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Traduire en langues juives

Organisateur(s) :BULAC

Les langues juives, fruits de l'expérience de la diaspora, n'ont cessé d'évoluer au contact, d'une part, des langues sacrées (l'hébreu et l'araméen) et, d'autre part, des langues dominant les territoires où les juifs ne constituaient qu'une minorité. La traduction est un excellent révélateur du destin de ces langues : de leur confrontation au passé et à l'héritage biblique, de leur évolution face aux défis de la sécularisation et de la modernité, de leurs négociations face aux cultures majoritaires et, enfin, de leur lutte pour survivre à l'heure où le nombre de locuteurs diminue fortement. À travers des traductions révélatrices en cinq judéo-langues, cette exposition offre une vision des défis spécifiques affrontés par ces cultures à travers le temps et l'espace.

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קינדער זשורנאל [Revue pour enfants], Paris, 1924. Collections de la BULAC, BIULO HEB.III.2922.

Quand : 3 janvier 2024 > 14 février 2024 Où : Rez-de-jardin

Commissariat

  • Arnaud Bikard (Inalco)
  • Dana Haddad (BULAC)

Remerciements

  • Bibliothèque MEDEM, Maison de la culture yiddish
  • Marie-Christine Bornes Varol
  • Zeljko Jovanovic
  • Jonas Sibony

L'exposition s'inscrit dans le prolongement du projet ANR « La traduction comme enjeu de survie pour les langues juives en tant que langues post-vernaculaires », coordonné par Arnaud Bikard. Ce projet cherche à proposer une approche systématique et compréhensive de la traduction des langues juives (yiddish, judéo-espagnol, judéo-arabe).

Introduction

Les populations juives de diaspora n’emploient plus l’hébreu comme langue de communication depuis, au plus tard, le début du premier millénaire. Une grande partie du texte fondateur du judaïsme rabbinique, le Talmud, est rédigé en araméen. La tradition juive impose de lire de façon hebdomadaire le texte biblique en hébreu (Torah), mais aussi dans sa traduction araméenne (Targum, mot signifiant traduction) qui fut un temps la condition de la compréhension attendue de chaque fidèle.

Depuis la dispersion de la population juive, après la destruction du deuxième Temple en 70 de notre ère, les juifs ont adopté les langues pratiquées sur les territoires où les ont conduits leurs migrations successives. Cependant, leurs coutumes religieuses et leur isolement relatif (plus ou moins volontaire) du reste de la population ont contribué à éloigner leur langage de celui de leurs contemporains. C’est ainsi que se sont progressivement formées les langues juives. Toutes sont caractérisées par l’influence, au long de leur histoire, de la langue sacrée (hébraïco-araméenne), par la présence en leur sein de traces des migrations antérieures, et par un infléchissement progressif de la langue territoriale vers l’usage d’un lexique, d’une morphologie et d’une syntaxe particulières.

Exposition Traduire en langues juives

Exposition Traduire en langues juives - rez-de-jardin (Maxime Ruscio / BULAC).

Parfois, comme dans le cas du yiddish (provenant du moyen-haut allemand) et du judéo-espagnol (parfois nommé ladino), la langue juive a connu des migrations ultérieures : ses locuteurs ont quitté le territoire sans adopter les langues de leur nouvel environnement. En conséquence, de nouveaux contacts de langues ont encore contribué à éloigner les langues juives de leur source. Le yiddish doit beaucoup aux langues slaves, tandis que le judéo-espagnol a évolué au contact du turc, des langues balkaniques et de l’arabe.

Dans une histoire aussi mouvante, il n’est guère étonnant que la traduction ait joué un rôle primordial dans l’évolution des langues juives. Les traductions internes (de sources hébraïques et araméennes) côtoyaient des traductions externes, des langues majoritairement chrétiennes ou musulmanes. Si les premières ont dominé au cours des siècles, l’émergence de la modernité au XIXe siècle et le développement d’une culture séculière, indépendante des normes religieuses, a progressivement renforcé le rôle des secondes chargées notamment d’élargir l’horizon intellectuel de populations en mutation rapide.

L’exposition comprend des traductions en judéo-arabe, judéo-espagnol, judéo-persan, judéo-turc et en yiddish. Les langues juives ont eu une existence avant tout orale (car la vie religieuse et intellectuelle devait s’effectuer dans la langue sacrée), mais l’écrit s’est imposé très tôt dans certains domaines, en particulier dans celui de l’éducation. Les enfants apprenaient à lire directement en déchiffrant et traduisant le texte biblique. D’où l’apparition précoce, dans toutes les langues juives, de glossaires et de traductions-calques. Toutes ont été écrites en caractères hébraïques, souvent dans des typographies particulières les différenciant de l’hébreu. L’écriture des langues juives est restée fidèle à ces caractères jusqu’au XXe siècle où il leur arrive de s’en détacher (le judéo-espagnol adopte ainsi largement l’alphabet latin).

L’exposition illustre plusieurs fonctions essentielles de la traduction en langues juives au cours de l’histoire, tout en présentant certaines grandes lignes de leur évolution.

Les langues juives ont connu des destins très variés. Le judéo-français, pour donner cet exemple, a cessé d’exister après les expulsions des juifs du royaume de France en 1306 et 1394, ne laissant que quelques témoignages épars dans des manuscrits. À l’autre extrémité du spectre pour le développement de la langue, le yiddish était parlé par 11-12 millions de locuteurs au début du XXe siècle en Europe orientale et a fait l’objet d’un projet national et culturel (yiddishisme) parfois concurrent du projet sioniste qui prônait la revitalisation de l’hébreu comme langue parlée. La modernisation de la culture juive passait alors nécessairement par un recours intensif à la traduction pour conquérir des domaines (scientifiques, techniques, politiques, philosophiques) jusqu’alors inexplorés. La traduction, quel que soit le degré de développement de l’écriture dans la langue juive, a aussi pu être source de prestige quand il s’agissait de prouver la capacité qu’avait la langue minoritaire de transmettre les chefs-d’œuvre de cultures plus reconnues.

La traduction révèle les langues juives dans leur confrontation à une double altérité. L’une est liée au temps qui entraîne la disparition de l’hébreu comme langue parlée (avant sa renaissance au XXe siècle, qui n’est pas documentée ici) et l’évolution des relations au monde non-juif avec la sécularisation et la modernité. L’autre est liée à l’espace, avec l’éclatement géographique que suppose l’expérience de la diaspora et une vie nationale hors-territoire qui implique un statut de langue minoritaire. La traduction, outil remarquable de développement culturel et linguistique, a plus rarement servi d’outil de propagande. Elle a enfin une force symbolique qu’il convient de prendre en considération surtout dans la période récente.

Le parcours de l’exposition

L’exposition illustre en premier lieu la fonction traditionnelle, et ancestrale, de traduction des textes sacrés, d’abord de la Bible, mais aussi d’autres textes rituels. Elle invite à découvrir l’émergence, par l’intermédiaire de traductions, d’une culture scientifique et d’une pensée moderne. Elle évoque les circulations littéraires en mettant en évidence l’adoption de textes populaires ou d’œuvres plus canoniques de la littérature mondiale. En lien avec les grands événements historiques du XXe siècle, elle dévoile la façon dont les traductions reflètent les passions et engagements politiques du monde contemporain. Elle propose enfin une réflexion sur le devenir des langues juives à l’aube du XXIe siècle.

Les traductions de la Bible

Dans toutes les langues juives, la Bible hébraïque a été au fondement de l’éducation des enfants, en particulier des garçons. Même si l’hébreu n’est plus une langue parlée depuis le début du premier millénaire et jusqu’au XXe siècle, il reste au cœur de la vie religieuse et intellectuelle juive. Il joue un rôle comparable à celui du latin en Europe au Moyen-Âge et au début de l’ère moderne. Tout au long de la vie des juifs en diaspora, l’hébreu reste une langue d’écriture dans le cadre des débats théologiques, mais aussi pour des tâches plus profanes, comme la tenue de registres de commerce ou dans le cadre de correspondances privées. Jusqu’au développement d’une éducation plus moderne aux XIXe-XXe siècles, le fondement de l’éducation en langue juive passe par la traduction littérale du texte biblique dès le plus jeune âge. Cette pratique est à la source même de l’alphabétisation assez large des populations juives de diaspora et joue un rôle important dans la formation même des langues juives au cours du temps. Les traductions de la Bible ont donc une fonction pédagogique (traductions-calques) avant de devenir, dans un second temps, plus idiomatiques et fluides.

תרגום התורה לפרסית-יהודית

Traduction de la Bible en judéo-persan
Traduction de la Bible en judéo-persan

Herbert H. Paper (traducteur), תרגום התורה לפרסית-יהודית [Traduction de la Bible en judéo-persan], Jérusalem, Ben-Zvi Institute Hebrew University, 1972. Collections de la BULAC, BIULO HEB.III.2375.

Édition critique de la traduction la plus ancienne du Pentateuque en langue judéo-persan conservée dans un manuscrit écrit en 1319, environ un siècle après la conquête de l’Iran par les Mongols. Comme beaucoup de traductions traditionnelles de la Bible, celle-ci inclut des commentaires. Ils témoignent d’une connaissance de Maïmonide, né en Andalousie, à l’autre extrémité du monde juif, près de deux siècles plus tôt.

חמשה חומשי תורה עם פרוש המלות בלשון ישמעאל

Pentateuque avec traduction turque en caractères hébraïques

Pentateuque avec traduction turque en caractères hébraïques

Abraham ben Samuel (traducteur), חמשה חומשי תורה עם פרוש המלות בלשון ישמעאל [Pentateuque avec traduction turque en caractères hébraïques], Constantinople, Impr. Arab Oglu, 1831. Collections de la BULAC, BIULO HEB.III.2475.

Cette traduction de la Bible en turc en caractères hébraïques date du début du XIXe siècle. Elle est présentée comme une traduction dans la « langue d’Ismaël », c’est-à-dire dans la langue des musulmans, ou dans la « langue ottomane ».

תורה נביאים וכתובים עם תרגום יידיש

La Bible : traduction en yiddish

Le traducteur de cette Bible, Yehoyesh (1872-1927) est l’un des pionniers de la poésie yiddish moderne. Poète lyrique original et savant, il a également traduit de nombreuses œuvres étrangères, dont Hiawatha, poème anglais consacré aux indiens d’Amérique, ou la poésie persane d’Omar Khayyam. Sa traduction de la Bible, écrite de 1909 à 1927, est un véritable monument. Elle fait vœu de précision tout en exploitant toutes les couches historiques de la langue (dont celle du Tsenerene, exposé ci-contre). La réussite de la traduction de la Bible par Yehoyesh a été perçue comme un motif de fierté nationale et d’espoir pour la pérennité de la langue yiddish.Le traducteur de cette Bible, Yehoyesh (1872-1927) est l’un des pionniers de la poésie yiddish moderne. Poète lyrique original et savant, il a également traduit de nombreuses œuvres étrangères, dont Hiawatha, poème anglais consacré aux indiens d’Amérique, ou la poésie persane d’Omar Khayyam. Sa traduction de la Bible, écrite de 1909 à 1927, est un véritable monument. Elle fait vœu de précision tout en exploitant toutes les couches historiques de la langue (dont celle du Tsenerene, exposé ci-contre). La réussite de la traduction de la Bible par Yehoyesh a été perçue comme un motif de fierté nationale et d’espoir pour la pérennité de la langue yiddish.

צאינה וראינה

Sortez et voyez, [jeunes filles d’Israël]
Sortez et voyez, [jeunes filles d’Israël]

Jacob ben Isaac Ashkenazi de Janov, צאינה וראינה [Sortez et voyez, [jeunes filles d’Israël]], Tel-Aviv, Sinaï Publishing, 1962 (première édition conservée : Bâle, 1622). Collections de la BULAC, BIULO HEB.III.429.

Le Tsenerene est le livre yiddish le plus réédité et le plus diffusé à travers l’histoire. Il a connu, au moins, 210 éditions depuis le début du XVIIe siècle. Communément appelé « La Bible des femmes », il combine traduction et commentaire des parties les plus lues à la synagogue du texte biblique. Son objectif affiché est de permettre aux hommes comme aux femmes n’ayant pas reçu d’éducation hébraïque approfondie d’étudier la Torah tous les Shabbats grâce à un texte accessible mêlant récit biblique, légendes rabbiniques et réflexions morales. Au XIXe siècle en Europe orientale, il était présent dans presque tous les foyers et était synonyme de piété populaire et de tradition. Il continue à être lu et édité dans le monde juif orthodoxe.

הגדה של פסח

La Haggadah de Pessa'h
La Haggadah de Pessa'h

Elchanan ben Moshe Shneitich, הגדה של פסח [La Haggadah de Pessa'h], Amsterdam, Yohanan Levi Rofe, 1783. Collections de la BULAC, BIULO HEB.III.1168.

Cette Haggadah (récit de la sortie d’Égypte) de la fin du XVIIIe siècle a été conçue pour aider les juifs les moins instruits à pratiquer, à la maison, tous les rituels de la Pâque juive. L’ensemble des prières en hébreu est traduit en yiddish. L’ouvrage est également doté d’explications détaillées sur les règles à respecter, ainsi que des éclaircissements sur la grammaire hébraïque pour faciliter la lecture du texte original.

L’auteur, un enseignant de La Haye, insiste particulièrement sur l’importance de la compréhension du texte sacré pour s’acquitter du commandement religieux de célébration de la fête. Il organise son ouvrage autour de quatre piliers, représentés sur la page de garde : « Pilier de la crainte », « Pilier de l’amour », « Pilier du culte » et « Pilier de la bénédiction ». Le volume ici présenté comprend les deux premiers qui proposent l’explication des devoirs religieux à accomplir et le texte commenté de la Haggadah.

Büyük dini bayramların Ladino manzumeleri

Poèmes ladino des grandes fêtes religieuses
Poèmes ladino des grandes fêtes religieuses

N. Izidor Barouh, Büyük dini bayramların Ladino manzumeleri [Poèmes ladino des grandes fêtes religieuses], s.l.n.d. [1996]. Collections de la BULAC, 23XH 411.SPA IZI.

Ce livre reprend une brochure publiée en 1930 en caractères hébraïques par Elia Carmona, rédacteur en chef du journal satirique judéo-espagnol El Djugeton, publié à Istanbul. Il contient, en traduction judéo-espagnole, une série de chants et prières solennels, en particulier ceux que l’on prononce au moment des « Jours terribles », à la veille du nouvel an juif et de Yom Kippour, la fête du Grand Pardon. La prière en langue vernaculaire n’a jamais eu la même valeur que la prière en hébreu (qui reste obligatoire), mais elle permet la pratique d’une piété plus sincère et directe et a donc souvent été tolérée sinon sanctionnée par les autorités rabbiniques.

Le processus d'extension des Lumières : traduction des textes scientifiques et encyclopédiques

Les XIXe et XXe siècles ont entraîné des bouleversements radicaux dans la vie et la pensée juives. La perception renouvelée du monde élaborée durant le siècle des Lumières a rapidement pénétré le monde juif, sous le terme hébraïque Haskala. L'Émancipation des juifs, qui obtiennent progressivement des droits égaux à leurs concitoyens, entraîne un rapprochement des modes de pensée et une volonté d’aligner l’éducation des enfants juifs sur celle des écoles occidentales. Pour les locuteurs du yiddish, c’est l’influence des juifs allemands avec, à leur tête, le philosophe Moïse Mendelsohn (1729-1786), qui a d’abord été décisive. Au Maghreb et dans l’empire ottoman, chez les locuteurs du judéo-espagnol et du judéo-arabe, l’Alliance Israélite Universelle a joué un rôle prépondérant. Il s’agit d’une institution française dont l’un des objectifs essentiels a été, selon une vision positiviste et progressiste de l’histoire, d’apporter l’héritage des Lumières aux juifs d’Orient par l’ouverture d’écoles aux programmes modernes. Chez tous, la traduction a largement contribué à la diffusion des nouvelles idées. Il s’agissait de rendre accessibles au plus grand nombre des ouvrages scientifiques, historiques et encyclopédiques révisant fondamentalement la vision du monde autrefois basée sur la religion.

וועלט-געשיכטע

Histoire mondiale
Histoire mondiale

Herbert Wells (auteur), Zelig Kalmanovitch (traducteur), וועלט-געשיכטע [Histoire mondiale], Vilnius, 1930.

Cette histoire du monde écrite par l’auteur anglais H. G. Wells s’appuyait sur les connaissances les plus modernes au moment de sa publication (1919). Elle est devenue un ouvrage de référence dans de nombreux pays. La version yiddish en 6 volumes, dont deux volumes sont ici présentés reliés ensemble (le troisième et le quatrième), est le fruit du travail de Zelig Kalmanovitsh, philologue, historien et traducteur juif lituanien prolifique. Il a été l’un des plus importants collaborateurs du YIVO de Vilnius (Institut Scientifique Juif), dont l’objectif était de servir d’académie de la langue yiddish tout en promouvant la recherche, la documentation et l’éducation des masses juives yiddishophones. Cette histoire, qui présente l’empire romain, l’émergence du bouddhisme ou encore de l’islam, fait partie des nombreux ouvrages cherchant à décloisonner le savoir du public juif en lui offrant un accès à des cultures distantes et méconnues.

די אָפּשטאַמונג פון מענשען

L'origine des hommes
[L'origine des hommes]

Charles Darwin (auteur), Merison (traducteur), די אָפּשטאַמונג פון מענשען [L'origine des hommes], New York, Max N. Maisel, 1921.

Comme cela a été le cas dans le monde chrétien, la pensée de Charles Darwin (1809-1882), en particulier sa théorie de l’évolution des espèces, a été placée en opposition directe avec le récit de la Genèse. Elle a donc servi de pierre de touche de l’esprit scientifique et sa diffusion fut considérée comme une arme efficace contre ce que les plus militants percevaient comme étant de la « superstition religieuse ». Ceci explique son succès dans l’édition yiddish de la première moitié du XXe siècle, dont on dénombre pas moins d’une quinzaine de traductions, adaptations et commentaires de la pensée du scientifique britannique. Est présenté ici le premier volume (sur trois) de l'œuvre de la maturité de Darwin dans une traduction illustrée par des gravures.

יידישע געשיכטע

Histoire juive
Histoire juive

H. Graetz, יידישע געשיכטע [Histoire juive], Varsovie, 1931.

Les Lumières juives, ou Haskala, se sont appuyées, au XIXe siècle, sur un renouvellement du savoir historique, en particulier autour d’une école intellectuelle allemande nommée « Science du judaïsme » (Wissenschaft des Judentums) prônant l’approche raisonnée et la publication de témoignages historiques. Heinrich Graetz (1817-1891) est l’historien majeur de cette école. Sa monumentale Histoire des Juifs en 11 volumes a connu de très nombreuses éditions et traductions, étant perçue, dès la fin du siècle, comme étant la source d’un récit national sur lequel divers mouvements politiques ont pu s’appuyer. Il s’agit ici du premier volume d’une traduction yiddish, qui en comprend sept. Il traite des temps les plus anciens jusqu’à l’exil de Babylone. Comme c’est souvent le cas, le nom du traducteur n’est pas mentionné.

היסטוריה דליהוד דלמארוק' בלערבייא

Histoire des Juifs du Maroc
Histoire des Juifs du Maroc

Isaac D. Abbou (auteur), H. Nahmany (traducteur), היסטוריה דליהוד דלמארוק' בלערבייא [Histoire des Juifs du Maroc], Casablanca, H. Nahmany, 1953.

Cette Histoire des Juifs du Maroc, traduite du français vers le judéo-arabe, insiste sur l’importance de la connaissance de l’histoire pour développer une identité et une conscience propres. Elle avait peut-être également un objectif pédagogique puisque, dans sa deuxième partie, le livre comprend des récits talmudiques en hébreu dont est immédiatement proposée la traduction en judéo-arabe.

La littérature mondiale : lire pour se divertir, lire pour se cultiver

Les langues juives ont assez tôt traduit ou adapté des textes de littérature profane non-juive. Ainsi, le manuscrit de Cambridge, plus ancien recueil yiddish de textes littéraires (1382), présente un roman de chevalerie germanique. Fables, contes, romances (très importantes dans la littérature judéo-espagnole transmise oralement) ont, pendant des siècles, étanché la soif de divertissement et d’évasion des populations juives. Cet apport était souvent davantage guidé par des motifs opportunistes (adaptation de succès commerciaux) que par des principes esthétiques forts, même s’il existe des exceptions notables, comme Elia Lévita, poète yiddish humaniste du XVIe siècle. À partir de la fin du XIXe siècle, la sécularisation de la société juive entraîne une nouvelle vision de la littérature, de plus en plus valorisée comme étant source d’une élévation spirituelle capable de trouver dans l’homme, plutôt que dans la divinité, ses principes et ses lois. Se pose alors la question de la traduction des « chefs-d’œuvre de la littérature mondiale », laquelle poursuit deux objectifs : permettre aux lecteurs des langues juives de lire et de s’inspirer des classiques étrangers, mais également prouver, en traduisant ces mêmes classiques, la valeur littéraire de langues souvent méprisées. Traduire Cervantès, Goethe, Shakespeare, Tolstoï devient alors une ambition collective qui doit servir à la défense et à l’illustration de cultures modernes en construction. La littérature de divertissement, quant à elle, remporte un succès renforcé, surtout lorsqu’elle provient de langues et de cultures considérées comme « majeures », et qu’il s’y mêle des ambitions éducatives.

מאראבילייוזוס אקונטיסימייטיס די איל קאפיטאן קורקוראן

Aventures merveilleuses mais authentiques du Capitaine Corcoran
Aventures merveilleuses mais authentiques du Capitaine Corcoran

Alfred Assolant (auteur), Salomon Israël Cherezli (traducteur), מאראבילייוזוס אקונטיסימייטיס די איל קאפיטאן קורקוראן [Aventures merveilleuses mais authentiques du Capitaine Corcoran], Jérusalem, Salomon Israël Cherezli, 1904-1905. Collections de la BULAC, BIULO BR.8.211(12).

Ce roman d'aventures français, mêlant traditions du récit exotique (le héros est accompagné d’une tigresse apprivoisée) et réflexions sur le progrès scientifique et les politiques coloniales a eu un immense succès au XIXe siècle. Il a été traduit en judéo-espagnol par Cherezli, ancien élève de l’Alliance israélite universelle, écrivain, libraire, traducteur, l’un des tout premiers éditeurs de littérature profane à Jérusalem. Actif aussi en langue hébraïque, la moitié de ses publications, surtout de littérature populaire en traduction, était en judéo-espagnol.

Nat Pinkerton : Diez novelas policíacas en lengua sefardi

Nat Pinkerton : Dix nouvelles policières en langue séfarade
Nat Pinkerton : Dix nouvelles policières en langue séfarade

Julie Scolnik, Nat Pinkerton : Diez novelas policíacas en lengua sefardi [Nat Pinkerton : Dix nouvelles policières en langue séfarade], Barcelone, Tirocinio, 2014.

Nat Pinkerton s’inscrit dans la lignée de Sherlock Holmes mais dans une veine encore plus populaire. Il représente le héros de polars écrits en Allemagne, souvent par des auteurs anonymes, mais diffusés dans toute l’Europe dans les années 1900-1920. Plus de 400 courts romans sont connus à ce jour. Les versions judéo-espagnoles (vingt ont été conservées) ont été publiées à Thessalonique et traduites probablement non de l’allemand mais du français.

דאָן קיכאָט

Don Quichotte de la Mancha
Don Quichotte

Miguel de Cervantes Saavedra (auteur), P. Katz (traducteur), דאָן קיכאָט [Don Quichotte de la Mancha], Buenos Aires, Editorial IKUF, 1950. Collections de la BULAC, BIULO HEB.III.1333(1).

Don Quichotte fait partie de ces œuvres-monuments dont la traduction a une portée symbolique forte. Son influence sur la littérature yiddish s’est fait sentir dès ses premiers pas puisque Mendele Moykher Sforim (Sholem Yankev Abramovitsh, 1836-1917), le « grand-père de la littérature yiddish moderne », est l’auteur d’un roman inspiré du chef-d’œuvre espagnol. La première traduction yiddish, légèrement abrégée, paraît à New York en 1897, et est le fruit du travail d’Alexandre Harkavy, intellectuel yiddish de premier plan. Nous présentons ici le premier des deux volumes de la traduction complète du roman par Pinye Katz, figure du monde yiddish en Argentine, qui affirme de façon révélatrice que le style de sa traduction doit beaucoup à la langue yiddish « classique » de Mendele Moykher Sforim.

זשאַן קריסטאָף

Jean-Christophe
Jean-Christophe

Romain Rolland (auteur), Aron Mark (traducteur), זשאַן קריסטאָף [Jean-Christophe], Vilnius, B. Kletzkin, 1931.

Romain Rolland est l’un des auteurs les plus populaires en Europe au début du XXe siècle, particulièrement apprécié par les mouvements politiques de gauche pour son engagement pacifiste. Un témoignage remarquable de sa popularité auprès du public ashkénaze est le fait que son roman fleuve Jean-Christophe (10 volumes), racontant la vie d’un génial musicien allemand, ait été traduit à trois reprises et publié dans trois grands centres d’épanouissement de la culture yiddish dans l’entre-deux-guerres : à New York, à Varsovie-Vilnius et à Moscou.

ליטערארישע בלעטער

Pages littéraires
Pages littéraires

ליטערארישע בלעטער [Pages littéraires], Varsovie, Ed. Kletzkin, 12 novembre 1926. Collections de la BULAC, BIULO PER.2974 (n°132).

La revue Literarishe bleter est une véritable institution littéraire yiddish dans la Pologne de l’entre-deux-guerres. Fondée en 1925, elle publiera sans discontinuer chaque vendredi jusqu’en 1939, des récits et nouvelles, de la critique sur les dernières publications yiddish et étrangères, des réflexions sur la culture et l’éducation. Dirigée par le critique littéraire Nakhmen Maisel, elle défend une vision ambitieuse des lettres yiddish. La dernière page du numéro présenté fait la publicité d’une nouvelle édition varsovienne du roman Jean-Christophe de Romain Rolland, présenté comme « la plus magnifique œuvre du XXe siècle ».

L'éclatement géographique et politique

La dispersion géographique des juifs et leur position minoritaire dans leurs pays de résidence a rendu nécessaire leur participation, active ou passive, volontaire ou subie, à la plupart des événements historiques ayant secoué le monde au cours du XXe siècle. C’est aussi une population qui a connu de grandes vagues de migration : vers l’Europe occidentale, vers l’Amérique, vers Israël. Les traductions reflètent ces mouvements, de même qu’elles se font l’écho des grandes scissions idéologiques. Dans le cas du yiddish, l’engagement à gauche de l’échiquier politique, majoritaire, se double de différentes aspirations à l’égalité des droits, à l’autonomie culturelle et territoriale, ou à l’avancement du projet sioniste. Une partie notable de la mobilisation politique s’effectue par l’intermédiaire de traductions. L’URSS, où le yiddish est reconnu comme langue minoritaire, encourage fortement la transmission de la doctrine officielle dans les différentes langues de la fédération. Elle répand aussi son influence à l’étranger, grâce aux sympathisants communistes locaux. Après la création d’Israël, en 1948, les langues juives diasporiques sont généralement bannies au profit de l’hébreu, mais elles restent utilisées, principalement à l’étranger, dans le but de renforcer le soutien des juifs au destin de l'État nouvellement créé. Les langues juives sont aussi porteuses d’opposition : en exprimant le rejet du fascisme, qui leur a fait subir des pertes incommensurables, ou en relayant la parole des dissidents.

דאָס רעװאָלוציאָנערע רוסלאַנד

La Russie révolutionnaire
La Russie révolutionnaire

A. Litwak, Jacob Benjamin Salutsky, דאָס רעװאָלוציאָנערע רוסלאַנד [La Russie révolutionnaire], New York, « Tsenṭral-ferband fun "Bund" » (U.S.), 1917. Collections de la BULAC, BIULO HEB.IV.804.

Ce volume a été publié à l’automne 1917 aux États-Unis par le Bund, le plus grand mouvement socialiste révolutionnaire juif, important promoteur de la langue yiddish. Il vise à offrir une image vivante de la révolution qui s’est déroulée in der alter heym (« dans notre ancien foyer »), ainsi que quelques analyses et souvenirs de l’histoire du mouvement politique qui fêtait alors ses vingt ans. Le volume s’ouvre sur une traduction de « L’hymne à la Russie libre » du poète russe symboliste Constantin Balmont. Un quart de l’ouvrage est occupé par une traduction de la chronique à vif des événements révolutionnaires par l’écrivain Leonid Dobronravov.

בריוו פון טויטן-הויז

Lettres de la maison de la mort
Lettres de la maison de la mort

Ethel et Julius Rosenberg, בריוו פון טויטן-הויז [Lettres de la maison de la mort], Varsovie, Yiddish bukh, 1953.

L’affaire Ethel et Julius Rosenberg a défrayé la chronique internationale au début des années 1950. Les deux époux juifs, tous deux nés aux États-Unis, ont été accusés d’être des espions pour le compte de l’URSS, en particulier pour l’élaboration d’une bombe atomique soviétique. Leur exécution sur la chaise électrique en 1953 a fait scandale dans le monde, surtout auprès des partis de gauche. On a accusé l’Amérique de céder à la paranoïa du maccarthysme. Cette édition yiddish a paru dans la Pologne communiste. De façon intéressante, cette traduction n’a pas été réalisée à partir de l’original anglais, mais à partir de la traduction française (parue chez Gallimard) avant même que ne paraisse la traduction polonaise.

עקסאדוס

Exodus
Exodus

Léon Uris, עקסאדוס [Exodus], Tel-Aviv, A. Ermoni, 1960.

Même si le yiddish, comme les autres langues juives diasporiques, n’a pas été soutenu dans les premières années de l’État d’Israël, des initiatives privées ont permis la publication en Israël de livres yiddish reflétant la réalité israélienne ainsi que ses problèmes sociaux et politiques. Le roman de l’écrivain juif américain Léon Uris, dont est ici présenté le deuxième tome (sur trois), relate à travers la fiction l’épopée du mouvement national juif en Palestine et de la création de l'État juif après la Shoah. Son succès international, et bien sûr l’importance du sujet traité, expliquent que le besoin d’une traduction yiddish se soit fait ressentir peu de temps après sa parution en 1958.

דאָקטאָר זשיוואַגאָ

Le Docteur Jivago
Le Docteur Jivago

Boris Pasternak (auteur), Yitskhok Perlov (traducteur), דאָקטאָר זשיוואַגאָ [Le Docteur Jivago], Tel-Aviv, Menora Edition, 1959.

Le grand roman historique de l’écrivain juif russe dissident Boris Pasternak, qui lui a valu de recevoir le prix Nobel de littérature en 1958 (le pouvoir soviétique l’obligea à le refuser), a immédiatement été érigé en symbole de la dissidence contre le pouvoir soviétique. Sa traduction en yiddish et sa publication en Israël ont été un événement : les trois traducteurs du roman (Moyshe Grosman et Binem Heler pour le premier tome, Yitskhok Perlov pour le second ici présenté) ont directement travaillé à partir du manuscrit russe qui avait été clandestinement sorti des frontières de l’URSS. Tous trois ont souffert de la guerre comme réfugiés en Union Soviétique. Tous trois font partie des écrivains et poètes yiddish importants de l’après-guerre qui ont, comme Pasternak, témoigné des souffrances imposées par le régime soviétique.

הגדת היטלר חיבור יהודי ממרוקו מתקופת מלחמת העולם השנייה

La Haggadah hitlérienne : une composition juive-marocaine de l’époque de la Seconde guerre mondiale
La Haggadah hitlérienne : une composition juive-marocaine de l’époque de la Seconde guerre mondiale

Nissim ben Shimon (Simon Coiffeur), הגדת היטלר חיבור יהודי ממרוקו מתקופת מלחמת העולם השנייה [La Haggadah hitlérienne : une composition juive-marocaine de l’époque de la Seconde guerre mondiale], Israël, Mineged Publishing House, 2021.

Les langues juives diasporiques sont une source essentielle pour la compréhension de la Shoah, de ses conséquences et des réactions immédiates aux événements. Cet ouvrage est une parodie de la Haggadah (voir ce livre de la Pâque juive présenté au début de l’exposition) écrite au Maroc, à Rabat, en 1943. Il s’agit donc d’une traduction particulièrement déformante du texte hébreu et araméen vers le judéo-arabe : en effet, le Pharaon qui persécute les juifs dans l’Égypte antique est ici remplacé par Hitler, tandis que Moïse, et Dieu, qui les font sortir d’esclavage sont tour à tour représentés par Roosevelt, Staline, ou encore de Gaulle.

Les traductions récentes : entre pratiques post-vernaculaires et preuves de continuité

Les langues juives affrontent, depuis la fin du XXe siècle, une situation de faiblesse relative liée à la diminution drastique du nombre de leurs locuteurs. Les grands projets nationaux, tel celui construit autour du yiddish, n’existent plus d’autant que la création de l’État d’Israël en 1948 a apporté une réponse aux rêves territoriaux. La Shoah a fait payer un tribut très lourd aux locuteurs du yiddish, qui constituent la majorité des victimes, mais également du judéo-espagnol puisque la vibrante communauté de Thessalonique en Grèce a été presque entièrement exterminée. Les locuteurs des langues juives sont devenus rares dans leurs territoires d’origine (Pologne-Russie, Turquie, Maghreb, etc.). En Israël, en Amérique, en Europe et ailleurs, ils ont poussé leurs enfants à maîtriser les langues de leur nouveau lieu de résidence. La transmission de la langue juive au-delà de la génération des immigrants est rare. Une exception notable est le maintien bien réel du yiddish auprès des populations juives ultra-orthodoxes de New York, d’Anvers ou de Jérusalem, plusieurs centaines de milliers de locuteurs qui continuent à traduire une littérature, savante ou de divertissement, compatible avec leur pratique religieuse rigoureuse. Pour un public plus large, certaines traductions réalisées aujourd’hui répondent à un usage post-vernaculaire de la langue, c’est-à-dire à leur statut de langues d’héritage. Les traductions, dans ce cas, ne s’adressent plus majoritairement à des locuteurs natifs mais, souvent, à des apprenants et elles ont une fonction symbolique autant que pratique : prouver l’existence d’une continuité, créer un lien entre les nouvelles générations et la culture de leurs ancêtres. Diverses communautés modernes continuent cependant à entretenir un usage quotidien à tous les niveaux des langues juives à travers le monde, s’appuyant largement sur les nouvelles ressources qu’offre internet.

Las Aventuras de Alisia en el Paiz de las Maraviyas

Alice au pays des merveilles
Las Aventuras de Alisia en el Paiz de las Maraviyas

Lewis Carroll (auteur), Avner Perez (traducteur), Las Aventuras de Alisia en el Paiz de las Maraviyas [Alice au pays des merveilles], Evercype, 2014.

La littérature pour enfants est un champ particulièrement exploité pour la préservation et la diffusion des langues rares ou menacées. Des livres, tels Le Petit Prince, Alice au pays des merveilles, ou encore Le Petit Nicolas, ont été traduits ces dernières décennies dans diverses langues juives. Les objectifs de ces traductions sont multiples : prouver la vivacité de ces langues, permettre aux apprenants de lire un texte relativement simple et familier, toucher les enfants qui grandissent encore au sein de la langue (même si leur nombre tend à diminuer). Souvent, ces traductions sont commandées par des entreprises éditoriales indépendantes qui visent précisément à proposer des œuvres connues dans des langues rares. C’est le cas de la maison Evertype qui, outre le judéo-espagnol ici présenté et le yiddish, offre des traductions d’Alice en gaélique, en cornique ou encore en volapük.

האודיסאה

L’Odyssée
L’Odyssée

Homère (auteur), Moshe Ha-Elion (traducteur, ladino), Avner Perez (traducteur, hébreu), האודיסאה [L’Odyssée], Ma’ale Adumim, Yeriot, 2011.

Cette traduction versifiée des douze premiers chants de L’Odyssée d’Homère en judéo-espagnol a une valeur symbolique à bien des égards. Premièrement, elle a été réalisée par un juif originaire de Thessalonique, survivant de la Shoah, ayant, par l’éducation reçue dans son enfance, la capacité de traduire directement du grec ancien. Ensuite, par le choix même de l'œuvre fondatrice de la culture occidentale, elle vise à démontrer l’existence d’une littérature classique judéo-espagnole et la capacité de la langue à affronter les défis poétiques les plus ambitieux. Enfin, le traducteur a pu bénéficier du développement de la lexicographie récente, grâce notamment à l’outil informatique, afin de puiser des termes rares dans toutes les couches historiques du judéo-espagnol.

הערי פּאָטער און דער פֿילאָסאָפֿישער שטײן

Harry Potter et la pierre philosophale
Harry Potter et la pierre philosophale

J. K. Rowling (auteur), Arun Schaechter-Viswanath (traducteur), הערי פּאָטער און דער פֿילאָסאָפֿישער שטײן [Harry Potter et la pierre philosophale], Lund, Olniansky Tekst Farlag, 2020.

La récente publication du premier volume d’Harry Potter en yiddish a été un événement. Il s’agit du livre yiddish récent qui a eu le plus de succès : plusieurs milliers d’exemplaires en ont été vendus. Le traducteur est un jeune américain de langue maternelle yiddish, fin connaisseur de la langue littéraire et de ses nuances, qui avait le même âge qu’Harry Potter au moment de la sortie du livre de J. K. Rowling. Il a traduit le livre pour ses enfants et les enfants des familles d’éducation moderne conservant la langue yiddish dans le giron familial (yiddishistes) : il s’agit là de quelques dizaines, au mieux quelques centaines de familles dans le monde. Mais, de façon surprenante, sa traduction a également trouvé un lectorat auprès des ultra-orthodoxes, formant ainsi un pont entre deux populations qui maintiennent l’usage de la langue (sous des formes assez différentes). Un autre exemple de compromis entre ces deux communautés de locuteurs est la création récente du Duolingo en yiddish.

די פֿאַרלױרענע מזוזה

La mezuzah perdue
La mezuzah perdue

Eli & Gold (auteur), Y. Fekete (traducteur), די פֿאַרלױרענע מזוזה [La mezuzah perdue], Linden, Kinder Shpiel USA, 2014.

Le monde juif ultra-orthodoxe continue à parler yiddish et des dizaines de milliers d’enfants sont demandeurs de lectures divertissantes dans cette langue. Cependant, ces œuvres doivent correspondre aux règles de morale et de conduite de cette population afin de satisfaire aux exigences religieuses, mais aussi pour permettre l’identification des lecteurs. La littérature non-juive, ou juive séculière, y est en général interdite. Ceci explique la création fréquente de bandes dessinées spéciales qui s’inspirent parfois grandement des bandes dessinées du monde extérieur. L’exemple ici présenté, sans doute traduit de l’anglais ou de l’hébreu, doit beaucoup à l'œuvre d’Hergé pour la conception du dessin et la construction des aventures. Cette bande dessinée raconte les aventures de deux jumeaux en Palestine au XIXe siècle qui souhaitent retrouver une mezuzah : étui protecteur contenant des prières apposé à la porte des maisons.

Pour aller plus loin

Une cinquantaine de titres de cette sélection sont à emprunter à l'entrée de la bibliothèque du 10 au 27 janvier 2024.

Sélection bibliographique Traduire en langues juives

Sélection bibliographique Traduire en langues juives (Maxime Ruscio / BULAC).

Sélection bibliographique Traduire en langues juives

Sélection bibliographique Traduire en langues juives (Maxime Ruscio / BULAC).

Judéo-arabe

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Judéo-espagnol

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Yiddish

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L'exposition dans les médias

De vive(s) voix

Judéo-chrétien, judéo-arabe, judéo-espagnol : quels destins et quels défis pour cet ensemble de judéo-langues aux racines communes, mais employées quasi exclusivement par des communautés juives ?

Arnaud Bikard, commissaire de l’exposition, et Claire Buchbinder, traductrice, étaient les invités sur RFI de l'émission « De vive(s) voix », le 29 janvier 2024.

Seder nashim

Le domaine hébraïque présente la particularité d’avoir été constitué assez tardivement par rapport aux autres fonds relatifs au Moyen-Orient. L’hébreu moderne compte aujourd’hui 8 millions de locuteurs.

Aliento, le souffle de la sagesse
12 novembre 2019 > 20 décembre 2019

La BULAC vous invite à découvrir la dynamique de circulation des maximes, sentences et proverbes (savoirs sapientiels), entre trois cultures (arabe, juive et chrétienne) et cinq langues. Cheminement à travers une tradition textuelle multiple, rayonnant du IXe au XV...

Yiddish, en tournant autour de la langue. Une poésie d’avant-garde
6 mai 2021 – 18:30 > 20:00

La BULAC invite la cinéaste Nurith Aviv pour un dialogue à trois voix autour de son œuvre Yiddish, explorant la poésie yiddish d'avant-garde de l'entre-deux-guerres. Profitez d'un visionnage exceptionnel de Yiddish et participez aux échanges avec Nurith Aviv, Arnaud Bikard (Inalco) et...

Nos intervenants

Arnaud Bikard
Arnaud Bikard

Arnaud Bikard est docteur en littérature comparée à l’université Paris-Sorbonne et maître de conférences en langue et culture yiddish à l’Inalco. Il a publié en 2020 La Renaissance italienne dans les rues du Ghetto : l’œuvre poétique yiddish d’Élia Lévita (1469-1549) et en octobre 2023 la traduction du chef d’œuvre de la littérature yiddish ancienne, Le Chevalier Paris et la princesse VienneIl a été le conseiller scientifique de Nurith Aviv durant la réalisation du film Yiddish.

Dana Haddad
Agent BULAC

Chargée de la conversion rétrospective pour le domaine hébreu