facts
Affrontements culturels dans l'Algérie coloniale
Arabic studies in the Netherlands
After orientalism
Charles de Foucauld, homme de science
Pour aller plus loin
Conférence publique de l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM), par Marie Bossaert, historienne, maîtresse de conférences (université Clermont Auvergne), Augustin Jomier, historien, maître de conférences (Inalco, IRMC Tunis) et Alain Messaoudi, historien, maître de conférences...
Cette rencontre avec Augustin Jomier, historien et arabisant (Inalco, CERMOM) et auteur d'une récente étude sur l'ibadisme contemporain, vous propose d'explorer l’historiographie renouvelée de l’Algérie de l’époque coloniale à partir de sources arabes et de découvrir les ressources ibadites de la BULAC.
Nos intervenants
Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Clermont Auvergne depuis 2023. Auparavant, post-doctorante à la Scuola Superiore Meridionale de Naples et chargée de cours à l’université Federico II (2020-2023), membre scientifique de l’École française de Rome (2016-2021), et post-doctorante dans les instituts allemands de Rome et d’Istanbul (2016).
Historien et arabisant, Augustin Jomier est maître de conférences au département des études arabes de l’Inalco et maître de conférences cumulant au département d’histoire de l’ENS-PSL. Il est responsable scientifique du projet Maktabatân, porté par la BULAC, l’IRHT et l’Institut de France, et financé par Biblissima+ de numérisation enrichie de manuscrits et d’archives de l'émir Abdelkader et du cheikh al-Haddâd et responsable scientifique des archives René Basset (EHESS).
Découvrir le portrait d'Augustin Jomier sur le Carreau de la BULAC
Emmanuel Szurek est maître de conférences à l’EHESS et directeur de l’European Journal of Turkish Studies. Historien de la Turquie, il explore les politiques linguistiques du kémalisme, l’histoire sociale de l’orientalisme savant et les formes françaises et turques de négation du génocide des Arméniens. Il est l’auteur, avec Zeynep Ertuğrul, de Le meurtre et la langue. Dire le génocide dans la Turquie des années 1930 (EJTS, 2025), et a codirigé plusieurs ouvrages, dont Turcs et Français. Une histoire culturelle (1860–1960), Kemalism: Transnational Politics in a Post-Ottoman World et L’orientalisme en train de se faire.